L'Auto-stoppeuse

L'Auto-stoppeuse, créature du folklore (Foret de Compiegne), illustration

Une route de campagne la nuit, souvent sous la pluie. Une jeune femme en blanc fait signe, monte à l'arrière, indique une adresse. Quelques kilomètres plus loin, elle prévient d'un virage dangereux, ou bien le conducteur regarde dans son rétroviseur : la banquette est vide. C'est l'une des légendes les plus racontées d'Occident, et elle a ceci de troublant qu'elle se raconte presque toujours à la première personne, ou au pire par un ami d'un ami.

La légende

La trame est remarquablement stable d'un pays à l'autre. Une auto-stoppeuse, presque toujours une jeune femme vêtue de blanc, est prise en charge de nuit sur une route peu fréquentée, fréquemment par mauvais temps. Elle parle peu. Puis elle disparaît, soit à l'approche d'un passage dangereux, soit une fois arrivée à l'adresse qu'elle avait donnée.

Deux fins se partagent le répertoire. Dans la première, la passagère annonce un accident ou signale le virage à ne pas rater : elle est un avertissement, et le conducteur lui doit la vie. Dans la seconde, il se rend à l'adresse indiquée et une famille lui apprend que la jeune femme est morte depuis des années, souvent dans un accident au même endroit. Certaines versions ajoutent l'objet oublié sur la banquette, foulard ou manteau, retrouvé ensuite sur une tombe.

Le décor n'est jamais vague. En France, on cite le col du Lautaret dans les Hautes-Alpes, où une femme vêtue d'une robe et d'un grand châle apparaît pendant les tempêtes de neige et s'évanouit une fois passées les portions enneigées. En Normandie, la route D7 près de Caen et le carrefour de l'Embranchement, à deux kilomètres de Balleroy, ont chacun leur passagère qui prévient d'un danger avant de disparaître. Dans l'Isère, sur la route de Château-Bernard, elle devient nerveuse à l'approche d'un virage périlleux et s'efface dès qu'il est franchi.

Ces récits ne restent d'ailleurs pas toujours au coin du feu. Le 20 mai 1981, à Palavas-les-Flots dans l'Hérault, quatre jeunes gens déclarent avoir pris à bord une femme élégante habillée de blanc, qui les avertit d'un virage dangereux avant de s'évanouir. Des directives ont été données à certaines brigades de gendarmerie sur la façon d'accueillir ces témoignages.

Origines et histoire

La légende telle que nous la connaissons naît avec l'automobile. Les premières traces se situent aux États-Unis au milieu des années 1930, autour de Chicago. Le cas le plus fameux est celui dit de Resurrection Mary : sur Archer Avenue, entre le dancing de Willowbrook et le cimetière de Resurrection, des conducteurs rapportent avoir chargé une jeune femme blonde en robe blanche qui s'évanouit aux abords du cimetière. On dénombre au moins trois douzaines de signalements sérieux du même scénario, les observations se raréfiant après les années 1980.

Jean-Noël Kapferer, qui a consacré des travaux de référence à la rumeur, note que des récits de ce type étaient déjà identifiés et classés dès 1942. La consécration savante vient des États-Unis en 1981, avec « The Vanishing Hitchhiker » de Jan Harold Brunvand : ce livre fonde l'étude des légendes contemporaines et donne son nom au genre. L'auto-stoppeuse en est devenue le cas d'école.

Le motif, lui, est bien plus vieux que la voiture. Un manuscrit suédois de 1602 raconte la rencontre d'un pasteur avec une jeune femme dont la présence transforme les boissons offertes en malt et en sang, qui délivre des prophéties puis disparaît. On cite aussi les Actes des Apôtres, où Philippe monte dans le char d'un dignitaire éthiopien, le convertit, puis est enlevé et disparaît. Le véhicule change, la structure demeure : un passager surnaturel, un trajet partagé, une disparition.

C'est ce qui fait la force de la légende. Elle n'a pas eu besoin d'être inventée pour l'automobile : elle a simplement changé de moyen de transport, comme elle l'avait sans doute déjà fait pour la diligence et le cheval.

Variantes et cousins

La passagère est souvent assimilée aux Dames blanches, ces apparitions féminines postées aux carrefours et aux ponts dans le folklore français. La parenté est réelle : même couleur, même station au bord du chemin, même fonction d'avertissement. L'auto-stoppeuse est probablement la forme moderne d'une figure bien plus ancienne, adaptée aux routes goudronnées.

Elle appartient à la même génération de récits que Bloody Mary ou Kuchisake-onna : des légendes du XXe siècle, portées par la rumeur plutôt que par la tradition d'un terroir, et qui circulent par la conversation quotidienne. Mais elle s'en distingue sur un point décisif : on ne l'appelle pas et elle n'attaque pas. Elle se contente d'être là, sur le bas-côté, et de faire ce que fait toute apparition de carrefour depuis des siècles : prévenir.

Une différence de ton mérite d'être relevée. Kuchisake-onna terrorise, Bloody Mary se convoque par jeu, tandis que l'auto-stoppeuse inspire surtout une tristesse. Beaucoup de versions insistent sur le fait qu'elle voulait rentrer chez elle.

Dans la culture

La passagère fantôme est un standard du cinéma et de la chanson, au point qu'elle sert souvent de raccourci narratif : il suffit d'une route de nuit et d'une silhouette en blanc pour que le spectateur sache exactement ce qui va se passer. Le motif a nourri des films, des séries, des morceaux de folk et d'innombrables histoires de veillée modernes.

Sa vraie vie reste pourtant orale. Elle circule dans les voitures, sur les longs trajets, précisément là où elle se produit. Chaque région de France a sa route à auto-stoppeuse, et le récit s'ajuste toujours aux virages que les gens du coin connaissent par cœur.

C'est peut-être ce qui explique qu'elle résiste si bien au temps : contrairement aux monstres, elle ne demande aucune suspension d'incrédulité particulière. Prendre quelqu'un en stop la nuit est une situation ordinaire, et c'est cette normalité qui rend la disparition glaçante.

L'Auto-stoppeuse existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Légende contemporaine étudiée comme telle depuis les années 1940, et cas d'école de la discipline depuis 1981. Des témoignages sincères continuent d'être rapportés aux autorités, ce qui n'établit pas la réalité de l'apparition mais atteste la vivacité du récit.

  • Le récit se fixe presque toujours sur des portions de route réellement dangereuses : la légende sert alors de mémoire collective des accidents, et d'avertissement transmis aux conducteurs suivants.
  • La filiation avec les Dames blanches des carrefours suggère une simple mise à jour : une figure d'avertissement ancienne qui a suivi les voyageurs quand ils sont passés du cheval à l'automobile.

Questions fréquentes

D'où vient la légende de l'auto-stoppeuse fantôme ?

Sous sa forme automobile, elle apparaît aux États-Unis au milieu des années 1930, notamment autour de Chicago avec le cas dit de Resurrection Mary. Le motif du passager surnaturel qui disparaît est bien plus ancien : on en trouve une version dans un manuscrit suédois de 1602.

Où situe-t-on l'auto-stoppeuse en France ?

Les lieux sont nombreux et toujours précis : le col du Lautaret dans les Hautes-Alpes, la route D7 près de Caen et le carrefour de l'Embranchement près de Balleroy en Normandie, la route de Château-Bernard en Isère. Un témoignage a été rapporté à Palavas-les-Flots le 20 mai 1981.

Qui a étudié cette légende ?

Jean-Noël Kapferer signale que des récits de ce type étaient déjà classés dès 1942. Le folkloriste américain Jan Harold Brunvand lui a consacré « The Vanishing Hitchhiker » en 1981, ouvrage fondateur de l'étude des légendes urbaines contemporaines.

Pourquoi la passagère est-elle toujours en blanc ?

La couleur rattache la figure aux Dames blanches du folklore français, apparitions féminines des carrefours et des ponts qui avertissent les voyageurs. L'auto-stoppeuse en est vraisemblablement la forme moderne : le costume et la fonction sont restés, seul le moyen de transport a changé.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Auto-stoppeuse fantôme
  2. Wikipédia : Dame blanche (légende), dont l'auto-stoppeuse est présentée comme une évolution récente

L'Auto-stoppeuse dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. L'Auto-stoppeuse y coûte 2 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « La nuit, elle disparaît du siège arrière et reparaît sur un autre lieu. » Ce n'est que la nuit que l'Auto-stoppeuse quitte son lieu pour reparaître ailleurs, et jamais de jour : on ne décide pas où elle descend, c'est elle qui choisit son moment, comme dans tous les récits où le conducteur se retourne sur une banquette vide.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 4 : L'Auto-stoppeuse frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec L'Auto-stoppeuse : Bouc de Yule, Drop bear, Le Somnambule, PookaL'Auto-stoppeuse