Le Cadet

On retient un nom, celui de Jean Chastel. On oublie qu'avant lui, pendant trois ans, le royaume a jeté dans la Margeride tout ce dont il disposait : une troupe de dragons, le louvetier le plus réputé de France, le porte-arquebuse du roi, et des paysans par milliers battant les bois au bâton. Tous ont échoué.
Les dragons de Duhamel
Les premiers envoyés sont des militaires. Le capitaine Jean-Baptiste-Louis-François Boulanger, dit Duhamel, arrive en novembre 1764 avec cinquante-six hommes de la Légion de Clermont-Prince : trente-neuf à pied, dix-sept à cheval. Il a trente-deux ans. La première chasse a lieu le 11 novembre 1764.
Duhamel bat le pays tout l'hiver, organise des traques massives où l'on réquisitionne les paysans des paroisses entières, fait empoisonner des carcasses. Il annonce plusieurs fois la victoire, à tort. Il repart le 8 avril 1765 sans avoir rien réglé, et la presse se moque de lui.
Ces battues sont ce qu'il faut imaginer derrière le mot « chasse » : non pas quelques fusils dans un fourré, mais des colonnes d'hommes rabattant un versant entier, en criant, en frappant les buissons, du lever au coucher du soleil, dans un pays de landes hautes où l'on voit à trois cents pas.
Les louvetiers, puis le roi
En février 1765, Versailles envoie un spécialiste : Jean-Charles Vaumesle d'Enneval, louvetier normand qui passe pour avoir tué plus de trois mille loups dans sa carrière, accompagné de son fils. Il arrive à Clermont-Ferrand le 17 février, mène sa première grande chasse le 21 avril, et repart le 28 juillet. Bredouille lui aussi.
Louis XV envoie alors son propre porte-arquebuse, François Antoine de Beauterne, arrivé fin juin 1765. Le 20 septembre, il abat aux Chazes un très grand loup de cent trente livres — près de soixante kilos. L'animal est empaillé, porté à Versailles, présenté à la cour. L'affaire est officiellement close, et Antoine rentre en novembre couvert d'honneurs.
Sauf que les attaques reprennent. Le Gévaudan continue d'enterrer ses morts pendant près de deux ans encore, mais Versailles a tourné la page : il n'y aura plus de chasseur royal. Le pays est renvoyé à lui-même.
Ceux du pays
La dernière chasse, celle de juin 1767, ne doit rien à la cour. Elle est organisée par le marquis d'Apcher, un noble du cru d'à peine vingt ans, avec des hommes des environs. C'est au cours de cette battue, le 19 juin, que Jean Chastel abat l'animal.
Chastel n'est pas seul : il a trois fils, Pierre né en 1739, Jean-Antoine en 1745, Jean François en 1749, et la famille est présente dans le dossier de l'affaire — parfois du bon côté, parfois dans ses marges troubles. En août 1765, des hommes sont arrêtés après une altercation avec les chasseurs d'Antoine de Beauterne, et on a longtemps voulu y voir les Chastel, sans jamais pouvoir l'établir.
Ce que l'histoire retient, c'est le contraste : trois ans de moyens royaux pour rien, et une battue de voisins qui règle l'affaire en une matinée.
Ce que chasser voulait dire
Il faut se défaire de l'image du chasseur solitaire. Contre la Bête, on mobilise des paroisses entières sur ordonnance royale — celle du 14 octobre 1764 organise la traque —, on arme des bergers, on poste des enfants en surveillance. Une partie des victimes sont d'ailleurs des enfants gardant les troupeaux, seuls sur les pâtures.
Le pays vit trois ans sous la peur. L'évêque de Mende, Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, publie le 31 décembre 1764 un mandement ordonnant des prières publiques : le fléau est lu comme un châtiment, et on y répond autant par la religion que par le fusil.
C'est ce mélange qui rend l'affaire si particulière : un même événement traité simultanément comme un problème de police, une opération militaire, un fait divers de presse et une punition divine.
Questions fréquentes
Combien de chasseurs ont traqué la Bête du Gévaudan ?
Successivement le capitaine Duhamel et ses 56 dragons (novembre 1764 - avril 1765), le louvetier d'Enneval et son fils (février - juillet 1765), le porte-arquebuse du roi Antoine de Beauterne (juin - novembre 1765), puis les chasses locales du marquis d'Apcher jusqu'en juin 1767 — sans compter les milliers de paysans requis pour les battues.
Le loup tué par Antoine de Beauterne était-il la Bête ?
Il a été présenté comme telle à Versailles en septembre 1765, et l'affaire fut officiellement close. Mais les attaques ont repris ensuite et duré près de deux ans. Beaucoup d'historiens penchent aujourd'hui pour plusieurs animaux successifs plutôt qu'un seul.
Qui étaient les fils de Jean Chastel ?
Pierre (né en 1739), Jean-Antoine (1745) et Jean François (1749). Leur rôle exact dans l'affaire reste débattu : les soupçons qui pèsent sur la famille reposent sur des traditions tardives, pas sur des pièces d'archives.
Pourquoi les chasses royales ont-elles échoué ?
Aucune explication définitive. Reviennent la méconnaissance du terrain par des chasseurs venus d'ailleurs, l'étendue du pays, la difficulté de coordonner des battues de plusieurs centaines d'hommes, et probablement le fait qu'il n'y avait pas un seul animal à abattre.
Légendes voisines
Sources
Le Cadet dans Crie au loup
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On peut la croiser sur Champ de la battue, Le Gévaudan et Pont du Diable, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 3, puissance 2 : Le Cadet frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.