Le Baku

Baku, créature du folklore (Japon), illustration

Au Japon, un enfant tiré d'un cauchemar sait quoi faire : murmurer trois fois « Baku-san, viens manger mon rêve ». Alors se glisse dans la chambre une chimère paisible, corps d'ours, trompe d'éléphant, pattes de tigre, qui aspire le mauvais rêve et le digère. Le baku est l'un des rares monstres du folklore japonais dont on espère la visite.

La légende

La tradition décrit le baku comme un assemblage : un manuscrit du XVIIe siècle lui donne la trompe et les défenses de l'éléphant, les oreilles du rhinocéros, la queue du bœuf, le corps de l'ours et les pattes du tigre. Une légende raconte qu'il fut façonné avec les morceaux restants quand les dieux eurent fini de créer les autres animaux : une bête faite de restes, devenue gardienne des nuits.

Son office est unique dans le bestiaire : il se nourrit exclusivement de cauchemars. Réveillé en sueur, le dormeur l'invoque trois fois ; le baku entre, aspire le rêve mauvais et le dévore, laissant derrière lui un sommeil apaisé. Sa seule présence fait fuir les esprits malveillants, et son image passait pour attirer chance et santé.

Mais la tradition ajoute un avertissement superbe : il ne faut pas appeler le baku à la légère. Un baku encore affamé après son cauchemar peut continuer son repas et dévorer aussi les espoirs et les ambitions du dormeur, le laissant vide, guéri de ses terreurs mais aussi de ses désirs. Même le plus bienveillant des monstres exige qu'on le convoque avec respect.

Origines et histoire

Le baku est un immigré : il descend du mo chinois, créature des textes anciens dont le nom désigne aussi, selon les époques, des animaux bien réels. La légende passe au Japon au plus tard à l'époque Muromachi, entre le XIVe et le XVIe siècle, et s'y acclimate au point de devenir l'un des protecteurs domestiques les plus aimés.

L'époque d'Edo lui offre sa consécration matérielle : on brode le caractère du baku sur les oreillers, on glisse son image sous le futon la nuit du Nouvel An pour garantir un premier rêve faste, on sculpte sa trompe et ses défenses sous les avant-toits des temples et des sanctuaires, où il monte la garde contre les mauvais esprits. Au début du XXe siècle encore, garder un talisman de baku près du lit restait une pratique courante.

Le zoologiste moderne a compliqué l'affaire en donnant son nom au tapir : en japonais, l'animal et le monstre s'écrivent et se prononcent de la même façon. Beaucoup y voient d'ailleurs l'origine lointaine de la créature, née de descriptions de tapirs ou d'autres bêtes exotiques transmises de Chine. Résultat : le baku contemporain est souvent dessiné en tapir rêveur, très loin de la chimère des estampes.

Variantes et cousins

Les représentations varient d'un recueil à l'autre : tantôt chimère complète aux yeux de rhinocéros, tantôt éléphant trapu au pelage moucheté, tantôt tapir à peine stylisé. Toutes gardent l'essentiel : la trompe, l'outil du métier, celle qui aspire les rêves comme d'autres aspirent le nectar.

Dans l'économie des songes japonaise, le baku est le contrepoids exact du cauchemar : là où d'autres créatures du folklore mondial s'assoient sur la poitrine des dormeurs, lui débarrasse. Le jeu connaît déjà ses adversaires naturels : le Cauchemar, la jument des mauvaises nuits, et l'Alp germanique, l'écraseur de poitrines. Poser un baku en face, c'est opposer le remède au mal.

Dans ce set, il partage les nuits japonaises avec la rokurokubi au cou sans fin et l'oni des enfers, autant de raisons pour les dormeurs d'Edo de garder son image sous l'oreiller. Sa cousine d'emploi la plus proche reste la yuki-onna : deux figures japonaises qui règnent sur les heures où l'on est sans défense.

Dans la culture

Le baku n'a jamais cessé de travailler : il apparaît dans les mangas et les anime dès qu'il est question de rêves, et les jeux vidéo en ont fait un archétype, du Pokémon mangeur de rêves aux invocations des jeux de rôle japonais. Sa version tapir domine désormais l'imagerie, plus douce et plus enfantine que la chimère d'origine.

Les boutiques de temples vendent toujours des amulettes à son effigie, et son emploi s'est même élargi : protecteur du sommeil, il est devenu par extension un symbole apaisant qu'on offre aux enfants anxieux et aux mauvais dormeurs. Peu de monstres peuvent se vanter d'une reconversion aussi tendre.

Dans Crie au loup, le Baku fait son office à la révélation : il affaiblit nettement une créature nocturne ennemie du lieu, comme il vide un cauchemar de sa substance. Face aux rôdeurs de la nuit, c'est le meilleur allié qu'une veillée puisse convoquer.

Questions fréquentes

Comment invoque-t-on le baku ?

La tradition veut qu'au sortir d'un cauchemar, on répète trois fois « Baku-san, viens manger mon rêve ». Le baku aspire alors le mauvais rêve et le dévore. À l'époque d'Edo, on plaçait aussi son image sous l'oreiller ou l'on brodait son nom sur les oreillers pour se protéger toute la nuit.

Le baku est-il dangereux ?

Il est bienveillant, mais la tradition glisse un avertissement : un baku encore affamé après avoir mangé le cauchemar peut dévorer aussi les espoirs et les ambitions du dormeur, le laissant vide. C'est une créature qu'on invoque avec respect, pas un jouet.

Quel est le lien entre le baku et le tapir ?

En japonais, le monstre et l'animal portent le même nom et le même caractère (獏/貘). Beaucoup pensent que la créature est née de descriptions de tapirs ou d'animaux exotiques venues de Chine ; en retour, le baku moderne est souvent représenté comme un tapir, loin de la chimère à corps d'ours des estampes.

De quand date la légende du baku au Japon ?

La créature vient de Chine, où elle descend du mo des textes anciens. Sa présence au Japon est attestée au plus tard à l'époque Muromachi (XIVe-XVIe siècle), et son culte domestique, oreillers brodés, talismans, sculptures de temples, s'épanouit à l'époque d'Edo.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia (EN) : Baku (mythology)
  2. Yokai.com : Baku (base de données de Matthew Meyer)
  3. Hyakumonogatari Kaidankai (Zack Davisson) : Baku, the Dream Eater

Baku dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Baku y coûte 3 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « La nuit, à sa révélation : on l'appelle et il vient — absorbe 2 de puissance à une créature NOCTURNE ennemie, où qu'elle soit. » La carte traduit le repas du dévoreur de rêves : à sa révélation, le Baku vide de sa substance une créature nocturne ennemie, sur n'importe quel lieu, car c'est le dormeur qui l'appelle — trois fois son nom, et il se glisse dans la chambre, si loin soit-elle.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 4 : Baku frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Baku : Áine, Alkonost, Ammit, Barbegazi, Bugul NozBaku