Les Yumboes

Yumboes, créature du folklore (Sénégal), illustration

Sur les collines qui dominent la côte du Sénégal, face à l'île de Gorée, la tradition wolof plaçait un petit peuple d'êtres nacrés, hauts de deux pieds, qui sortaient danser et festoyer au clair de lune : les yumboes. On les appelait aussi bakhna rakhna, « les bonnes gens », exactement comme les Écossais disent « the good people » pour ne pas fâcher leurs fées. C'est l'une des rencontres les plus troublantes entre le folklore africain et les traditions féeriques d'Europe, et aussi l'une des plus fragiles : presque tout ce qu'on en sait tient dans quelques pages du XIXe siècle.

La légende

La tradition les décrit petits, environ deux pieds de haut, d'un blanc de perle de la tête aux pieds, avec des cheveux d'argent. Ils vivent sous les collines dites les Paps, en retrait de la côte, dans des demeures souterraines dont personne n'a vu l'entrée. La nuit venue, surtout quand la lune est belle, ils montent danser sur les pentes, et le voyageur attardé peut apercevoir leurs silhouettes claires tourner en cercle dans l'herbe.

Ce sont des êtres de festin. On raconte qu'ils dressent de grandes tables servies par des domestiques invisibles, dont on ne voit que les mains et les pieds porter les plats. Ils pêchent en mer sur leurs propres pirogues, volent du feu aux vivants pour griller leur poisson, dérobent du maïs dans les greniers et l'emportent dans des calebasses, et déterrent le vin de palme que les hommes ont mis à fermenter pour le boire jusqu'à l'ivresse. Rien de tout cela n'est bien méchant : c'est le portrait d'un peuple voisin, chapardeur et joyeux, qui double la société humaine sans s'y mêler.

Un détail donne à ces récits une profondeur plus grave : la tradition rapportée au XIXe siècle en fait les esprits des morts. Les yumboes ne seraient pas une autre espèce, mais les défunts eux-mêmes, revenus mener sous la colline la vie qu'ils menaient au village. Le festin nocturne devient alors un banquet d'ancêtres, et la politesse du nom « bonnes gens » prend tout son sens : on ne se moque pas de ceux qu'on retrouvera.

Origines et histoire

Il faut être honnête sur le dossier : les yumboes reposent presque entièrement sur une source unique et ancienne. C'est le folkloriste irlandais Thomas Keightley qui les décrit dans The Fairy Mythology, son grand panorama des traditions féeriques du monde, publié pour la première fois en 1828. Keightley tenait son récit d'une dame qui avait passé son enfance sur l'île de Gorée, au large de Dakar, et qui avait entendu ces histoires de la bouche d'une servante wolof.

La chaîne de transmission est donc longue : une tradition orale wolof, ou plus précisément lébou si l'on en croit la géographie des collines côtières, passée par une enfant européenne, puis rédigée à Londres par un folkloriste qui cherchait des correspondances universelles entre les fées de tous les pays. Chaque maillon a pu déformer. Keightley lui-même souligne la ressemblance « frappante et surprenante » entre les yumboes et les fées gothiques d'Europe : on peut se demander ce qui, dans cette ressemblance, appartient à la tradition sénégalaise et ce qui appartient à sa grille de lecture.

Les folkloristes postérieurs n'ont guère fait que le recopier, et les études modernes du folklore sénégalais documentent d'autres catégories d'esprits, sans retrouver tel quel ce petit peuple nacré. Cela ne veut pas dire que la dame de Gorée a inventé : cela veut dire que nous lisons une tradition à travers une seule fenêtre, étroite et datée. C'est un cas d'école, précieux à ce titre, de ce que le folklore mondial doit à des témoignages uniques.

Variantes et cousins

Le nom d'emprunt bakhna rakhna, « les bonnes gens », place d'emblée les yumboes dans une famille universelle : celle des peuples cachés qu'on flatte pour s'en protéger. Les Irlandais disent « gentry », les Écossais « good people », les Bretons parlent avec précaution de leurs korrigans. Que la même politesse ait été relevée sur la côte sénégalaise est exactement ce qui a fasciné Keightley.

Dans le set, leurs cousins africains sont d'une autre humeur : l'eloko du bassin du Congo est un nain de forêt féroce dont la clochette ensorcelle, et le tokoloshe d'Afrique australe un tourmenteur de chambres à coucher. Les yumboes rappellent que le petit peuple africain n'est pas toujours menaçant : il peut être simplement voisin, à la manière des esprits domestiques d'Europe.

Leur parenté la plus intime est peut-être avec Mami Wata, l'esprit des eaux d'Afrique de l'Ouest : même côte, même monde double où les esprits mènent une vie parallèle à la nôtre, mêmes échanges ambigus de dons et de larcins entre les deux rives.

Dans la culture

Longtemps confinés aux compilations de folklore, les yumboes connaissent depuis quelques années une nouvelle vie. La romancière Natasha Bowen les convoque dans sa série Skin of the Sea, portée par la mythologie ouest-africaine, et l'univers de J. K. Rowling s'en est inspiré pour peupler l'Afrique de l'Ouest de ses elfes de maison, ce qui dit bien la niche qu'ils occupent dans l'imaginaire : des elfes africains.

Cette adoption a un revers : elle recycle une source du XIXe siècle sans toujours en signaler la fragilité, et elle tire les yumboes vers le moule des fées européennes, exactement le biais qu'on peut reprocher à Keightley. Les présenter honnêtement, c'est garder les deux vérités ensemble : une tradition wolof réelle a existé derrière ces pages, et nous ne la connaissons que de seconde main, embellie au passage par les lunettes d'un folkloriste romantique.

Questions fréquentes

Que sont les yumboes du folklore sénégalais ?

De petits êtres d'un blanc nacré, hauts d'environ deux pieds, aux cheveux d'argent, qui vivraient sous les collines proches de la côte sénégalaise face à Gorée. La tradition rapportée au XIXe siècle en fait les esprits des morts, qui festoient et dansent au clair de lune.

Que signifie bakhna rakhna ?

C'est le nom de politesse donné aux yumboes, traduit par « les bonnes gens ». Comme les Écossais ou les Irlandais avec leurs fées, on les nomme aimablement pour ne pas s'attirer leur rancune.

Les yumboes sont-ils une tradition bien documentée ?

Non, et il faut le savoir : la quasi-totalité de ce qu'on en dit remonte à un seul texte, The Fairy Mythology de Thomas Keightley (1828), qui tenait le récit d'une dame ayant vécu enfant à Gorée. Aucune collecte indépendante n'a confirmé le détail de ce portrait.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia (EN) : Yumboes
  2. Thomas Keightley, The Fairy Mythology (1828), texte intégral sur Project Gutenberg
  3. Mythlok : Yumboes

Yumboes dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Yumboes y coûte 1 chandelle pour 1 de puissance, avec cette capacité : « Les nuits de lune gibbeuse ou pleine, à sa révélation : une seconde troupe apparaît sur un autre lieu. » La carte traduit leurs nuits de fête : sous une lune bien pleine, une seconde troupe paraît sur un autre lieu. Les yumboes ne se montrent jamais à l'unité, on les rencontre par bandes, tambour en tête, d'une colline à l'autre au-dessus de la côte.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 1 : Yumboes frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Yumboes : Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, FarfadetYumboes