L'Alouette

Elle monte droit dans le ciel avant que le soleil soit levé, si haut qu'on ne la voit plus, et elle chante sans reprendre son souffle. Dans toute l'Europe des champs, ce chant a un sens précis : la nuit est finie. C'est pour cela que la poésie médiévale en a fait la messagère la plus détestée des amants, celle qui, en Limousin comme en Angleterre, vient dire qu'il faut se quitter.
La légende
Les amants ont passé la nuit ensemble et ils savent que le jour les perdra. Dans les chansons d'aube du Moyen Âge, ce n'est pas une horloge qui les avertit, c'est un oiseau. L'alouette monte au-dessus des blés, se met à chanter, et la nuit cesse d'exister : il faut se séparer, redescendre l'escalier, redevenir prudent. Le guetteur posté sur la tour ne fait que confirmer ce que l'oiseau a déjà dit.
Le motif est si solide qu'il traverse les siècles et les langues. Shakespeare le reprend dans « Roméo et Juliette », où Juliette veut croire que l'oiseau entendu à la fenêtre est un rossignol, oiseau de la nuit, et non une alouette, oiseau du jour : nier l'alouette, c'est essayer de retenir la nuit encore un instant. Personne n'y arrive jamais.
Dans les campagnes, l'oiseau n'est pas un symbole mais un voisin. On le connaît par son vol : le mâle s'élève à la verticale au-dessus du champ, se maintient en l'air en chantant plusieurs minutes d'affilée, puis se laisse tomber « comme une pierre ». Un oiseau qui monte vers la lumière et qui n'arrête pas de chanter en montant : la croyance n'avait pas besoin d'inventer grand-chose.
Origines et histoire
La plus belle trace écrite est occitane. Vers le milieu du XIIe siècle, le troubadour Bernard de Ventadour (actif vers 1120-1195, originaire du Limousin) compose « Can vei la lauzeta mover », « Quand je vois l'alouette remuer » : le poète regarde l'oiseau s'élancer vers le soleil, s'oublier de joie et se laisser tomber, et il y lit son propre sort. C'est la plus célèbre de ses quelque quarante-cinq chansons conservées, et elle a fixé l'alouette dans la poésie européenne pour cinq cents ans.
À côté de cette gloire savante, l'alouette est un gibier. Le « miroir aux alouettes » est un piège réel : une planchette garnie d'éclats de miroir qu'on fait tourner au soleil pour attirer les oiseaux à portée de filet ou de fusil. L'expression a fini par désigner tout ce qui séduit pour mieux tromper, et elle a survécu au piège lui-même.
La chanson enfantine « Alouette, gentille alouette » vient d'un autre monde encore. Le folkloriste Marius Barbeau la croyait née en France ; le musicologue James J. Fuld a établi que la première version imprimée connue paraît en 1879 à Montréal, dans un recueil de chansons d'étudiants de McGill, sous le titre « Alouetté ». Chanson cumulative, elle égrène en riant les parties de l'oiseau qu'on va plumer : la messagère du jour finit à la broche, ce qui est très exactement le sort que le folklore réserve aux oiseaux trop bavards.
Variantes et cousins
Le concurrent direct de l'alouette, dans le folklore comme dans la basse-cour, c'est Le Coq : lui aussi annonce le jour, mais depuis un toit et pour tout le village, tandis qu'elle l'annonce en plein ciel et pour ceux des champs. Les deux se partagent le même pouvoir, et les créatures de la nuit les redoutent également.
Elle a un cousin encombrant du côté de la lumière volée : Le Grand Corbeau des côtes du Pacifique nord ne se contente pas d'annoncer le jour, il le fait, en libérant le soleil enfermé dans un coffre. À l'autre bout du registre, Alkonost et Sirin, les oiseaux à visage de femme des récits russes, chantent eux aussi à l'aube, mais leur chant fait oublier et pleurer au lieu de réveiller.
Face à elle, tout ce que la nuit abrite : Les Douze Nuits, qui volent une nuit de plus à l'année, sont exactement ce que son chant défait.
Dans la culture
L'alouette des champs (Alauda arvensis) possède l'un des répertoires les plus riches du monde des oiseaux, avec plus de six cents notes et syllabes recensées, organisées en véritables dialectes. C'est cette virtuosité, autant que l'heure de son chant, qui lui a valu sa place dans la poésie.
Elle a inspiré Jean Anouilh, dont la pièce « L'Alouette » (1953) fait de Jeanne d'Arc l'oiseau du titre, et Jules Breton, dont « Le Chant de l'alouette » (1884) montre une paysanne redressée au milieu d'un champ, à l'aube, écoutant ce qu'on ne voit pas. Dans les deux cas le sens tient en un mot : quelque chose commence.
Aujourd'hui l'oiseau se raréfie dans les plaines céréalières européennes, ce qui donne à la vieille image un tour mélancolique : la messagère du jour est devenue, sans le vouloir, un indicateur de l'état des campagnes.
L'Alouette existe-t-il vraiment ?
Animal bien réel L'alouette des champs est un oiseau bien réel et commun ; c'est son rôle de messagère du jour qui appartient au folklore.
Questions fréquentes
Pourquoi l'alouette annonce-t-elle le jour ?
Parce qu'elle chante avant le lever du soleil, en s'élevant à la verticale au-dessus des champs, parfois plusieurs minutes sans interruption. Dans les campagnes, ce chant servait de repère horaire : quand elle monte, la nuit est finie.
Quelle est la différence entre l'alouette et le rossignol dans la poésie médiévale ?
Le rossignol est l'oiseau de la nuit et des amants réunis, l'alouette celui du jour et de la séparation. Toute la scène célèbre de « Roméo et Juliette » tient sur ce départage : Juliette veut entendre un rossignol, Roméo sait que c'est une alouette.
Que veut dire « miroir aux alouettes » ?
C'était d'abord un vrai piège de chasse : une planchette couverte d'éclats de miroir, mise en rotation au soleil pour attirer les oiseaux. Par extension, l'expression désigne un leurre séduisant qui promet ce qu'il ne donnera pas.
D'où vient la chanson « Alouette, gentille alouette » ?
Son origine est discutée. La première version imprimée connue paraît à Montréal en 1879 dans un recueil de chansons d'étudiants de McGill ; le folkloriste Marius Barbeau la pensait toutefois venue de France.
Légendes voisines
Sources
L’Alouette dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. L’Alouette y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Son chant change en jour la nuit ajoutée à la veillée. » Dans « Crie au loup », L'Alouette (coût 1, puissance 2) change en jour la nuit ajoutée à la veillée : elle est le contre exact des cartes qui volent une nuit de plus, comme Les Douze Nuits. Elle n'attaque personne et ne raccourcit pas la partie, elle lève seulement l'obscurité que l'adversaire avait achetée. C'est le rôle que la chanson d'aube lui donne depuis huit siècles : elle ne combat pas la nuit, elle annonce qu'elle est finie.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 1, puissance 2 : L’Alouette frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.