Les Cŵn Annwn

Au Pays de Galles, certaines nuits d'hiver, on entendait passer très haut dans le ciel des abois de meute. Mieux valait ne pas être dehors : les Cŵn Annwn, les chiens de l'Autre Monde, blancs au poil luisant et aux oreilles rouge sang, chassaient. La tradition galloise en fait les rabatteurs des âmes, et leur bizarrerie acoustique est restée célèbre : plus la meute est proche, plus ses abois semblent doux.
La légende
Les Cŵn Annwn, littéralement « chiens d'Annwn », appartiennent au royaume de l'Autre Monde gallois, l'Annwn, pays de jeunesse et d'abondance qui double le nôtre. Leur signalement est l'un des plus anciens et des plus précis du folklore britannique : robe d'un blanc brillant, oreilles d'un rouge éclatant. Ce code couleur, blanc et rouge, marque les animaux de l'Autre Monde dans toute la tradition celtique.
Leur maître varie selon les textes : Arawn, roi d'Annwn du Mabinogion, ou Gwyn ap Nudd, le roi psychopompe des morts gallois. Certaines traditions leur adjoignent une compagne de chasse, Mallt-y-Nos, « Mathilde de la Nuit », cavalière damnée qui pousse la meute avec des cris. Leur gibier n'est pas le cerf : ce sont les âmes, celles des mourants ou des damnés, qu'ils rabattent vers l'Annwn.
Le détail le plus troublant de la croyance concerne leur voix : les abois des Cŵn Annwn s'entendent d'autant plus fort que la meute est loin, et faiblissent à mesure qu'elle approche. Un chasseur d'âmes qu'on entend tonner à l'horizon est donc encore inoffensif ; un murmure de meute juste au-dessus du toit, voilà le vrai danger. Entendre la chasse passait pour un présage de mort dans la maison.
Origines et histoire
Les Cŵn Annwn ouvrent littéralement la littérature galloise : dans la première branche du Mabinogi, Pwyll, prince de Dyfed, tombe en pleine forêt sur une meute « d'un blanc brillant, aux oreilles rouges » en train d'abattre un cerf. Il commet la faute de chasser les chiens pour donner la proie aux siens : leur maître, Arawn, roi d'Annwn, exige réparation, et l'histoire de l'échange entre les deux rois lance tout le cycle. Le texte, mis par écrit au Moyen Âge central, transmet des matériaux bien plus anciens.
Au fil des siècles, la meute royale est devenue meute de présage. Le folklore gallois moderne, recueilli notamment par Wirt Sikes dans British Goblins (1880), en fait des « chiens de l'enfer » que l'on entend passer les nuits de tempête, annonçant un décès ; on les appelle aussi cŵn wybir, les chiens du ciel. La christianisation a fait glisser l'Annwn, pays des délices, vers l'enfer, et ses chiens ont suivi le déménagement.
Les folkloristes ont noté depuis longtemps l'explication naturelle la plus probable : les oies sauvages en migration nocturne, dont les cris portés par le vent ressemblent étonnamment à des abois lointains de meute. L'Angleterre voisine appelle d'ailleurs le même phénomène les Gabriel Hounds. L'explication n'enterre pas la légende : elle montre de quoi les nuits d'hiver étaient faites quand on n'avait pas de nom pour tous leurs bruits.
Variantes et cousins
Dans le set de la Grande Peur, les Cŵn Annwn chassent pour leur roi : Gwyn ap Nudd, qui mène la chasse sauvage galloise. Le duo fonctionne comme une seule légende en deux cartes, le maître et la meute. Herne le Chasseur, spectre cornu de Windsor, court le même gibier de l'autre côté de la frontière anglaise.
Leur cousin écossais est le Cù Sìth, le chien vert solitaire des Highlands, également présent dans le set : même fonction psychopompe, mais l'Écossais rôde seul au sol quand les Gallois chassent en meute dans le ciel. Le Black Shuck anglais et le Church Grim complètent la grande famille des chiens surnaturels britanniques, chacun avec son territoire et son contrat.
Plus largement, les Cŵn Annwn sont la version galloise des meutes de la chasse sauvage européenne : la Mesnie Hellequin française, les meutes de Wodan germaniques, toutes ces chasses aériennes qui emportent les âmes par les nuits de tempête. Le folklore gallois leur a donné la plus belle des livrées, et la plus ancienne des attestations littéraires.
Dans la culture
Le blanc aux oreilles rouges est devenu un signe de reconnaissance culturel : les amateurs de mythologie celtique identifient au premier coup d'œil ce code couleur de l'Autre Monde, que l'on retrouve sur d'autres bêtes féeriques des textes gallois et irlandais. Les illustrateurs de fantasy s'en servent comme d'un blason.
Les Cŵn Annwn courent régulièrement dans la fantasy contemporaine, des romans arthuriens aux jeux vidéo, souvent confondus avec les hellhounds anglo-saxons : la meute galloise, plus psychopompe que démoniaque, y perd sa nuance d'origine, celle d'une chasse qui ne punit pas mais raccompagne.
Dans Crie au loup, la meute atteint sa pleine puissance les nuits de pleine lune : c'est dans le grand ciel clair d'hiver que la chasse de l'Annwn donne de la voix, et le joueur qui l'entend approcher ferait bien de se souvenir de la règle galloise : le pire moment, c'est quand le bruit faiblit.
Questions fréquentes
Que sont les Cŵn Annwn ?
Les chiens de l'Autre Monde gallois (l'Annwn) : une meute spectrale au poil blanc brillant et aux oreilles rouges, menée par Arawn ou Gwyn ap Nudd. Ils chassent les âmes dans le ciel nocturne, et les entendre passait pour un présage de mort.
Où les Cŵn Annwn apparaissent-ils pour la première fois ?
Dans la première branche du Mabinogi, au tout début de la littérature galloise médiévale : Pwyll, prince de Dyfed, surprend la meute blanche aux oreilles rouges d'Arawn en train d'abattre un cerf, et sa faute de chasseur lance le récit.
Pourquoi dit-on que leurs abois sont plus forts de loin que de près ?
C'est la bizarrerie acoustique de la légende : le vacarme de la meute décroît à mesure qu'elle approche, si bien qu'un murmure d'abois est plus inquiétant qu'un tonnerre lointain. Les folkloristes y voient l'écho des cris d'oies migratrices portés par le vent, à l'origine probable de la croyance.
Quelle différence entre les Cŵn Annwn et les hellhounds ?
Le hellhound anglo-saxon est un chien de l'enfer, punitif et démoniaque. Les Cŵn Annwn sont plus anciens et plus ambigus : chiens d'un Autre Monde qui n'était pas un enfer à l'origine, ils rabattent les âmes plus qu'ils ne les châtient. La christianisation a rapproché les deux figures.
Légendes voisines
Sources
Cŵn Annwn dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Cŵn Annwn y coûte 4 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « Les nuits de lune gibbeuse ou pleine, à sa révélation : la meute se dédouble sur un autre lieu. » Sous une grande lune, poser la meute en fait paraître une seconde sur un autre lieu : les Cŵn Annwn ne chassent jamais en un seul point, on les entend passer très haut d'un bout du pays à l'autre, et leurs abois trompent sur la distance.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 4, puissance 4 : Cŵn Annwn frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.