Black Annis

Aux portes de Leicester, dans les collines qu'on appelle les Dane Hills, s'ouvrait une grotte étroite que les gens du pays évitaient à la nuit : le Bower de Black Annis. La sorcière au visage bleu l'aurait creusée de ses propres griffes de fer, et l'on racontait aux enfants qu'elle guettait les imprudents pour les écorcher, boire leur sang et suspendre leurs peaux aux branches de son chêne.
La légende
Black Annis, qu'on nomme aussi Black Anna ou Cat Anna, est une vieille femme monstrueuse au visage livide et bleu, dotée de longues griffes de fer et d'une force démesurée. Elle vit dans une grotte des Dane Hills, à l'ouest de Leicester, qu'elle aurait creusée elle-même dans le grès à coups de griffes : un travail de bête fouisseuse qui donne la mesure du personnage.
Son garde-manger est celui des ogresses : enfants imprudents et agneaux de printemps. Un compte rendu du Leicester Chronicle de 1874 résume ce qu'on serinait aux petits : la sorcière guette dans les collines, emporte les enfants dans son antre, les griffe à mort, boit leur sang et met leurs peaux à sécher. Séchées, dit la tradition, elle les portait cousues autour de la taille, et en suspendait au grand chêne qui poussait à l'entrée de sa grotte.
On disait aussi qu'un souterrain reliait son antre au château de Leicester, et qu'elle rôdait la nuit jusque sous les fenêtres de la ville : les chaumières du pays, ajoutait-on, avaient de petites fenêtres pour qu'elle ne puisse y passer qu'un bras. Quand elle grinçait des dents, on l'entendait à des lieues, et les mères fermaient les volets.
Origines et histoire
La première trace écrite est administrative, ce qui ne manque pas de sel : un acte de propriété du XVIIIe siècle (1764) désigne une parcelle des Dane Hills sous le nom de « Black Anny's Bower Close », le clos de l'antre de Black Anny. La sorcière avait donc déjà donné son nom au terrain ; la croyance est nécessairement plus ancienne.
Son grand texte date de 1797 : John Heyrick, lieutenant de dragons et poète de Leicester, lui consacre un poème descriptif qui fixe l'iconographie, le visage bleu, les « vastes serres souillées de chair humaine », l'antre et le chêne. Tout ce que la tradition ultérieure raconte de Black Annis descend plus ou moins de ces vers, relayés au XIXe siècle par la presse et le théâtre locaux, jusqu'à un mélodrame de 1837, Black Anna's Bower.
Restait à expliquer la dame. Deux écoles s'affrontent : les mythologues du XIXe siècle et leurs héritiers ont voulu voir en elle le souvenir dégradé d'une déesse ancienne, l'Anu celtique ou la Hel germanique, hypothèses invérifiables et aujourd'hui regardées avec prudence. L'historien Ronald Hutton propose une piste plus terre à terre : Agnes Scott, une anachorète de la fin du Moyen Âge qui vécut en recluse dans une grotte des Dane Hills, et dont la mémoire, déformée par les générations, aurait viré à l'épouvante. La recluse en prière devenue ogresse : le folklore a de ces retournements.
Variantes et cousins
Black Annis appartient à la confrérie des hags britanniques, ces vieilles femmes surnaturelles qui personnifient l'hiver et la peur : sa cousine écossaise la Cailleach, déjà présente à la veillée, gouverne les tempêtes, et Jenny Greenteeth, la vieille aux dents vertes des mares du Lancashire, applique la même pédagogie de la terreur au bord de l'eau.
Dans le set de la Grande Peur, elle voisine avec le Redcap, l'autre monstre territorial des ruines anglaises, qui teint son bonnet là où elle suspend des peaux : deux gardiens d'antres sinistres, deux trophées. Le Bonhomme Sept-Heures québécois joue la même partition du croque-mitaine horaire, en moins sanglant.
Au-delà des îles, on pense à Baba Yaga, l'ogresse slave à la cabane montée sur pattes, et à toutes les dévoreuses d'enfants du conte européen : la fonction est universelle, tenir les petits loin des collines, des mares et des bois, et chaque terroir lui a donné un visage. Celui du Leicestershire est bleu.
Dans la culture
Leicester a longtemps entretenu un rapport rituel avec sa sorcière : le lundi de Pâques, la ville organisait dans les Dane Hills un « drag hunt » qui traînait un leurre, à l'origine un chat mort, depuis l'antre de Black Annis, coutume attestée jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. La grotte elle-même a survécu jusqu'au début du XXe siècle avant d'être comblée par l'urbanisation : le quartier a englouti le Bower, pas la légende.
Black Annis reste une vedette du folklore anglais : les recueils de légendes locales, les circuits de Leicester et la fantasy contemporaine la citent abondamment, et les historiens du folklore s'en servent volontiers comme cas d'école du personnage construit par sédimentation : un nom de parcelle, un poème, des articles de presse, et voilà une déesse ou une recluse devenue ogresse nationale.
Dans Crie au loup, Black Annis fait ce que sa légende promet : à sa révélation, elle élimine la carte ennemie la plus faible du lieu. Dans les Dane Hills comme à la veillée, elle choisit toujours la proie qui ne peut pas se défendre : c'est toute sa morale, et c'est pourquoi on la raconte.
Questions fréquentes
Qui est Black Annis ?
Une sorcière ou ogresse du folklore du Leicestershire : une vieille femme au visage bleu et aux griffes de fer qui vivait dans une grotte des Dane Hills, près de Leicester, et passait pour dévorer enfants et agneaux, puis suspendre leurs peaux à un chêne devant son antre.
Quelle est la première mention écrite de Black Annis ?
Un acte de propriété de 1764 qui nomme une parcelle des Dane Hills « Black Anny's Bower Close ». Le portrait classique vient ensuite du poème de John Heyrick (1797) : visage livide et bleu, serres souillées de chair humaine, antre creusé dans le grès.
Black Annis a-t-elle vraiment existé ?
L'historien Ronald Hutton propose une origine possible : Agnes Scott, anachorète de la fin du Moyen Âge qui vivait en recluse dans une grotte des Dane Hills. Sa mémoire déformée aurait nourri la légende. Les hypothèses plus anciennes (déesse celtique Anu, Hel germanique) sont invérifiables et accueillies avec prudence.
Peut-on voir la grotte de Black Annis aujourd'hui ?
Non : le Bower, encore visible au début du XXe siècle, a été comblé et bâti avec l'extension de Leicester. Le souvenir survit dans les noms de lieux, les archives locales et une abondante tradition écrite depuis le XVIIIe siècle.
Légendes voisines
Sources
Black Annis dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Black Annis y coûte 4 chandelles pour 6 de puissance, avec cette capacité : « La nuit, à la fin de chaque tour : détruit la carte ennemie la plus faible d'un AUTRE lieu (son bras passe par la fenêtre). » Chaque nuit qui passe, la carte fait disparaître la plus faible carte ennemie d'un autre lieu que le sien : Black Annis ne sort pas de son bower, c'est son bras qui passe par la fenêtre des maisons voisines, et il prend toujours ce qui ne peut pas résister.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 4, puissance 6 : Black Annis frappe plus fort que 71 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.