Le Petit Albert

Le Petit Albert, créature du folklore (Grimoire), illustration

C'est le livre que l'on cachait sous une pierre du foyer, celui dont on disait qu'il revenait toujours chez son propriétaire et qu'aucun feu ne pouvait détruire. Imprimé pour la première fois en 1668, vendu de ferme en ferme par les colporteurs pendant deux siècles, le Petit Albert est le grimoire le plus répandu des campagnes françaises. Sa vraie étrangeté n'est pas dans ses sortilèges : c'est qu'on y trouve, sur la même page, comment faire du savon et comment fabriquer une main de gloire.

La légende

Autour du livre s'est bâtie une croyance plus solide que son contenu. On racontait qu'il était impossible de s'en défaire : ni le déchirer ni le brûler n'y faisait rien, et l'ouvrage réapparaissait chez celui qui avait tenté de s'en débarrasser. Le posséder suffisait à attirer le mauvais œil et les phénomènes étranges.

De là toute une gestuelle de précaution, transmise avec l'objet. On l'enveloppait, on le cachait, on ne le lisait pas à voix haute, et surtout on savait chez qui, dans le village, il se trouvait. Le grimoire était moins un manuel qu'une présence dans la maison, et sa réputation faisait la moitié du travail.

Ce qui donne au Petit Albert son caractère si particulier, c'est le voisinage de ses recettes. On y traite de chiromancie, de talismans, d'astrologie, mais aussi de remèdes, d'aphrodisiaques, de cosmétiques, de vins épicés, de savon, de moyens d'éloigner les oiseaux des semis, de se protéger des loups, de marcher plus vite ou de trouver un trésor. Le merveilleux y est rangé au même rayon que le pratique.

Et au milieu de ces conseils de ménage figure la main de gloire, la chandelle faite d'un bras de pendu qui paralyse les dormeurs. C'est cette cohabitation qui explique la peur inspirée par le livre : rien n'y signale que l'on passe du savon au crime.

Origines et histoire

Le Petit Albert est imprimé pour la première fois en France en 1668, sous une adresse d'éditeur qui n'existe pas : Bellegrade. L'adresse est de toute évidence fantaisiste, et le nom de l'éditeur Beringos renvoie à Lyon. Le livre se réclame d'Albert le Grand, théologien et savant du XIIIe siècle canonisé par l'Église, qui n'en est évidemment pas l'auteur. Les spécialistes invitent toutefois à ne pas y voir une falsification au sens moderne : se placer sous le patronage d'un grand nom tenait de l'hommage, et le texte ne fait aucun effort pour tromper son lecteur.

L'ouvrage est en réalité une compilation hétérogène, de valeur très inégale, qui agrège des textes d'origines diverses. La tradition populaire l'a souvent mis au compte de Paracelse, mort en 1541 et donc bien postérieur à Albert le Grand, alors que ses origines réelles restent anonymes.

Il ne faut pas le confondre avec son aîné, le Grand Albert, imprimé en latin en 1493 et traduit en français au début du XVIe siècle, qui traite d'embryologie, de pharmacologie médiévale, de minéralogie et de physiognomonie. Seuls les deux premiers livres du Grand Albert proviendraient réellement du savant médiéval.

Le succès du Petit Albert est un phénomène d'édition considérable. Vendu par les colporteurs dans toutes les campagnes, il s'écoulait, selon les estimations, à près de quatre cent mille exemplaires par an dans les seules Ardennes belges. Sa réputation sulfureuse n'a pas nui à sa diffusion : elle l'a probablement portée. Le livre a été réimprimé sans cesse, avec quantité de variantes et d'adaptations, ce qui rend d'ailleurs difficile de parler d'un texte unique.

Variantes et cousins

Le Petit Albert appartient à la littérature de colportage, cette édition bon marché qui a nourri les campagnes françaises pendant des siècles, aux côtés des almanachs et des vies de saints. Sa place y est singulière : c'est le seul titre que l'on cachait.

Il forme un couple indissociable avec la Main de gloire, dont il est la source écrite la plus célèbre. Le livre et la recette se sont fait mutuellement leur réputation, l'un fournissant le mode d'emploi, l'autre l'argument de vente.

Dans la famille des rituels que l'on provoque, il occupe une position à part. Bloody Mary se convoque à plusieurs, l'esprit de la table exige un cercle, la lettre en chaîne se transmet : le grimoire, lui, s'achète et se garde. C'est le seul de ces objets qui suppose de savoir lire, ce qui, dans les campagnes du XVIIIe siècle, était en soi une forme de pouvoir.

Dans la culture

Le Petit Albert reste le grimoire de référence de l'imaginaire francophone. Son nom suffit à évoquer un livre de sorcellerie, et il apparaît régulièrement dans la littérature, la bande dessinée et le cinéma fantastique, souvent avec sa légende attachée : celui qui ne brûle pas.

Il a laissé une trace durable dans les fonds régionaux, où d'anciens exemplaires refont surface lors de ventes ou de dépouillements de greniers. Ces éditions de colportage, tirées à bas coût sur mauvais papier, sont devenues des objets de collection.

Les folkloristes s'y intéressent enfin pour une raison qui n'a rien de magique : ces recueils constituent un témoignage précieux sur les préoccupations réelles des campagnes. On y lit ce dont les gens avaient besoin, soigner une bête, protéger un champ, séduire, trouver de l'argent, et ce dont ils avaient peur.

Le Petit Albert existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Le livre est parfaitement réel et son histoire éditoriale est documentée. Ce qui relève de la croyance, ce sont les pouvoirs prêtés à l'objet lui-même, notamment son indestructibilité.

  • L'attribution à Albert le Grand relève du patronage plutôt que de la falsification : les spécialistes soulignent que le texte ne cherche pas à tromper, et quatre siècles séparent le théologien du livre qui porte son nom.
  • La cohabitation de recettes domestiques et de sortilèges explique la peur qu'il inspirait : rien dans le livre ne signale le passage du savon à la main de gloire.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Petit Albert ?

Un grimoire imprimé pour la première fois en France en 1668, placé sous le nom d'Albert le Grand, savant du XIIIe siècle qui n'en est pas l'auteur. C'est une compilation hétérogène mêlant talismans, astrologie et chiromancie à des recettes domestiques très concrètes.

Pourquoi disait-on qu'on ne pouvait pas brûler le Petit Albert ?

C'est la croyance la plus répandue à son sujet : le livre était réputé indestructible, impossible à déchirer ou à brûler, et revenait chez celui qui voulait s'en défaire. Sa seule possession passait pour attirer le mauvais œil.

Quelle est la différence entre le Grand Albert et le Petit Albert ?

Le Grand Albert, imprimé en latin en 1493, traite d'embryologie, de pharmacologie, de minéralogie et de physiognomonie, et ses deux premiers livres proviendraient réellement d'Albert le Grand. Le Petit Albert, publié à partir de 1668, est plus tardif, plus composite et plus sulfureux : c'est lui qui contient la main de gloire.

Le Petit Albert était-il vraiment répandu ?

Oui, considérablement. Vendu par les colporteurs dans les campagnes, il s'écoulait à près de quatre cent mille exemplaires par an dans les seules Ardennes belges selon les estimations, et fut réimprimé continuellement avec de nombreuses variantes.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Petit Albert (grimoire)
  2. Encyclopédie du paranormal : Grand Albert et Petit Albert
  3. Wikipédia : Main de gloire (recette issue du Petit Albert)

Le Petit Albert dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Le Petit Albert y coûte 3 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Le grimoire commande aux esprits : une carte ennemie d'ici de 3 ou moins passe dans votre camp. » Le grimoire ne frappe pas, il commande : une petite carte ennemie du lieu change de bord et passe dans votre camp. Fidèle à un livre dont on disait qu'il donnait prise sur les esprits, et dont la valeur n'a jamais été dans l'objet mais dans ce qu'on obtenait de lui.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 2 : Le Petit Albert frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Le Petit Albert : Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuitLe Petit Albert