Le Berger

Le Berger, créature du folklore (Gévaudan), illustration

Avant les dragons du roi, avant les louvetiers et les gazettes, il y a eu des enfants seuls sur les pâtures du Gévaudan. Entre 1764 et 1767, dans ce pays de landes hautes des actuelles Lozère et Haute-Loire, la Bête a tué près de cent personnes, et l'immense majorité gardait un troupeau. Ce sont eux qui l'ont vue les premiers, et quelques-uns d'entre eux qui, les premiers, l'ont fait reculer.

Ceux qui gardaient les troupeaux

La première victime officielle a quatorze ans : Jeanne Boulet, tuée le 30 juin 1764 alors qu'elle garde un troupeau près de Langogne. Le registre paroissial qui l'enregistre ouvre une liste qui comptera, selon les décomptes, entre quatre-vingt-huit et cent vingt-quatre morts.

Le profil des victimes est d'une constance qui frappe tous ceux qui ouvrent le dossier : des femmes et des enfants, très souvent de jeunes gardiens de bétail de huit à quinze ans, envoyés seuls ou par deux sur des estives éloignées du village. Ce n'est pas une coïncidence mais une conséquence de l'organisation du travail : dans une économie pastorale de montagne, garder les bêtes est une tâche d'enfant, et l'enfant est ce qu'il y a de plus isolé et de plus vulnérable dans le paysage.

Les bergers sont donc à la fois les proies et les témoins. C'est de leurs dépositions que viennent les descriptions de l'animal, sa taille, son poil roussâtre, sa gueule, cette raie sombre le long de l'échine. Toute l'iconographie qui a terrorisé l'Europe, gravures comprises, remonte à la parole de gamins interrogés au bord d'un pré.

Le bâton, la lame et le groupe

Le 12 janvier 1765, au Villaret, dans la paroisse de Chanaleilles, sept jeunes pâtres gardent leur troupeau quand la Bête les attaque. Elle emporte l'un des plus jeunes, Joseph Panafieu. L'un des enfants propose de fuir pendant qu'elle est occupée ; l'aîné, Jacques Portefaix, né en 1752, s'y oppose et entraîne le groupe à la contre-attaque.

Leur armement est celui de tous les bergers du pays : des bâtons, au bout desquels on a fixé une lame. Ils s'en servent pour frapper au museau et chercher les yeux, jusqu'à ce que l'animal lâche prise et s'éloigne. Avec Portefaix se battent Madeleine Chausse, Jeanne Gueffier, Jean Veyrier, Jacques Couston, Jean Pic et le petit Panafieu, dont l'un des plus jeunes gardera la joue arrachée.

L'affaire remonte jusqu'au roi. L'intendant de Languedoc accorde trois cents livres à Portefaix et des sommes équivalentes à ses compagnons ; une lettre du contrôleur général des finances, Laverdy, datée du 19 février 1765, salue le courage du garçon. Louis XV fait payer son éducation : admis chez les Frères de la Doctrine chrétienne à Montpellier le 16 avril 1765, Jacques Portefaix deviendra officier des armées du roi et mourra le 14 août 1785 à Franconville. Il n'est pas fréquent, sous l'Ancien Régime, qu'un petit pâtre change de vie parce qu'il a refusé de courir.

Ce n'est pas un hasard non plus si le capitaine Duhamel, faute de fusils, fera équiper les traqueurs de ses battues de lances de fortune : une lame au bout d'un manche d'un mètre. L'arme du berger devient l'arme de l'armée.

Celles et ceux qui ont tenu tête

Portefaix n'est pas seul. Le 14 mars 1765, Jeanne Jouve se jette sur la Bête qui tente d'emporter sa fille de neuf ans. Le combat est long, elle est jetée à terre, griffée, mordue à plusieurs reprises, mais elle sauve deux de ses enfants ; le troisième, Jean-Pierre, mourra cinq jours plus tard de ses blessures. Le roi lui fera verser trois cents livres.

Le 11 août 1765, c'est Marie-Jeanne Vallet, une servante du curé de Paulhac d'une vingtaine d'années, qui affronte l'animal sur un chemin et lui plante son arme d'hast dans le poitrail. La Bête bascule dans la rivière. François Antoine, le porte-arquebuse du roi, constate que la lame est couverte de sang et surnomme la jeune femme la « Pucelle du Gévaudan », en référence à Jeanne d'Arc. À Auvers, une statue de bronze la montre encore, arme en avant, sur le lieu supposé de la rencontre.

Ces épisodes disent quelque chose que la légende a tendance à effacer : le pays n'a pas seulement subi. Il a couru, crié, frappé, et parfois gagné. La Bête a été blessée plus d'une fois par des gens désarmés ou presque.

La mémoire des petits pâtres

Dans les récits populaires puis dans les fictions, le berger est longtemps resté un figurant : la silhouette qu'on voit de dos, juste avant l'attaque. Les travaux d'historiens comme Jean-Marc Moriceau, qui a passé une dizaine d'années dans les archives pour trier le vrai du mythe, ont remis les victimes au centre. Ce sont des noms, des âges, des paroisses, des actes de sépulture.

Le pays les a fixés dans la pierre et le bronze. Statue de Marie-Jeanne Vallet à Auvers, mémoire de Portefaix à Chanaleilles et à Franconville où il est enterré, scènes reconstituées au musée fantastique de Saugues : la mémoire locale a choisi de célébrer non pas le monstre mais ceux qui l'ont regardé en face.

Reste le fond de l'histoire, celui que les veillées ont retenu bien avant les historiens. Envoyer un enfant seul garder des bêtes à la lisière du bois, c'était le quotidien de la montagne, et c'était aussi la définition même du danger. Toutes les créatures qu'on invoquait le soir pour tenir les petits loin des taillis parlent de ça. En Gévaudan, pour une fois, le monstre était réel.

Questions fréquentes

Qui étaient les victimes de la Bête du Gévaudan ?

Essentiellement des femmes et des enfants gardant les troupeaux, souvent âgés de huit à quinze ans, surpris seuls ou par deux sur des pâtures éloignées. La première victime officielle, Jeanne Boulet, avait quatorze ans et gardait un troupeau près de Langogne le 30 juin 1764.

Comment les bergers se défendaient-ils contre la Bête ?

Avec ce qu'ils avaient : un bâton, souvent muni d'une lame fixée au bout, et le nombre. Le 12 janvier 1765 au Villaret, sept jeunes pâtres menés par Jacques Portefaix ont frappé la Bête au museau et aux yeux jusqu'à lui faire lâcher un de leurs camarades.

Qui était Jacques Portefaix ?

Un jeune berger de la paroisse de Chanaleilles, né en 1752, qui refusa de fuir lors de l'attaque du 12 janvier 1765 et entraîna ses six compagnons à la contre-attaque. Récompensé par l'intendant de Languedoc puis par Louis XV, qui paya son éducation, il devint officier et mourut en 1785 à Franconville.

Une femme a-t-elle blessé la Bête du Gévaudan ?

Oui. Le 11 août 1765, Marie-Jeanne Vallet, servante du curé de Paulhac, planta son arme dans le poitrail de l'animal, qui bascula dans une rivière. François Antoine, porte-arquebuse du roi, constata le sang sur la lame et la surnomma la « Pucelle du Gévaudan ».

Légendes voisines

Sources

  1. Chanaleilles, Haut Gévaudan en Margeride : la Bête du Gévaudan
  2. L'Histoire par l'image : La Bête du Gévaudan
  3. Réussir / Agriculture Massif central : l'historien Jean-Marc Moriceau plonge dans le mythe de la Bête du Gévaudan
  4. Département de la Lozère : La Bête du Gévaudan
  5. Wikipédia : Bête du Gévaudan

Le Berger dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Le Berger y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Il a vu la Bête et il a couru prévenir : le jour, la carte ennemie la plus forte du lieu de DROITE perd 3. » Dans « Crie au loup », Le Berger (coût 1, puissance 2) fait perdre 3 à la plus forte carte ennemie du lieu VOISIN de droite, de jour seulement. Il ne tue rien et ne tient aucune position : il a vu la Bête, il l'a frappée au bâton, et il a couru — jusqu'au hameau d'à côté, pour donner l'alerte.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 2 : Le Berger frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Le Berger : Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, GnomeLe Berger