Kuchisake-onna

Kuchisake-onna, créature du folklore (Gifu), illustration

Une femme s'approche à la tombée du jour, un masque chirurgical sur le visage, et pose une question : « Suis-je belle ? » Quelle que soit la réponse, elle finit mal. Née dans la préfecture de Gifu à la fin de 1978, la rumeur de la femme à la bouche fendue a balayé le Japon en quelques mois, au point que des adultes ont organisé des raccompagnements d'écoliers. C'est l'un des rares cas où l'on peut suivre presque jour par jour la naissance d'une légende.

La légende

La rencontre a lieu au crépuscule, souvent sur le chemin de l'école ou du cours du soir. La femme porte un masque chirurgical, accessoire si banal au Japon qu'il n'attire aucun soupçon. Elle demande d'une voix timide : « Suis-je belle ? »

Si l'on répond oui, elle retire son masque, découvrant une bouche fendue d'une oreille à l'autre, et pose la seconde question : « Même comme ça ? » Répondre non lui vaut d'être taillé au ciseau ou à la faux. Répondre encore oui n'arrange rien : elle inflige la même blessure, en expliquant qu'elle va rendre sa victime belle comme elle. La légende ne laisse aucune bonne réponse, et c'est là toute son efficacité auprès d'enfants qu'on a élevés à répondre poliment.

Des échappatoires ont donc circulé, et elles se sont modifiées avec le temps, ce qui est un signe de vitalité du récit. Dans les années 1970, il fallait répondre qu'elle était quelconque ; dans les années 2000, dire qu'elle est normale la plonge dans la perplexité et permet de fuir. On cite aussi le fait de lui offrir un bonbon, de lui retourner la question, ou de prononcer trois fois le mot « pomade ».

Ces parades sont l'élément le plus intéressant de la légende : elles transforment une histoire de peur en système de défense partageable. Un enfant qui connaît la formule se sent armé, et c'est précisément ce qui pousse à la transmettre dans la cour de récréation.

Origines et histoire

La rumeur documentée démarre dans la préfecture de Gifu, du côté de Yaotsu, vers la fin de 1978. Elle entre dans la presse régionale au tout début de 1979 : le Gifu Nichi Nichi Shinbun en parle le 26 janvier 1979. La presse nationale suit rapidement, avec le Shukan Asahi le 23 mars 1979 puis le Shukan Shincho le 5 avril 1979.

Le printemps 1979 voit les variantes circuler d'un district scolaire à l'autre, notamment par les écoles du soir, pendant que les médias nationaux, magazines, radio et télévision, amplifient le personnage. C'est à l'été 1979 que la rumeur atteint son sommet de popularité. La panique monte à un niveau où de jeunes enfants sont raccompagnés en groupe par des adultes sur le trajet du retour.

Que la rumeur ait une origine plus ancienne reste discuté. Le récit d'arrière-plan le plus répandu situe l'affaire à l'époque d'Edo : un samouraï jaloux aurait tailladé la bouche de son épouse trop belle en lui demandant qui la trouverait belle désormais. On signale par ailleurs que l'« Ehon Sayo Shigure », un recueil illustré de 1801, met en scène une femme effrayante dont la bouche s'étend vers les oreilles.

Mais aucune filiation directe n'est établie entre ces récits anciens et la rumeur scolaire du XXe siècle, et les avis divergent : on lit aussi bien que la légende aurait des racines à l'époque d'Edo que l'inverse, à savoir qu'elle daterait des années 1970. Le motif de la bouche fendue existait, ce qui n'autorise pas à en faire l'ancêtre direct de la femme au masque.

Variantes et cousins

Kuchisake-onna appartient aux yokai, ce vaste peuple des créatures du folklore japonais, mais elle en est une venue tard. Sa parenté la plus nette est avec les figures féminines vengeresses de la tradition japonaise, dont la beauté détruite est le moteur.

Comparée aux autres légendes récentes, elle occupe une place particulière : elle vous aborde. Bloody Mary attend qu'on la convoque devant un miroir, l'auto-stoppeuse se tient sur le bas-côté, la lettre en chaîne exige que vous la recopiiez. Kuchisake-onna, elle, vient à vous et vous pose une question. C'est le seul membre de cette famille qui prenne l'initiative.

Son masque mérite qu'on s'y arrête, car il fait tout le récit. Il n'a rien d'exotique au Japon, où on le porte contre le rhume ou le pollen : la légende a donc placé son épouvante derrière un objet parfaitement ordinaire, croisé cent fois par jour. C'est ce qui la distingue des monstres reconnaissables comme le Loup-garou ou le Simiot : ici, rien ne signale le danger avant qu'il ne soit trop tard.

Dans la culture

La femme à la bouche fendue est devenue un personnage récurrent du cinéma d'horreur japonais, des mangas et des jeux vidéo, où sa silhouette au masque et aux ciseaux est immédiatement identifiable. Elle figure aujourd'hui parmi les yokai les plus connus hors du Japon, aux côtés de figures vieilles de plusieurs siècles.

Elle est aussi devenue un cas d'étude pour ceux qui travaillent sur la rumeur. On dispose rarement d'un récit dont on peut dater l'apparition, suivre la propagation par la presse, mesurer l'ampleur, puis observer l'extinction en quelques mois. La chronologie de 1979 est presque un modèle de laboratoire.

Le personnage a d'ailleurs reparu au début des années 2000 dans les écoles japonaises, avec des variantes actualisées et de nouvelles échappatoires. Une légende qui revient n'est pas une légende qui survit : c'est une légende qu'on rejoue, parce qu'elle sert toujours à quelque chose.

Kuchisake-onna existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Rumeur scolaire dont l'apparition, la propagation par la presse et l'extinction sont documentées mois par mois en 1978-1979. Aucun fait divers correspondant n'a été établi : ce sont la rumeur et ses effets qui sont attestés, pas la créature.

  • La rumeur s'est propagée par les enfants entre districts scolaires et par les cours du soir, ce qui explique sa vitesse : le réseau scolaire était son véhicule.
  • Le masque chirurgical, objet banal au Japon, permet à la rencontre de commencer comme un échange ordinaire. La légende dissimule sa menace derrière un accessoire que personne ne remarque.

Questions fréquentes

Que faut-il répondre à Kuchisake-onna ?

Aucune réponse franche ne sauve : oui comme non conduisent à la blessure. Les échappatoires transmises entre écoliers consistent à esquiver, en répondant qu'elle est quelconque ou normale, ce qui la plonge dans la perplexité. On cite aussi le fait de lui offrir un bonbon ou de lui retourner la question.

Quand la légende de Kuchisake-onna est-elle apparue ?

La rumeur documentée démarre dans la préfecture de Gifu vers la fin de 1978. Elle entre dans la presse le 26 janvier 1979 avec le Gifu Nichi Nichi Shinbun, atteint la presse nationale au printemps (Shukan Asahi le 23 mars, Shukan Shincho le 5 avril 1979) et culmine en popularité à l'été 1979.

La légende vient-elle de l'époque d'Edo ?

C'est discuté. Un récit répandu attribue la blessure à un samouraï jaloux de l'époque d'Edo, et un recueil illustré de 1801, l'« Ehon Sayo Shigure », montre une femme dont la bouche s'étend vers les oreilles. Mais aucune filiation directe avec la rumeur de 1979 n'est établie : certains spécialistes défendent des racines anciennes, d'autres situent le personnage dans les années 1970.

Pourquoi porte-t-elle un masque chirurgical ?

Parce qu'au Japon ce masque est un objet du quotidien, porté contre le rhume ou les allergies. Il ne signale donc aucun danger, ce qui permet à la rencontre de commencer comme un échange banal. C'est l'ordinaire du masque qui rend la révélation efficace.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia (EN) : Kuchisake-onna (chronologie de la rumeur et couverture de presse)
  2. Wikipédia (FR) : Kuchisake-onna
  3. Dai Yokai : Kuchisake-onna, légende et histoire de la femme à la bouche fendue

Kuchisake-onna dans Crie au loup

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La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 2 : Kuchisake-onna frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Kuchisake-onna : Basilic, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le CadetKuchisake-onna