El Silbón

El Silbón, créature du folklore (Llanos), illustration

Dans les plaines du Venezuela, on apprend très tôt à ne pas se fier à ses oreilles. Le sifflement d'El Silbón suit la gamme, do ré mi fa sol la si, et il obéit à une règle inversée que tout le monde connaît là-bas : s'il vous paraît tout proche, c'est qu'il est encore loin ; s'il vous semble lointain, il est déjà derrière vous. Le siffleur des Llanos porte sur le dos un sac d'ossements, et il ne s'arrête jamais.

La légende

El Silbón est une haute silhouette maigre qui traverse les savanes en portant un sac. Ce qu'il contient, ce sont les os de son père. Il ne les pose jamais, et on raconte qu'on l'entend parfois les compter à la porte des maisons : si personne ne l'interrompt, il finit son décompte et quelqu'un meurt dans la maison avant l'aube.

Sa signature, c'est le sifflement, et c'est là que la légende devient remarquable. Le son se comporte à l'inverse de ce qu'il devrait : proche, il annonce que le danger est loin ; assourdi, presque évanoui, il signifie que le siffleur est sur vous. Les llaneros le disent en une phrase qui a la sécheresse d'une consigne de sécurité : quand tu l'entends près, respire ; quand tu l'entends loin, cours.

Il ne s'en prend pas à n'importe qui. La tradition le fait chasser les hommes ivres et les infidèles, ceux qui rentrent tard et mal, et l'on précise même que la hauteur du sifflement annonce le sexe de la victime, grave pour un homme, aigu pour une femme. Ce n'est donc pas un danger qui frappe au hasard : c'est une sanction, et chacun sait ce qui l'expose.

Trois choses le tiennent en respect : un fouet, du piment, ou l'aboiement d'un chien de maison. Ces protections sont significatives, car elles sont exactement ce qu'un llanero a sous la main. La légende est faite pour ceux qui vivent seuls dans la plaine, et elle leur donne des parades à leur portée.

Origines et histoire

Le récit d'origine est un parricide. Un fils gâté et porté sur la boisson exige des abats pour son repas. Comme sa mère n'en a pas préparé, il envoie son père chasser un cerf. La chasse échoue, et dans son ivresse le fils bat le vieil homme puis l'abat à coups de fusil. Il découpe ensuite ses entrailles pour les faire cuire, sans le moindre remords.

Quand la mère découvre l'horreur, c'est le grand-père qui rend la sentence. Le jeune homme est attaché à un poteau en pleine campagne et fouetté jusqu'à ce que son dos soit détruit, ses plaies sont traitées avec des substances brûlantes, puis on lui charge sur le dos un sac contenant les restes de son père. La malédiction est prononcée sans appel, et des chiens infernaux, les Perros Turecos, sont lancés à ses trousses pour l'éternité.

La légende émerge au milieu du XIXe siècle, dans les Llanos vénézuéliens. On la rattache plus précisément à l'État de Portuguesa et à la municipalité de Guanarito, et elle est également racontée dans les plaines orientales de la Colombie, de l'autre côté de la même immensité.

Sa fonction sociale est transparente et les habitants l'assument : on raconte El Silbón pour enseigner le respect dû aux parents et aux anciens. C'est une légende de tribunal familial, où la peine est proportionnée au crime et où le châtiment ne s'arrête jamais. Elle vise aussi, très concrètement, l'alcool et l'infidélité, c'est-à-dire ce qui défait les foyers dans une région où l'on vit isolé.

Variantes et cousins

El Silbón appartient au corpus des grandes figures d'Amérique latine, aux côtés de la Llorona qui pleure ses enfants ou du Chupacabra plus récent. Comme la Llorona, il est reconnaissable à un son avant de l'être à une silhouette : ces plaines sont vastes, on y entend bien avant de voir, et le folklore l'a compris.

Dans ce jeu, sa parenté la plus juste est avec les créatures qui agissent par le son. Le Coq disperse la nuit par son chant, l'Olifant appelle du secours d'un lieu à l'autre : trois manières différentes de faire porter une présence au-delà de l'endroit où elle se tient.

Il rejoint enfin la famille des figures de châtiment, comme le Comte Arnau catalan condamné à errer pour ses dettes. Les deux hommes ont commis une faute contre les leurs, les deux traînent leur peine sans fin, et dans les deux cas la légende sert d'avertissement autant que de récit d'épouvante.

Dans la culture

El Silbón est l'une des figures les plus vivantes du folklore vénézuélien contemporain. Il apparaît dans la musique llanera, dans la littérature nationale, dans les fêtes de village et jusque dans les productions de cinéma et de télévision, où il incarne à peu près le rôle que tient le croquemitaine ailleurs.

Son sifflement en fait un personnage taillé pour l'audio : il n'a pas besoin d'être montré pour être là. Ce simple motif de sept notes suffit à installer la menace, ce qui explique son succès dans les récits sonores et les podcasts d'épouvante.

La légende a également suivi les migrations, et on la retrouve racontée bien au-delà des plaines où elle est née. Chaque fois, la règle inversée du sifflement voyage avec elle : c'est le détail qu'on retient, et celui qu'on répète pour effrayer un nouveau venu.

El Silbón existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Récit de tradition orale llanera, sans fait divers fondateur identifié. Ce sont la fonction morale du récit et sa diffusion régionale qui sont documentées.

  • La légende sert explicitement à enseigner le respect dû aux parents et aux anciens : le châtiment y est éternel et proportionné au crime commis contre le père.
  • Ses cibles désignées, les hommes ivres et les infidèles, et ses parades à portée de main (fouet, piment, chien) en font un récit ajusté à la vie isolée de la plaine.

Questions fréquentes

Pourquoi le sifflement d'El Silbón trompe-t-il la distance ?

C'est la règle la plus connue de la légende : quand le sifflement paraît proche, le siffleur est en réalité loin ; quand il semble lointain et assourdi, il est tout près. Le son fonctionne donc à l'inverse de l'intuition, ce qui rend toute fuite hasardeuse.

Que contient le sac d'El Silbón ?

Les os de son père, qu'il a tué. Après le meurtre, son grand-père l'a fait fouetter puis lui a chargé les restes paternels sur le dos en le maudissant pour l'éternité. On raconte qu'il compte parfois ces ossements devant les maisons, et que quelqu'un meurt s'il achève son décompte.

Comment se protéger d'El Silbón ?

Trois choses le repoussent selon la tradition : un fouet, du piment, ou l'aboiement d'un chien domestique. Ce sont des objets que tout habitant des Llanos a chez lui, ce qui donne à la légende des parades concrètes.

D'où vient la légende d'El Silbón ?

Elle apparaît au milieu du XIXe siècle dans les Llanos du Venezuela, plus précisément dans l'État de Portuguesa et la municipalité de Guanarito. Elle est aussi racontée dans les plaines orientales de la Colombie.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia (ES) : El Silbón
  2. Wikipédia (EN) : El Silbón

El Silbón dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. El Silbón y coûte 3 chandelles pour 3 de puissance, avec cette capacité : « +4 s'il est seul sur son lieu. Plus le sifflement paraît proche, plus il est loin. » Dans « Crie au loup », El Silbón (coût 3, puissance 3) gagne +4 tant qu'il est seul sur son lieu. C'est la traduction exacte de son sifflement trompeur : plus il paraît isolé et lointain, plus il est en réalité dangereux. Le laisser tranquille dans un coin du plateau est précisément l'erreur à ne pas commettre.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 3 : El Silbón frappe plus fort que 33 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec El Silbón : Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, SelkieEl Silbón