L'Oni

Chaque année au début du mois de février, dans tout le Japon, on ouvre les portes des maisons et on jette des haricots grillés dans la nuit en criant « les démons dehors, le bonheur dedans ». Le démon en question a un nom : l'oni, ogre cornu à la peau rouge ou bleue, massue de fer à la main. Il n'a jamais cessé d'être là, aux marges des villages, aux marges des cartes, et surtout dans une direction précise du ciel.
La légende
L'oni est un être humanoïde, souvent colossal, reconnaissable d'abord à ses cornes, généralement inspirées de celles du bœuf, plantées sur le front ou le sommet du crâne. Sa peau est rouge, bleue, parfois jaune, noire ou verte. Il a une bouche démesurée, des canines saillantes, des griffes, et il porte pour tout vêtement un pagne en peau de tigre. Son arme, le kanabō, est une massue de fer hérissée de pointes, entrée dans la langue japonaise par une expression qui compare un renfort superflu à « un kanabō donné à un oni ».
Sa fonction, dans les récits, est de dévorer et de piller. Il enlève, il mange, il occupe les montagnes et les îles depuis lesquelles il descend rançonner les hommes. Le conte le plus célèbre du répertoire enfantin, Momotarō, envoie un garçon né d'une pêche affronter les oni sur leur île, accompagné d'un chien, d'un singe et d'un faisan. Le plus terrible du répertoire adulte est Shuten-dōji, chef d'oni installé au mont Ōe, que des guerriers doivent enivrer avant de pouvoir le décapiter.
Le rituel qui les concerne est encore vivant. Au Setsubun, la veille du début du printemps selon l'ancien calendrier, soit le 2 ou le 3 février selon les années, les familles pratiquent le mamemaki : on lance des graines de soja grillées en criant « oni wa soto, fuku wa uchi ». Un adulte se coiffe souvent d'un masque d'oni pour se faire chasser, à la grande joie des enfants. La coutume s'est répandue chez les gens du commun à partir de l'époque de Muromachi, à la suite d'un rituel de cour d'origine chinoise destiné à expulser les influences néfastes.
Origines et histoire
Le mot s'écrit avec le caractère chinois qui désignait à l'origine les esprits des morts, le gui. Le concept arrive au Japon à partir du VIIe siècle et y change de nature : là où le gui chinois pouvait être bienveillant ou malfaisant, l'oni japonais devient à peu près exclusivement le nom du mal. Les folkloristes rapprochent aussi le mot d'une racine signifiant caché, invisible, ce qui dit beaucoup d'une créature dont la première caractéristique est de rôder hors du champ de vision.
Sur cette base se sont greffées deux couches. Celle du bouddhisme, qui apporte ses gardiens d'enfer à tête de bœuf et à tête de cheval, dont l'oni hérite les cornes. Celle de la géomancie chinoise, qui désigne le nord-est comme la direction dangereuse, le kimon, littéralement la « porte des démons ». Or le nord-est correspond, dans le zodiaque chinois, au secteur du bœuf et du tigre : cornes de bœuf, pagne en peau de tigre. La silhouette la plus reconnaissable du folklore japonais est en réalité une carte du ciel devenue costume.
Il faut ajouter une lecture moins pittoresque, que les chercheurs japonais mettent aujourd'hui en avant. L'oni a longtemps servi à désigner ceux que la société mettait à l'écart : ennemis vaincus, étrangers, marginaux des montagnes, femmes que la jalousie ou la folie faisaient basculer hors des normes, enfants nés différents que l'on appelait onigo. Derrière l'ogre, il y a souvent une frontière sociale.
Variantes et cousins
Dans le Bal des Masques, l'oni côtoie son parent le plus direct : le namahage de la péninsule d'Oga, homme costumé en démon qui entre dans les maisons au Nouvel An pour effrayer les paresseux, et qui montre bien comment un ogre peut devenir un rituel de village. Le kukeri bulgare et les mamuthones sardes jouent le même rôle à l'autre bout du continent : des masques terribles qui font peur pour purger l'année.
Le set japonais du jeu lui donne aussi ses voisins de bestiaire : le cortège des tsukumogami, objets centenaires éveillés, le kasa-obake, parapluie borgne, la rokurokubi au cou extensible. L'oni y tient la place du gros bras, ce qu'il est déjà dans les rouleaux peints, où les yōkai facétieux défilent devant lui comme une escorte.
Dans la culture
L'oni est partout dans le Japon contemporain, du manga au jeu vidéo, des tuiles faîtières en forme de tête de démon posées sur les toits jusqu'aux expressions courantes, où le préfixe oni sert à dire qu'une chose est extrême. Les masques rouges et bleus se vendent dans toutes les boutiques de souvenirs, et le Setsubun reste l'un des rendez-vous les plus suivis du calendrier, jusque dans les grands temples où des personnalités lancent les haricots devant la foule.
La carte du jeu retient une contrainte, pas un pouvoir : l'oni ne se joue que de nuit. C'est la règle de tous les récits qui le mettent en scène, où il descend des montagnes quand la lumière tombe et où la seule protection consiste à ne pas être dehors.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un oni au Japon ?
Un ogre ou démon du folklore japonais, humanoïde, doté de cornes de bœuf, d'une peau rouge ou bleue, de canines saillantes et d'une massue de fer appelée kanabō. Il vit dans les montagnes ou sur des îles et descend piller et dévorer les humains.
Pourquoi jette-t-on des haricots aux oni au Setsubun ?
Le rituel du mamemaki consiste à lancer des graines de soja grillées en criant « oni wa soto, fuku wa uchi » (les démons dehors, le bonheur dedans), la veille du printemps selon l'ancien calendrier, le 2 ou le 3 février. Cette coutume s'est diffusée à l'époque de Muromachi à partir d'un rituel d'exorcisme d'origine chinoise pratiqué à la cour.
Pourquoi les oni ont-ils des cornes et une peau de tigre ?
Parce que la géomancie chinoise place la direction dangereuse, le kimon ou « porte des démons », au nord-est, secteur qui correspond dans le zodiaque au bœuf et au tigre. L'oni porte donc les cornes de l'un et la peau de l'autre : son costume est la traduction visuelle d'un point cardinal.
Légendes voisines
Sources
Oni dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Oni y coûte 5 chandelles pour 9 de puissance, avec cette capacité : « Ne peut être joué que la nuit. » La carte ne se pose que la nuit, et c'est fidèle : dans les récits, l'oni ne descend jamais de sa montagne en plein jour, il attend que la lumière tombe pour venir frapper aux portes du village.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 5, puissance 9 : Oni frappe plus fort que 90 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.