Le Colporteur

Le Colporteur, créature du folklore (Franche-Comté), illustration

Il arrive au crépuscule, pousse la porte sans frapper vraiment, et la maisonnée se pousse pour lui faire place au feu. Dans sa hotte, il y a du fil, des lacets, des images pieuses, un almanach, et quelques livrets à couverture bleue qu'il vend deux sous. Mais ce qu'on attend surtout de lui, c'est ce qu'il a vu ailleurs : les nouvelles du bourg voisin, un mariage, un procès, une bête qui rôde. Le colporteur n'est pas une créature du folklore. C'est celui qui le transportait.

L'homme et la hotte

Le colporteur porte son commerce sur lui — le mot vient de là : porter au col. Une hotte d'osier ou une balle de toile sanglée sur le dos, un bâton ferré, des guêtres, et une tournée qui peut durer des mois. Il vend de la mercerie, des couteaux, des lunettes, des remèdes, des images de saints, des chansons imprimées, des calendriers. Le livre n'est qu'une partie du chargement, mais c'est celle qui a laissé le plus de traces.

Sa vraie marchandise est double. Il y a ce qu'il vend, et il y a ce qu'il raconte. Dans des campagnes où l'on ne se déplaçait guère au-delà du marché le plus proche, l'homme qui arrivait de trente lieues était une source d'information à lui seul. On le logeait, on le nourrissait, on l'écoutait — et il repartait chargé de ce qu'il venait d'apprendre, qu'il déchargerait plus loin. Le colportage a fonctionné pendant des siècles comme un réseau de diffusion, avec ses routes, ses relais et sa vitesse propre.

Le métier avait ses pays. Certaines vallées de montagne fournissaient des colporteurs de génération en génération — Savoie, Oisans, Briançonnais, Auvergne — parce que l'hiver y interdisait les travaux agricoles et libérait des bras pour la route. On partait à l'automne, on redescendait au printemps. La carte du colportage recoupe donc assez exactement celle des terres pauvres.

La Bibliothèque bleue

À partir du XVIIᵉ siècle, des imprimeurs de Troyes — les Oudot d'abord, les Garnier ensuite — publient des livrets bon marché, mal imprimés sur du mauvais papier, protégés par une simple couverture de papier bleu, celui qui servait à emballer les pains de sucre. On les a appelés pour cette raison la Bibliothèque bleue. Le catalogue mélange les vies de saints, les romans de chevalerie remaniés, les recueils de contes, les almanachs, les manuels de civilité et les grimoires.

Ce sont les colporteurs qui les diffusent, et cette diffusion a compté. C'est par eux que des textes savants ou courtisans sont redescendus dans les campagnes, souvent abrégés et déformés, et que des récits oraux sont remontés vers l'imprimé. Les contes que nous lisons aujourd'hui ont presque tous transité par ce circuit à un moment ou à un autre : ils ont été dits, imprimés, revendus, redits, et l'on ne sait plus très bien lequel des deux canaux a copié l'autre.

Deux titres du catalogue ont particulièrement mauvaise réputation, et ils sont restés célèbres pour cela : le Grand Albert et le Petit Albert, recueils de recettes magiques et de secrets attribués à Albert le Grand. Un colporteur en vendait, discrètement, à qui en demandait. C'est par cette voie qu'un livre de sorcellerie pouvait se retrouver dans une ferme où l'on ne possédait rien d'autre à lire qu'un almanach.

Surveillé, puis remplacé

Un homme qui circule et distribue de l'imprimé inquiète les pouvoirs. Le colportage a donc été réglementé très tôt, et durement sous la Restauration puis le Second Empire : autorisation préalable, contrôle des titres, estampille apposée sur les ouvrages admis, commissions de censure. Un colporteur pris avec un livre non estampillé risquait la saisie et la prison. Ce contrôle est en soi la meilleure preuve de l'efficacité du réseau : on ne surveille pas un canal qui ne porte rien.

Sa disparition n'est pas venue de la censure mais de la modernisation. Le chemin de fer, à partir du milieu du XIXᵉ siècle, rend le transport de marchandises incomparablement moins cher ; les bibliothèques de gare et l'édition populaire industrielle occupent le créneau du livre bon marché ; l'école obligatoire et la poste rurale font le reste. Le colporteur devient inutile parce que tout ce qu'il apportait arrive désormais autrement, et plus vite.

Il reste dans la langue et dans les archives. « Colporter une nouvelle » a gardé le sens exact du métier, avec la nuance de suspicion qui l'accompagnait déjà. Les musées locaux du colportage, en Savoie et dans les Hautes-Alpes, conservent des hottes, des balances et des catalogues : un état complet de ce qu'un homme pouvait porter sur son dos.

Dans la veillée

Sa place à la veillée était particulière. Le conteur de la maison racontait ce que tout le monde connaissait déjà, et c'était très bien ainsi : on redit les histoires pour le plaisir de les entendre revenir. Le colporteur, lui, apportait de l'inédit. Il pouvait faire lire une chanson neuve, montrer une image qu'on n'avait jamais vue, dire une version différente d'un récit familier — et cette version-là repartirait avec lui, modifiée par ce qu'on lui aurait répondu.

Dans Crie au loup, il ne vaut rien tant qu'il reste assis. C'est en arrivant quelque part qu'il donne : +2 à vos autres cartes du lieu où il débarque. Il faut donc le faire bouger, ce qui suppose une autre carte pour l'emmener — un feu follet, une chasse qui disperse, une main qui pousse. Un colporteur qu'on ne met pas sur la route n'est qu'un homme avec un panier.

Questions fréquentes

Le colporteur est-il une créature de légende ?

Non, c'est un métier bien réel, attesté du Moyen Âge au XIXᵉ siècle. Il figure ici parce qu'il est l'un des principaux véhicules par lesquels contes, chansons et almanachs ont circulé entre les campagnes — au même titre que le conteur, mais entre les villages plutôt qu'à l'intérieur d'une maison.

Qu'est-ce que la Bibliothèque bleue ?

Une collection de livrets populaires bon marché imprimés à Troyes à partir du XVIIᵉ siècle, reconnaissables à leur couverture de papier bleu. Vies de saints, romans de chevalerie, contes, almanachs et grimoires — dont le Grand Albert et le Petit Albert. Les colporteurs en étaient les diffuseurs.

Pourquoi le colportage a-t-il disparu ?

Le chemin de fer, l'édition populaire industrielle, la poste rurale et l'école obligatoire ont rendu inutile, en une génération, un réseau qui reposait sur la lenteur des communications. La réglementation et la censure l'avaient gêné, mais c'est la modernisation qui l'a supprimé.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Colportage
  2. Wikipédia : Bibliothèque bleue
  3. Wikipédia : Petit Albert

Le Colporteur dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Le Colporteur y coûte 2 chandelles pour 3 de puissance, avec cette capacité : « Il porte les nouvelles de village en village : en arrivant quelque part, +2 à vos autres cartes de ce lieu. » Le Colporteur ne rapporte rien là où on le pose : il rapporte là où il ARRIVE. Chaque fois qu'il change de lieu, il donne +2 à vos autres cartes de ce lieu — il faut donc une carte pour l'emmener, exactement comme le métier supposait la route.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 3 : Le Colporteur frappe plus fort que 33 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Le Colporteur : Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaineLe Colporteur