Les Douze Nuits

Les Douze Nuits, créature du folklore (Grèce), illustration

Entre Noël et l'Épiphanie, l'Europe a longtemps compté à part : douze nuits qui n'appartiennent tout à fait ni à l'année qui s'achève ni à celle qui commence. On ne file pas, on ne lave pas, on ne laisse pas le feu mourir. Car pendant cette parenthèse, les portes tiennent mal : en Grèce, les kallikantzaroi remontent de sous terre où ils scient l'arbre du monde, et dans les pays germaniques, la Chasse sauvage passe au-dessus des toits. Douze nuits volées au calendrier, pendant lesquelles il faut tenir.

La légende

Le folklore grec raconte que la terre repose sur un arbre immense, et que des créatures s'acharnent à le scier par en dessous. Les kallikantzaroi, gobelins noirs et velus aux jambes de bouc, y travaillent toute l'année. Ils touchent au but chaque hiver, et chaque hiver le calendrier leur joue le même tour : du 25 décembre au 6 janvier, ils peuvent remonter à la surface, et ils ne résistent jamais. Douze nuits de désordre plus tard, la bénédiction des eaux de l'Épiphanie les renvoie sous terre, où ils retrouvent l'arbre entièrement régénéré. Le monde tient parce qu'ils n'ont pas su rester à leur ouvrage.

En surface, leur programme est un catalogue de nuisances domestiques : entrer par les cheminées, souiller la nourriture, éteindre les feux, chevaucher les dormeurs. D'où un manuel de défense complet, transmis de génération en génération. Entretenir le feu dans l'âtre pendant toute la période, pour condamner la cheminée. Suspendre une passoire devant la porte : incapable de compter au-delà de deux, le gobelin recompte les trous jusqu'à l'aube, qui le chasse. Marquer la porte d'une croix, brûler du bois odorant.

Ailleurs, la même parenthèse se peuple d'autres visages. Dans les pays germaniques, on l'appelle les Rauhnächte, les nuits rudes ou nuits sauvages : c'est le passage de la Chasse sauvage, de Perchta et de Frau Holle, qui viennent inspecter les maisons et punir les fileuses paresseuses. Les interdits sont partout les mêmes : ne pas filer, ne pas faire de lessive, ne pas laisser de linge dehors, ne pas travailler la nuit. Et partout, la même croyance de fond : ce qui arrive pendant ces douze nuits engage l'année entière, chaque nuit annonçant le temps ou la fortune d'un mois à venir.

Origines et histoire

Les Douze Nuits sont d'abord un accident de calendrier, et c'est ce qui explique leur étrangeté. Une année lunaire de douze mois de vingt-neuf jours et demi compte environ onze jours de moins que l'année solaire : ces jours en trop, hors du compte des mois, ont été traités comme un temps à part, ni tout à fait passé ni tout à fait à venir. L'Église a fixé la parenthèse entre la Nativité et l'Épiphanie, du 25 décembre au 6 janvier, et le concile de Tours au VIᵉ siècle a fait de cette période un temps festif unique.

Le folklore, lui, en a fait une saison dangereuse. Un temps sans date est un temps sans loi : les morts reviennent, les bêtes parlent à minuit, l'avenir se lit dans les gestes ordinaires. C'est la logique des rites de retournement, ceux où l'ordre se suspend avant de se rétablir — la même qui donne aux carnavals leurs rois d'un jour. Les folkloristes du XIXᵉ et du XXᵉ siècle, d'Arnold van Gennep pour la France aux collecteurs germaniques et grecs, ont patiemment cartographié les interdits, les présages et les figures de ces douze nuits, d'une vallée à l'autre.

La parenthèse a laissé des traces jusque dans nos usages. Les cortèges masqués de la période, les visites de maison en maison, les chants du Nouvel An, la galette de l'Épiphanie et son roi tiré au sort : autant de restes d'un temps où l'on négociait avec ce qui rôdait dehors, en le nourrissant, en le déguisant, ou en le faisant entrer par la grande porte plutôt que par la cheminée.

Variantes et cousins

Les Douze Nuits sont moins une créature qu'un décor commun, et beaucoup de figures du jeu y ont leur place. La Befana, la vieille italienne de l'Épiphanie, en ferme la porte : quand elle remplit les chaussettes, la parenthèse se referme. Le Chat de Yule islandais, la Perchta alpine, le Père Fouettard et Lussi surveillent le même passage, chacun avec sa liste et sa punition. La Chasse sauvage et la Mesnie Hellequin y traversent le ciel.

Le nom grec de la période a donné leur nom aux kallikantzaroi eux-mêmes, dont les cousins peuplent tout le Sud-Est européen : karakondžul bulgare, karakondžula serbe, karakoncolos turc. L'arbre du monde qu'ils attaquent renvoie de loin à Yggdrasil, le frêne nordique rongé par ses propres créatures — deux traditions éloignées qui expriment la même inquiétude, celle d'un monde porté par du bois vivant, donc rongeable.

En France, la parenthèse s'est faite plus discrète mais elle existe : les veillées d'hiver, les jours du Nouvel An dont on tirait des présages pour les douze mois, et les cortèges de quête qui parcourent les villages entre Noël et les Rois.

Dans la culture

Les Rauhnächte connaissent aujourd'hui un vrai regain dans l'espace germanique : rituels de fin d'année, carnets de présages, randonnées nocturnes et marchés d'hiver s'en réclament, entre héritage folklorique et spiritualité contemporaine. En Grèce, les kallikantzaroi restent une figure vivante des fêtes, évoquée aux enfants tout au long de la période, et la bénédiction des eaux du 6 janvier garde son rôle officiel de reconduite à la frontière.

Dans Crie au loup, la carte fait exactement ce que fait la période : elle ajoute une nuit à l'année. C'est une nuit volée au calendrier — la lune n'y avance pas, elle reste sur la phase de la veille, comme si le temps lui-même s'était arrêté pour laisser passer les saboteurs. Aux joueurs de décider ce qu'ils feront de cette nuit en trop, sachant qu'un coq bien placé peut la changer en aube.

Questions fréquentes

Que sont les Douze Nuits ?

La période de douze nuits qui va de Noël à l'Épiphanie, du 25 décembre au 6 janvier. Le folklore européen en fait un temps à part, hors du compte ordinaire des mois, pendant lequel les frontières entre les mondes tiennent mal : les esprits circulent, les présages abondent et une longue liste d'interdits protège la maisonnée.

Pourquoi douze nuits, précisément ?

Parce que l'année lunaire de douze mois compte une dizaine de jours de moins que l'année solaire. Ces jours en surnombre, qui n'appartiennent à aucun mois, ont été traités comme un temps suspendu. L'Église les a ensuite calés entre la Nativité et l'Épiphanie.

Qui sont les kallikantzaroi ?

Des gobelins du folklore grec et balkanique qui vivent sous terre, où ils scient l'arbre du monde. Pendant les Douze Nuits, ils remontent par les cheminées pour semer le désordre chez les vivants. À l'Épiphanie, la bénédiction des eaux les renvoie sous terre, où l'arbre les attend, entièrement régénéré.

Qu'est-ce que les Rauhnächte ?

Le nom germanique des Douze Nuits, que l'on traduit par nuits rudes ou nuits sauvages. C'est la période de passage de la Chasse sauvage, de Perchta et de Frau Holle, avec ses interdits caractéristiques : ne pas filer, ne pas faire de lessive, ne pas laisser de linge dehors.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipedia (EN) : Twelve Days of Christmas
  2. Wikipedia (EN) : Kallikantzaros
  3. Wikipedia (DE) : Rauhnacht

Les Douze Nuits dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Les Douze Nuits y coûte 4 chandelles pour 3 de puissance, avec cette capacité : « À sa révélation : la veillée dure une NUIT de plus. Les kallikantzaroi scient l’arbre du monde, et l’année leur doit une nuit. » La veillée dure une nuit de plus : c'est la parenthèse des Douze Nuits, ce temps qui n'appartient à aucun mois. La lune n'y progresse pas, elle répète la phase de la nuit précédente — un tour volé au calendrier n'avance pas l'année.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 4, puissance 3 : Les Douze Nuits frappe plus fort que 33 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Les Douze Nuits : La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voiléLes Douze Nuits