Le Redcap

Sur la frontière anglo-écossaise, pays de tours ruinées et de vieilles vendettas, on évitait de s'abriter pour la nuit dans les châteaux abandonnés. Un petit vieillard aux dents longues pouvait y attendre le voyageur, une pique rouillée à la main : le Redcap, gobelin des Borders, qui doit son nom au bonnet qu'il trempe dans le sang de ses victimes. Car si le sang sèche, dit-on, le Redcap meurt.
La légende
Les récits des Borders décrivent le Redcap avec une précision de portrait-robot : un vieil elfe court et trapu, de longues dents saillantes, des doigts maigres armés de serres d'aigle, de grands yeux d'un rouge de braise, des cheveux gris tombant sur les épaules, des bottes de fer, une pique dans la main gauche et un bonnet rouge sur la tête. Malgré le fer qu'il porte aux pieds, il court plus vite qu'un homme.
Il hante les châteaux en ruine, les tours de garde et les vieux forts de la frontière anglo-écossaise, de préférence ceux qui ont vu des tyrannies et des massacres : le malheur des lieux le nourrit. Le voyageur qui s'y abrite est accueilli à coups de pierres énormes ; s'il meurt, le gobelin retire son bonnet et le trempe dans le sang frais. C'est de là que vient sa couleur, et certains récits ajoutent que le bonnet doit rester humide : un Redcap dont le bonnet sèche dépérit.
La force humaine ne peut rien contre lui, mais la tradition, très marquée par la piété des Borders, lui connaît une faille : les paroles des Écritures ou la vue d'une croix brandie le font hurler et disparaître dans une flamme, en laissant derrière lui une longue dent, seul trophée qu'on ait jamais tiré de lui.
Origines et histoire
Le Redcap le plus célèbre porte un nom : Robin Redcap, familier de William de Soulis, seigneur du château de Hermitage dans le Liddesdale au début du XIVe siècle. La légende fait de Soulis un magicien noir qui enlevait les enfants du pays pour ses rituels, protégé par son gobelin contre toute arme de métal. Excédés, les gens du pays l'auraient finalement bouilli vivant dans un chaudron sur le cercle de pierres de Ninestane Rig, seule mort que la magie de Robin n'avait pas prévue.
L'histoire réelle est plus prosaïque et à peine moins sombre : le William de Soulis historique, compromis en 1320 dans une conspiration contre Robert Bruce, finit ses jours emprisonné au château de Dumbarton. Le chaudron de Ninestane Rig est une vengeance de conteurs, mais elle dit bien la haine que ce seigneur avait laissée derrière lui, et Hermitage, forteresse massive et isolée, avait tout pour fixer une légende de ce calibre.
C'est Walter Scott qui a donné au Redcap ses lettres de noblesse littéraires en recueillant les traditions de la frontière dans son Minstrelsy of the Scottish Border (1802). Les folkloristes y voient depuis l'un des gobelins les plus typés du folklore britannique : là où tant d'esprits sont ambivalents, le Redcap est une pure figure de la violence frontalière, née d'un pays qui a vécu des siècles de raids et de représailles.
Variantes et cousins
Toutes les traditions ne sont pas aussi noires : le Perthshire connaît un redcap débonnaire, petit être qui vit dans les tours des châteaux et dont la rencontre porte chance. Et les Pays-Bas appellent kabouter des lutins coiffés de rouge qui tiennent plus du gnome serviable que du tueur de voyageurs : le bonnet rouge, à lui seul, ne fait pas le monstre.
Dans le set de la Grande Peur, le Redcap chasse sur les mêmes terres que le Boggart, hanteur du nord de l'Angleterre autrement moins létal, et voisine avec Black Annis, l'ogresse bleue qui suspend les peaux de ses victimes : deux gardiens de terroirs sinistres, chacun son antre, chacun son trophée.
Les amateurs de rapprochements noteront enfin la parenté d'esprit avec le Sluagh écossais : dans les deux cas, le folklore des marches celtiques attache ses créatures aux lieux de violence ancienne, ruines pour l'un, ciel de l'ouest pour l'autre, comme si la mémoire des massacres devait bien loger quelque part.
Dans la culture
Le Redcap est devenu un classique de la fantasy : jeux de rôle, jeux vidéo et romans le convoquent dès qu'il faut un gobelin réellement dangereux, loin des lutins farceurs. Sa panoplie, bonnet sanglant, bottes de fer, pique rouillée, traverse les bestiaires à peu près intacte depuis les récits des Borders.
Le château de Hermitage, toujours debout dans le Liddesdale, entretient sa réputation de forteresse la plus sinistre d'Écosse : les visiteurs viennent y chercher l'ombre de Lord Soulis et de son familier, et les guides locaux ne les détrompent pas. Peu de créatures du folklore ont conservé une adresse aussi précise.
Dans Crie au loup, le Redcap fait ce que la légende exige : il se nourrit du malheur. Chaque disparition dans son entourage le rend plus fort, bonnet refraîchi, et le joueur qui le voit grossir comprend qu'il faudrait cesser de mourir autour de lui, ce qui est plus facile à dire qu'à faire.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un Redcap ?
Un gobelin meurtrier du folklore des Borders anglo-écossais. Il hante les châteaux en ruine marqués par la violence, tue les voyageurs à coups de pierres et trempe son bonnet dans leur sang, ce qui lui donne sa couleur rouge. On le décrit comme un vieil elfe trapu aux serres d'aigle, chaussé de bottes de fer.
Comment échapper à un Redcap ?
Pas par la force : la tradition le dit insensible à la vigueur humaine. En revanche, des paroles d'Écriture ou une croix brandie le font disparaître dans une flamme avec un hurlement, en ne laissant derrière lui qu'une longue dent.
Qui était Robin Redcap ?
Le familier légendaire de William de Soulis, seigneur du château de Hermitage au XIVe siècle, réputé magicien noir. La légende dit que Robin le protégeait de toute arme, et que le pays s'en débarrassa en le bouillant vivant à Ninestane Rig. L'histoire retient plutôt que Soulis mourut emprisonné à Dumbarton après la conspiration de 1320 contre Robert Bruce.
Légendes voisines
Sources
Redcap dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Redcap y coûte 2 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « +1 pour chaque carte alliée détruite dans la partie (le bonnet se reteint). » La carte grossit à chaque perte de votre camp, où qu'elle survienne sur le plateau : le bonnet du Redcap se reteint de tout le sang versé dans la veillée, et le gobelin des Borders n'a besoin que d'une chose pour tenir, c'est que ça continue.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 2, puissance 2 : Redcap frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.