Hati

Il y a deux loups dans le ciel du Nord. L'un court après le soleil, l'autre après la lune. Ils ne les rattrapent jamais — jusqu'au jour où ils les rattraperont. C'est toute l'idée : une poursuite qui dure depuis le commencement, et dont on connaît déjà la fin.
Ce que disent les textes
Hati Hróðvitnisson apparaît dans la Gylfaginning, première partie de l'Edda en prose composée par Snorri Sturluson vers 1220. Snorri explique que ce loup court devant Máni, la lune, et qu'il finira par l'atteindre. Son frère Sköll fait la même chose derrière Sól, le soleil.
Le Grímnismál, poème de l'Edda poétique, mentionne également ces deux poursuivants. Mais les sources ne s'accordent pas parfaitement sur qui court après quoi : selon les versions et les traductions, les rôles de Hati et de Sköll s'échangent. L'incohérence appartient à la tradition elle-même, elle n'est pas une erreur de lecture.
Son patronyme, Hróðvitnisson, le dit fils de Hróðvitnir — un nom que Snorri applique à Fenrir. La généalogie des loups nordiques est un enchevêtrement plus qu'un arbre : les textes se contredisent, et personne au XIIIe siècle ne cherchait à les harmoniser.
Une poursuite, pas une chasse
Ce qui frappe dans ce motif, c'est qu'il n'a pas de fin tant que le monde tient. Les loups courent, les astres fuient, et le ciel tourne. La course EST le mouvement du ciel : expliquer pourquoi la lune traverse la nuit, c'est raconter qu'on la poursuit.
Cette façon d'expliquer la marche des astres par une fuite n'est pas propre au Nord. On la retrouve ailleurs sous d'autres formes — quelque chose veut avaler l'astre, et l'astre continue. Ce qui est nordique, c'est que la poursuite est promise à aboutir.
Car au Ragnarök, les loups rattrapent. Les astres sont dévorés et le ciel s'éteint avant le reste. L'ordre du monde ne s'effondre pas d'un coup : il commence par la nuit.
Les éclipses, et ce qu'on n'en sait pas
On lit souvent que les Scandinaves voyaient dans les éclipses la morsure de ces loups, et qu'ils faisaient du bruit pour les chasser. Le rapprochement est séduisant, mais aucune source médiévale scandinave ne le documente explicitement.
Ce qui est attesté, c'est le motif de la poursuite et sa conclusion au Ragnarök. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est l'usage rituel qu'on en aurait fait. La prudence s'impose : la mythologie nordique nous est parvenue par des textes chrétiens tardifs, qui rapportent des récits sans toujours décrire les gestes.
Snorri écrit deux siècles après la conversion de l'Islande. Il compile, il ordonne, et il interprète parfois. Sa valeur est immense, mais ce n'est pas un témoin direct.
Pourquoi la lune, et pas le soleil
Dans notre veillée, c'est Hati qu'on a retenu plutôt que Sköll. Non par préférence, mais parce que la lune y compte davantage : elle décide de la force de ce qui rôde.
Un loup qui serre la lune de plus près à mesure qu'elle grossit, c'est une image qui se joue toute seule. Plus elle est pleine, plus il est près.
Et quand elle est mince, il est loin. C'est le seul moment où le ciel respire.
Questions fréquentes
Hati poursuit-il la lune ou le soleil ?
La lune, selon la Gylfaginning de Snorri Sturluson. Mais les sources se contredisent : certaines versions du Grímnismál échangent les rôles de Hati et de son frère Sköll. L'incohérence appartient à la tradition, pas aux traducteurs.
Rattrape-t-il la lune un jour ?
Oui. Au Ragnarök, les loups atteignent les astres et les dévorent. Le ciel s'éteint avant que le reste du monde ne s'effondre : la fin commence par la nuit.
Les Scandinaves expliquaient-ils les éclipses par ces loups ?
C'est souvent affirmé, mais aucune source médiévale scandinave ne le documente clairement. Le motif de la poursuite est attesté ; l'usage rituel qu'on en aurait tiré ne l'est pas.
Qui est Hróðvitnir, son père ?
Un nom que Snorri applique à Fenrir, le grand loup enchaîné. Les généalogies lupines du Nord sont enchevêtrées et contradictoires selon les textes — on ne cherchait pas à les harmoniser.
Légendes voisines
Sources
Hati dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Hati y coûte 4 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Il mord la lune : toutes les nuits qui restent perdent un quartier. » Dans « Crie au loup », Hati (coût 4, puissance 3) gagne 2 par quartier au-delà du premier : plus la lune est pleine, plus il la serre, jusqu'à 9 à la pleine lune. Quand la lune est mince, il reste ce qu'il est.
La carte parmi les 252
Coût 4, puissance 5 : Hati frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.