Gwyn ap Nudd

Le Pays de Galles a confié ses morts à un roi. Gwyn ap Nudd, « le Blanc fils de Nudd », règne sur l'Annwn, l'Autre Monde, et sur les Tylwyth Teg, le peuple féerique. Les nuits de tempête, il mène la chasse sauvage à la tête de sa meute blanche aux oreilles rouges, rassemblant les âmes ; et chaque 1er mai, depuis le temps du roi Arthur, il se bat en duel pour la femme qu'il a enlevée. Jusqu'au jugement dernier, dit le texte.
La légende
Gwyn ap Nudd cumule les couronnes : roi de l'Annwn, l'Autre Monde gallois, et souverain des Tylwyth Teg, la « belle famille » des fées du pays. Son nom même le désigne comme un être de l'au-delà : gwyn, le blanc, le lumineux, le sacré, la couleur des créatures de l'autre côté. Les poèmes gallois anciens le montrent en guerrier psychopompe, présent sur les champs de bataille où il vient recueillir les âmes des tués.
Le grand récit qui le met en scène est Culhwch et Olwen, l'un des plus anciens contes arthuriens gallois. Gwyn y enlève Creiddylad, promise à Gwythyr ap Greidawl. La guerre qui s'ensuit est si féroce que le roi Arthur impose un arbitrage stupéfiant : Gwyn et Gwythyr se battront pour Creiddylad chaque 1er mai, jusqu'au jour du Jugement, et le vainqueur du dernier combat l'obtiendra. Les mythologues lisent dans ce duel calendaire l'affrontement rituel de l'hiver et de l'été, rejoué chaque année à la charnière des saisons.
Le même texte laisse tomber une phrase de plomb : Dieu a placé en Gwyn « la force des démons d'Annwn », de peur que ce monde ne soit détruit. Le roi des morts n'est pas un démon, c'est le gardien qui les contient : nuance capitale, qui fait de lui une figure de garde-frontière cosmique plus que de prince des ténèbres.
Origines et histoire
Gwyn appartient à la plus ancienne couche de la mythologie galloise : fils de Nudd, c'est-à-dire du dieu brittonique Nodons, il a pour cousin irlandais Fionn mac Cumhaill, dont le nom signifie également « le Blanc ». Derrière le seigneur féerique médiéval, les celtisants reconnaissent un dieu ancien des morts et de la chasse, que la mise par écrit chrétienne a rétrogradé en roi des fées.
Le folklore gallois postérieur lui confie la chasse sauvage : monté dans la tempête, il mène les Cŵn Annwn, la meute blanche aux oreilles rouges, pour rabattre les âmes des mourants vers l'Annwn. Entendre passer sa chasse était un présage funèbre, et l'on retrouvait en lui, à la mode galloise, le rôle que le Wodan germanique ou Herne le Chasseur tiennent ailleurs.
Sa légende la plus pittoresque le confronte à l'Église : la Vie de saint Collen raconte que l'ermite, installé au pied du tor de Glastonbury, fut invité à trois reprises dans le palais merveilleux de Gwyn au sommet de la colline. Collen s'y rendit avec une fiole d'eau bénite, admira poliment le festin, puis aspergea l'assemblée : palais, musiciens et roi s'évanouirent, ne laissant que l'herbe rase du tor. La colline de Glastonbury est restée, dans la tradition, l'une des portes de l'Annwn et la résidence de Gwyn.
Variantes et cousins
Dans le set de la Grande Peur, Gwyn chasse avec sa propre meute : les Cŵn Annwn, l'autre carte galloise, sont ses chiens, et les deux fiches racontent la même chasse depuis deux selles différentes. Herne le Chasseur, spectre cornu de Windsor, mène la version anglaise du cortège, et le Sluagh gaélique en est la version sans meneur, la horde à l'état brut.
Comme roi des fées, il a ses homologues à la veillée : la Reine des fées, et le Roi des Aulnes du côté germanique, autre souverain de l'au-delà qui prélève les vivants. Son duel du 1er mai avec Gwythyr trouve des échos dans tous les combats rituels de l'hiver et de l'été du folklore européen.
Les érudits gallois du XIXe siècle ont beaucoup brodé sur Gwyn, parfois trop : certaines « traditions » qui circulent à son sujet, notamment ses dialogues romantiques avec les lacs de montagne, doivent plus aux réécritures victoriennes qu'aux manuscrits. La prudence habituelle s'applique : le Gwyn solide est celui des poèmes médiévaux, de Culhwch et Olwen et de la Vie de saint Collen.
Dans la culture
Glastonbury a fait de Gwyn un personnage toujours actif : le tor, avec sa tour solitaire, attire pèlerins néopaïens et curieux, et le roi de l'Annwn figure en bonne place dans la mythologie moderne du lieu, aux côtés d'Avalon et du roi Arthur. Peu de souverains féeriques disposent d'une adresse aussi visitée.
La fantasy et le paganisme contemporains l'ont largement adopté : on le croise en dieu de l'hiver et des morts dans des romans, des jeux et des traditions néodruidiques, généralement flanqué de sa meute. Son duel éternel du 1er mai inspire régulièrement les récits de guerre des saisons.
Dans Crie au loup, Gwyn fait ce qu'un roi psychopompe fait le mieux : il redistribue. Sa révélation déplace une carte de chaque camp, le souverain de l'Annwn décidant seul qui change de monde, et la veillée entière se réorganise autour de son passage, comme les âmes sur le trajet de sa chasse.
Questions fréquentes
Qui est Gwyn ap Nudd ?
Le roi de l'Annwn, l'Autre Monde gallois, et le souverain des Tylwyth Teg, le peuple féerique du Pays de Galles. Figure ancienne de la mythologie galloise, il mène la chasse sauvage avec les Cŵn Annwn et passe pour rassembler les âmes des morts. Son nom signifie « le Blanc, fils de Nudd ».
Pourquoi Gwyn ap Nudd se bat-il chaque 1er mai ?
Dans Culhwch et Olwen, il enlève Creiddylad, promise à Gwythyr ap Greidawl. Le roi Arthur arbitre : les deux rivaux se battront pour elle chaque 1er mai jusqu'au jour du Jugement. Les mythologues y lisent le combat rituel de l'hiver et de l'été.
Quel est le lien entre Gwyn ap Nudd et Glastonbury ?
La Vie de saint Collen place le palais merveilleux de Gwyn au sommet du tor de Glastonbury. L'ermite, invité au festin, aspergea l'assemblée d'eau bénite : tout disparut. La colline est restée, dans la tradition, une porte de l'Annwn et la résidence du roi des fées.
Gwyn ap Nudd est-il un dieu ou une fée ?
Les deux, selon l'époque du texte : les celtisants reconnaissent en lui un ancien dieu brittonique des morts et de la chasse, fils du dieu Nodons et cousin de l'irlandais Fionn. La tradition médiévale et chrétienne l'a rétrogradé en roi des fées, gardien des « démons d'Annwn ».
Légendes voisines
Sources
Gwyn ap Nudd dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Gwyn ap Nudd y coûte 5 chandelles pour 8 de puissance, avec cette capacité : « À sa révélation : la carte ennemie la plus forte d'ici change de camp (le roi d'Annwn décide qui change de monde). » À sa révélation, la carte fait passer dans votre camp la plus forte carte ennemie du lieu : c'est le privilège du roi de l'Annwn, qui ne tue pas les âmes mais décide de quel côté du monde elles se rangent, et qui commence toujours par les plus belles prises.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 5, puissance 8 : Gwyn ap Nudd frappe plus fort que 83 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.