L'Ogresse

Ogresse, créature du folklore (Perrault), illustration

Tout le monde connaît l'ogre ; on oublie trop souvent qu'il a une famille. L'ogresse hante pourtant les pages les plus noires des contes de Perrault : c'est elle qui commande qu'on lui serve ses petits-enfants « à la sauce Robert » dans la suite oubliée de La Belle au bois dormant. Femme, mère ou reine, la dévoreuse est d'autant plus terrible qu'elle est des nôtres.

La légende

La partie de La Belle au bois dormant que l'on ne raconte plus commence après le mariage. Le prince cache sa femme et ses deux enfants, Aurore et Jour, car sa propre mère est « de race ogresse » : à la cour, on chuchote qu'elle regarde passer les enfants avec une envie difficile à contenir. Le prince devenu roi part en guerre ; la reine mère envoie sa bru et ses petits-enfants dans une maison des bois, et donne l'ordre au maître d'hôtel de lui servir la petite Aurore au dîner, « à la sauce Robert ».

Le brave homme n'a pas le cœur à l'ouvrage : il sert un agneau, cache l'enfant. La semaine suivante, l'ogresse réclame le petit Jour ; il sert un chevreau. Puis vient le tour de la jeune reine, remplacée in extremis par une biche. Mais un soir, l'ogresse entend pleurer les enfants qu'elle croit digérés depuis longtemps. Folle de rage, elle fait dresser dans la cour une cuve emplie de crapauds, de vipères et de serpents. Le roi rentre à l'improviste ; démasquée, l'ogresse se jette elle-même dans la cuve, tête la première, et les bêtes font le reste.

Dans Le Petit Poucet, l'ogresse est tout autre : c'est la femme de l'ogre, qui cache les sept garçons, les nourrit, tente de retarder le carnage. Et entre les deux se tiennent leurs filles, sept petites ogresses au teint frais qui dorment avec des couronnes d'or, déjà mordeuses, promises à l'appétit familial. Épouse complice ou reine dévorante, l'ogresse des contes n'est jamais un monstre des bois : elle est dans la maison.

Origines et histoire

L'ogresse entre dans la littérature française avec les Histoires ou contes du temps passé de Charles Perrault, en 1697, en même temps que son époux. Mais le motif de la belle-mère dévoreuse est plus ancien : Perrault adapte, pour la seconde partie de La Belle au bois dormant, un conte du Napolitain Giambattista Basile, « Soleil, Lune et Thalie », publié après sa mort en 1634, où une reine jalouse ordonne déjà de cuisiner les enfants de l'héroïne. Perrault en garde la structure et l'anthropophagie, en supprimant les éléments les plus scabreux.

Le mot suit la même pente que son masculin : dérivé d'« ogre », lui-même probablement issu du latin Orcus, divinité infernale, il désigne la femelle du géant mangeur de chair humaine. Les frères Grimm, en reprenant La Belle au bois dormant sous le titre Dornröschen en 1812, couperont toute la seconde partie : l'ogresse disparaît de la version que retiendront les enfants, et avec elle la moitié la plus dérangeante du conte.

Car ce que met en scène l'ogresse, les commentateurs l'ont souvent noté, c'est une peur plus intime que celle de l'ogre : la dévoration ne vient pas d'un château lointain mais de la propre famille, de la belle-mère, de la grand-mère. Le conte pousse au grotesque des tensions domestiques très réelles, dans des sociétés où la bru vivait sous le toit et sous la loi de la mère de son mari.

Variantes et cousins

Le parent le plus proche de l'ogresse est évidemment l'ogre, dont elle partage la table et l'appétit, avec une nuance : l'ogre dévore des étrangers imprudents, l'ogresse convoite souvent sa propre chair, bru et petits-enfants compris. C'est ce qui la rend, conte pour conte, plus glaçante. Le Grand Méchant Loup complète le trio des dévorateurs du répertoire : lui aussi s'invite dans la maison, déguisé en grand-mère, brouillant la frontière entre la famille et la gueule.

Hors de France, la figure prospère partout : les contes arabes et berbères regorgent d'ogresses gardiennes de sources et de montagnes, parfois nourricières pour qui sait téter leur sein en signe d'alliance, et les géantes dévoreuses des traditions européennes, de la sorcière de Hansel et Gretel à la femme du troll scandinave, déclinent le même motif : la maison accueillante dont le four est déjà chaud.

Dans la culture

L'ogresse est la grande sacrifiée des adaptations : la plupart des versions modernes de La Belle au bois dormant, du ballet de Tchaïkovski au dessin animé de Disney en 1959, s'arrêtent au baiser du réveil et escamotent la belle-mère anthropophage. Il faut rouvrir le texte de Perrault pour retrouver la sauce Robert, la cuve aux vipères et cette phrase admirable de cruauté tranquille : la reine espérait manger ses petits-enfants « avec une sauce ».

La littérature contemporaine, en revanche, l'a redécouverte : romans, albums et spectacles font régulièrement de « l'ogresse » une figure de la dévoration maternelle ou amoureuse, preuve que le personnage touche un nerf que l'ogre, plus caricatural, n'atteint pas. Le mot est même passé dans la langue comme son masculin : une ogresse, c'est une appétante insatiable, au propre comme au figuré.

Ce que la légende raconte

L'ogresse déplace la dévoration là où elle fait le plus mal : dans la maison. Les commentateurs notent que la reine de Perrault met en récit des tensions domestiques très réelles, celles de sociétés où la bru vivait sous le toit et sous la loi de la mère de son mari. La belle-mère qui veut manger ses petits-enfants pousse au grotesque une rivalité familière de toutes les veillées.

Comme l'ogre, elle porte la mémoire des famines et de l'anthropophagie des contes, mais on peut lire dans sa version féminine une angoisse spécifique : celle de la mère nourricière retournée en mère dévorante. C'est sans doute pour cela que la littérature contemporaine l'a redécouverte comme figure de la dévoration maternelle ou amoureuse, un nerf que l'ogre, plus caricatural, n'atteint pas.

Son effacement même est instructif : en coupant la seconde partie de La Belle au bois dormant, les Grimm puis les adaptations modernes ont retiré aux enfants la moitié la plus dérangeante du conte. L'ogresse mesure ainsi, époque après époque, ce que l'on accepte encore de raconter aux petits.

L'Ogresse existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Dévoreuse des contes fixée par Perrault en 1697 d'après Basile ; une figure de récit, jamais une créature observée.

  • Les commentateurs y lisent la mise en récit de tensions domestiques très réelles, dans des sociétés où la bru vivait sous le toit et sous la loi de la mère de son mari.
  • Comme l'ogre, elle prolonge le vieux fond du latin Orcus et le spectre des famines, mais déplacé au cœur de la famille : la dévoration vient de la belle-mère, non d'un château lointain.

Dans les archives

La femme de l'ogre accueille le Petit Poucet et ses frères à la lanterne, gravure de Gustave Doré pour les Contes de Perrault, édition de 1867.
La femme de l'ogre accueille le Petit Poucet et ses frères à la lanterne, gravure de Gustave Doré pour les Contes de Perrault, édition de 1867. Gustave Doré, domaine public

Questions fréquentes

Qui est l'ogresse dans La Belle au bois dormant ?

C'est la mère du prince, « de race ogresse », dans la seconde partie du conte de Perrault (1697), presque toujours coupée des versions modernes. Profitant de l'absence de son fils, elle ordonne qu'on lui serve ses petits-enfants Aurore et Jour, puis sa bru, « à la sauce Robert ». Trompée par le maître d'hôtel, elle finit dans sa propre cuve à vipères.

Pourquoi la fin de La Belle au bois dormant a-t-elle disparu ?

Les frères Grimm, en publiant leur version Dornröschen en 1812, ont arrêté l'histoire au réveil de la princesse, et les adaptations modernes (ballet, Disney) ont suivi. La seconde partie de Perrault, avec la belle-mère ogresse et sa tentative de manger les enfants, a été jugée trop sombre pour le public enfantin.

Quelle est la différence entre l'ogre et l'ogresse ?

L'appétit est le même, la position change : l'ogre des contes est un maître de château qui dévore les visiteurs, l'ogresse est souvent placée au cœur de la famille, épouse de l'ogre dans Le Petit Poucet ou belle-mère royale dans La Belle au bois dormant. Sa monstruosité est domestique, ce qui la rend souvent plus inquiétante.

Ses cousins dans le monde

  • OgreContes de PerraultIl dévore des étrangers imprudents ; l'ogresse convoite souvent sa propre chair, bru et petits-enfants compris.
  • Grand Méchant LoupContes de PerraultIl s'invite déguisé en grand-mère ; l'ogresse, elle, est déjà de la famille.
  • Baba YagaRussieSorcière dévoreuse des forêts slaves, plus ambivalente : parfois secourable envers qui sait lui parler.
  • TrollScandinavieSa femme partage le motif de la maison accueillante au four déjà chaud, mais loin des cours royales.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : La Belle au bois dormant
  2. Wikipédia : Ogre
  3. CNRTL : étymologie de « ogre »
  4. Wikipédia : Le Petit Poucet

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La carte parmi les 252

Coût 5, puissance 7 : Ogresse frappe plus fort que 78 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Ogresse : Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Oiseau de feu, SimorghOgresse