Frau Gaude

Dans les légendes du Mecklembourg, au nord de l'Allemagne, les Douze Nuits entre Noël et l'Épiphanie appartiennent à une chasseresse. Frau Gaude, qu'on nomme aussi Frau Gauden ou Frau Gode, traverse les villages dans le vent de la nuit, entourée d'une meute qui n'est pas tout à fait une meute : ses propres filles, changées en chiennes. Et malheur à la maison dont la porte reste ouverte à son passage.
La légende
Le péché originel de Frau Gaude est un mot de trop. Les récits recueillis au XIXe siècle racontent qu'elle aimait la chasse plus que tout, au point de déclarer qu'elle préférait chasser éternellement plutôt que d'entrer au ciel. Ses filles, qui partageaient ce vœu, furent prises au mot avec elle : elles se changèrent en chiennes, et l'attelage maudit chasse depuis sans fin à travers les nuits d'hiver.
Pendant les Douze Nuits, la dame et sa meute descendent dans les villages. Les descriptions varient : tantôt un char ou un traîneau tiré par les chiennes, tantôt une cavalcade aérienne parmi le vent. Ce qui ne varie pas, c'est la règle domestique qui l'accompagne : à son passage, les portes doivent être closes. Une maison laissée ouverte reçoit un cadeau dont personne ne veut : une des petites chiennes s'y installe.
Impossible alors de s'en débarrasser. La bête geint, apporte la malchance, et les récits précisent que la tuer ne sert à rien : elle se change en pierre le jour et redevient chienne gémissante la nuit, revenant toujours au foyer qui l'a chassée. Il faut attendre le retour de Frau Gaude, l'année suivante, pour que la dame reprenne son enfant et lève le malheur.
Origines et histoire
Frau Gaude est une figure des traditions orales du Mecklembourg et des régions voisines, notamment le Prignitz, consignée par les grands collecteurs du XIXe siècle : Adalbert Kuhn et Wilhelm Schwartz dans leurs Norddeutsche Sagen (1848), puis Karl Bartsch dans son recueil des légendes du Mecklembourg. Son nom flotte d'une paroisse à l'autre : Frau Gauden, Fru Goden, Frau Gode, Mutter Gauerken.
Les mythologues du XIXe siècle, Jacob Grimm en tête, ont voulu voir dans ce nom un écho de Wodan, le vieux dieu meneur de la chasse sauvage, dont Frau Gode serait une doublure féminine ou une « épouse » folklorique. L'hypothèse est séduisante mais reste une hypothèse : les études récentes se contentent d'inscrire Frau Gaude dans la vaste famille des meneuses de chasse nocturne, sans lui donner de certificat de naissance divin.
Tous les récits ne la peignent pas en fléau. Une histoire connue du Mecklembourg la montre arrêtée dans un village, une roue de son char brisée : l'homme qui la répare est payé de copeaux qui se changent en or au matin. Comme beaucoup de dames de l'hiver, elle punit la négligence mais récompense le service rendu : la terreur et la gratification sont les deux faces de son passage.
Variantes et cousins
Frau Gaude est une meneuse de chasse sauvage, cette armée nocturne d'esprits que la veillée connaît déjà : la Mesnie Hellequin et la Chasse sauvage elle-même sont ses parentes directes. Sa particularité est double : elle est une femme, et sa meute est sa propre descendance, ce qui donne à sa légende une couleur de tragédie familiale que les autres chasses n'ont pas.
Dans la famille des dames de l'hiver germanique, elle voisine avec la Perchta alpine et la Dame Holle, déjà en jeu à la veillée : mêmes Douze Nuits, mêmes tournées d'inspection, mêmes punitions domestiques. Frau Gaude en est la version la plus sombre, celle qui a perdu jusqu'à ses enfants dans sa malédiction.
Dans le set Les Douze Nuits, elle forme un diptyque naturel avec Lussi, la cavalière norvégienne de la nuit du 13 décembre : deux femmes en vol, deux escortes surnaturelles, deux calendriers qui se répondent d'un bout à l'autre de la saison sombre.
Dans la culture
Frau Gaude n'a jamais eu la carrière internationale d'une Perchta : elle est restée une légende de terroir, transmise par les recueils du XIXe siècle et les traditions locales du Mecklembourg et du Brandebourg. C'est précisément ce qui fait son prix pour les amateurs de folklore : une meneuse de chasse sauvage régionale, avec ses règles domestiques précises, ses portes à fermer et ses chiennes gémissantes.
Elle connaît aujourd'hui une seconde vie discrète dans les cercles de passionnés de mythologie germanique et les bestiaires en ligne, où sa meute de filles-chiennes frappe les imaginations. Les historiens du folklore la citent régulièrement comme exemple des figures féminines de la chasse sauvage, moins connues que leurs homologues masculins mais tout aussi anciennes dans les collectes.
Dans Crie au loup, Frau Gaude arrive avec sa meute : sa capacité d'invocation traduit la petite chienne laissée au foyer imprudent, ce compagnon spectral dont on ne se débarrasse pas et qui rappelle, chaque nuit, que la porte est restée ouverte au mauvais moment.
Questions fréquentes
Qui est Frau Gaude ?
Une figure du folklore du Mecklembourg, en Allemagne du Nord : une dame maudite qui mène une chasse nocturne pendant les Douze Nuits de Noël, escortée de ses filles transformées en chiennes. On la nomme aussi Frau Gauden, Frau Gode ou Fru Goden selon les régions.
Pourquoi les filles de Frau Gaude sont-elles des chiennes ?
Selon les récits recueillis au XIXe siècle, la dame déclara préférer la chasse éternelle au paradis, et ses filles firent le même vœu. Elles furent exaucées à la lettre : changées en chiennes, elles tirent son char ou courent dans sa meute pour l'éternité.
Que se passe-t-il si Frau Gaude trouve une porte ouverte ?
Elle y laisse une de ses chiennes spectrales. L'animal s'installe, gémit et porte malheur à la maisonnée ; le tuer ne sert à rien, il se change en pierre et revient la nuit. Seule Frau Gaude peut le reprendre, à son passage de l'année suivante. D'où la règle : portes closes pendant les Douze Nuits.
Frau Gaude est-elle liée à la chasse sauvage ?
Oui : elle est l'une des meneuses féminines de la chasse sauvage germanique, aux côtés des figures masculines comme le Wodan des mythologues. Les folkloristes du XIXe siècle ont supposé un lien entre son nom et celui du dieu, mais cette étymologie reste une hypothèse débattue.
Légendes voisines
Sources
Frau Gaude dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Frau Gaude y coûte 3 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « La nuit, à sa révélation : un petit compagnon (1/1) s'installe ici et ne s'en va plus. » La carte traduit la porte laissée ouverte : quand Frau Gaude paraît, une de ses chiennes spectrales entre au foyer et s'y installe. Ce compagnon dont on ne se débarrasse pas, c'est l'invocation qui reste sur le lieu.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 3, puissance 4 : Frau Gaude frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.