Les Bottes de sept lieues

Les Bottes de sept lieues, créature du folklore (France (Perrault)), illustration

Dans « Le Petit Poucet », l'ogre chausse ses bottes pour rattraper les sept enfants qui viennent de lui échapper. Chaque pas couvre sept lieues — près de trente kilomètres. La chasse devrait être réglée en quelques minutes ; elle échoue parce que l'ogre, épuisé d'avoir tant enjambé, s'endort sur le rocher même où les enfants sont cachés. Poucet lui retire les bottes, les chausse à son tour, et l'objet le plus puissant du conte change de camp en une phrase. C'est la seule vraie leçon des bottes : elles n'appartiennent à personne, elles vont à celui qui les porte.

La légende

Charles Perrault publie « Le Petit Poucet » en 1697, dans les Histoires ou contes du temps passé. Les bottes y apparaissent tard, presque comme une commodité de récit : l'ogre veut rattraper les fuyards, il « prit ses bottes de sept lieues » et part à leur poursuite. Perrault prend soin d'expliquer leur fonctionnement, et c'est ce détail qui a fait leur fortune : ces bottes sont fées, elles se rapetissent et s'agrandissent selon la jambe de celui qui les chausse. Un ogre les remplit ; un enfant de la taille d'un pouce les remplit aussi.

L'objet est donc doublement dangereux. Il donne la vitesse, mais il ne reconnaît pas son maître. Poucet endormi l'ogre, lui ôte les bottes, et s'en sert pour aller trouver la femme de l'ogre, puis pour se faire courrier du roi — la version la plus souvent retenue le montre gagnant sa vie à porter des messages d'un bout du royaume à l'autre. Le conte se termine sur cette reconversion très prosaïque : le pouvoir surnaturel devient un métier.

Sept lieues, ce n'est pas un chiffre décoratif. La lieue de Paris valait un peu plus de quatre kilomètres ; sept lieues font donc environ vingt-huit à trente kilomètres, soit une bonne journée de marche d'un homme ordinaire, franchie d'un seul pas. Le conte mesure la magie en unités que son public connaissait par corps : la distance qu'on met une journée entière à parcourir à pied.

Origines et histoire

Les bottes ne sont pas une invention de Perrault. Elles appartiennent à la famille des objets de transport instantané qu'on trouve un peu partout dans les contes européens : le manteau qui emporte, le tapis, le cheval qui franchit les montagnes, les souliers qui vont plus vite que le vent. Les frères Grimm en donnent leur version germanique, les Siebenmeilenstiefel, qui circulent dans plusieurs de leurs récits ; l'allemand a gardé le mot dans la langue courante, comme le français a gardé « avancer à pas de géant ».

Ce qui distingue la version de Perrault, c'est l'ajustement automatique. Beaucoup d'objets magiques imposent une condition — être l'élu, prononcer une formule, respecter un interdit. Les bottes de sept lieues n'imposent rien. Elles fonctionnent pour l'ogre qui poursuit et pour l'enfant qui fuit, sans distinction morale. Les folkloristes y ont vu l'une des marques de Perrault : un merveilleux mécanique, presque technique, qui prépare le conte à devenir un objet de librairie plutôt qu'une parole de veillée.

Le XIXᵉ siècle a fixé leur image. Gustave Doré, illustrant les Contes de Perrault en 1862, dessine l'ogre botté enjambant un paysage entier, et cette planche a durablement imposé la silhouette : des bottes énormes à revers, portées par une figure trop grande pour le décor. C'est cette image, plus que le texte, que la plupart des gens ont en tête.

Variantes et cousins

Le motif traverse les frontières et les supports. Les bottes reviennent chez Madame d'Aulnoy, chez les Grimm, dans le conte russe où le héros use trois paires de souliers de fer avant d'atteindre son but — variante inversée, où la distance se paie en usure plutôt qu'en enjambées. Dans tous les cas, la même idée : l'espace est un obstacle, et l'objet magique est celui qui l'abolit.

Le compagnonnage des bottes avec l'ogre n'est pas un hasard non plus. L'ogre est la figure de l'appétit et de la démesure ; lui donner une foulée de trente kilomètres, c'est rendre la fuite impossible — et rendre son sommeil décisif. Toute la mécanique du conte tient à ce renversement : le plus petit personnage s'empare de l'attribut du plus grand.

Il faut enfin noter que les bottes ne sont pas seules dans le conte. Le Petit Poucet est aussi l'histoire de cailloux blancs et de miettes de pain, c'est-à-dire de deux techniques d'orientation. Le récit oppose donc deux façons de traiter la distance : la marquer patiemment, ou la supprimer d'un pas. Les cailloux marchent, les miettes échouent, les bottes changent de propriétaire.

Dans la culture

L'expression est passée dans la langue : « avancer à pas de sept lieues », « chausser les bottes de sept lieues » se disent encore de quelqu'un qui progresse très vite. Les bottes elles-mêmes ont essaimé bien au-delà du conte, dans la littérature jeunesse, la bande dessinée et le jeu vidéo, où elles sont devenues un objet d'inventaire standard — au point qu'on oublie souvent d'où elles viennent.

Dans Crie au loup, elles ne marchent pas toutes seules : il faut que quelqu'un les emporte. Chaque changement de lieu leur vaut quatre points de puissance, que le déplacement vienne de votre camp ou de celui d'en face. C'est exactement la logique de Perrault : les bottes ne demandent pas qui les chausse, elles demandent seulement qu'on parte.

Questions fréquentes

Combien font sept lieues ?

La lieue de Paris valait environ 4 kilomètres, donc sept lieues font à peu près 28 à 30 kilomètres. C'est l'ordre de grandeur d'une journée de marche à pied : le conte mesure la magie dans une unité que son public connaissait physiquement.

Dans quel conte apparaissent-elles ?

Dans « Le Petit Poucet » de Charles Perrault, publié en 1697. L'ogre les chausse pour rattraper les enfants ; il s'endort de fatigue, et Poucet les lui retire pour s'en servir à son tour.

Pourquoi vont-elles à n'importe quel pied ?

Perrault précise qu'elles sont fées et qu'elles se rapetissent ou s'agrandissent selon la jambe de celui qui les chausse. C'est ce qui rend le vol possible : sans cet ajustement, un enfant ne pourrait rien faire des bottes d'un ogre.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Le Petit Poucet
  2. Wikipédia : Bottes de sept lieues
  3. Wikipédia : Charles Perrault

Les Bottes de sept lieues dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Les Bottes de sept lieues y coûte 2 chandelles pour 1 de puissance, avec cette capacité : « Sept lieues à chaque enjambée : +4 chaque fois qu’elles changent de lieu, qui que ce soit qui les emporte. » Les Bottes ne font rien tant qu'elles restent en place : c'est le déplacement qui les paie, +4 à chaque fois, et peu leur importe qui les emporte — un feu follet allié ou une chasse sauvage adverse. Perrault avait déjà tranché la question : les bottes vont à celui qui les porte.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 1 : Les Bottes de sept lieues frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Les Bottes de sept lieues : Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, NingyoLes Bottes de sept lieues