Yarilo

Dans les campagnes de Biélorussie, de Russie et d'Ukraine, on fêtait jusqu'au XIXe siècle un curieux personnage : Yarilo, la force du printemps en personne, figuré tantôt en jeune cavalier sur un cheval blanc, tantôt en effigie qu'on promenait, célébrait, puis enterrait en grande pompe. Dieu ancien ou personnage de fête ? C'est toute la question, et elle est passionnante.
La légende
Le nom dit presque tout : la racine slave jar évoque à la fois le printemps, la sève, l'ardeur et la fureur. Yarilo est cette poussée : la force qui fait verdir les blés, monter les troupeaux et rougir les jeunes gens. Les descriptions folkloriques le peignent en très jeune homme, presque un enfant, vêtu d'une chemise blanche, couronné de fleurs, des épis à la main, monté pieds nus sur un cheval blanc : la fertilité qui passe dans les champs et les bénit du regard.
Dans les fêtes qui portaient son nom, célébrées à la fin du printemps ou au début de l'été, on l'incarnait littéralement : en Biélorussie, les descriptions du XIXe siècle montrent une jeune fille costumée en Yarilo, à cheval, entourée de rondes et de chants ; ailleurs, c'est une effigie de paille qu'on promène, qu'on marie, puis qu'on pleure et qu'on enterre dans un simulacre de funérailles, souvent au moment où les moissons approchent. Le printemps meurt de sa belle mort pour que le grain mûrisse : les paysans slaves jouaient chaque année cette évidence.
Ce cycle de mort et de retour a nourri l'image d'un dieu qui descend au monde des morts et en revient avec la belle saison. Séduisante, cette lecture doit beaucoup aux savants modernes : le folklore, lui, montre surtout une fête, un personnage et des funérailles pour rire, ce qui est déjà beaucoup.
Origines et histoire
Ici, la prudence s'impose, et elle est intéressante en soi. Aucune source médiévale ne décrit un dieu slave nommé Yarilo : le dossier ancien se réduit pour l'essentiel à Iarovit (Gerovit), divinité des Slaves de l'Ouest mentionnée au XIIe siècle dans l'entourage de l'évêque Otton de Bamberg, dont le nom partage la même racine. Tout le reste vient du folklore des XVIIIe et XIXe siècles : les fêtes de Yarilo, bien réelles et bien documentées, en Russie, en Biélorussie, en Ukraine et jusqu'en Serbie.
Ce sont les mythologues du XIXe siècle, puis les structuralistes soviétiques Viatcheslav Ivanov et Vladimir Toporov, qui ont reconstruit à partir de ces fêtes un grand mythe du dieu-enfant : fils du dieu de l'orage, enlevé au monde souterrain, revenant chaque printemps, épousant sa jumelle au solstice, sacrifié après la moisson. C'est une hypothèse savante élégante, largement reprise, mais une hypothèse : les encyclopédies sérieuses la présentent aujourd'hui avec toutes les pincettes nécessaires, et nous faisons de même.
Ce qui est sûr, et qui suffit au bonheur du folkloriste : pendant des siècles, des villages entiers ont fêté, marié et enterré la force du printemps sous le nom de Yarilo, avec une constance qui a survécu à mille ans de christianisme. Que le personnage ait été dieu, souvenir de dieu ou pure création festive, il a fait son travail : chaque année, le printemps est revenu.
Variantes et cousins
Dans les Balkans, des figures très proches accompagnent la Saint-Georges de printemps : le Zeleni Juraj croate, le Georges vert promené de maison en maison, prolonge le même geste sous patronage chrétien. Plus à l'ouest, Jack-in-the-Green, l'homme-feuillage anglais de ce set, joue une partition cousine : la végétation costumée qu'on promène et qu'on met à mort pour que la saison tourne. John Barleycorn pousse la logique au bout : chez lui, c'est la mort du grain qui fait la fête.
Dans son propre monde slave, Yarilo ouvre la saison que la Nuit de Kupala porte à incandescence : il est le printemps, elle est le plein été, et la Fleur de fougère éclot exactement entre les deux. Sa carte regarde aussi vers Koschei, déjà au jeu : le folklore russe aime ces figures qui ne meurent jamais tout à fait.
Dans la culture
Yarilo doit une part de sa célébrité moderne à la musique russe : le Snegourotchka de Rimski-Korsakov, d'après la pièce d'Ostrovski, s'achève sur un hymne à Yarilo-Soleil, et Le Sacre du printemps de Stravinsky, s'il ne le nomme pas, puise dans le même imaginaire des rites printaniers slaves. Le folklore scénique et le néopaganisme slave contemporain l'ont depuis largement adopté, avec l'enthousiasme et les approximations propres au genre.
La carte du jeu le prend au mot : Yarilo est une force du jour. Tant que la lumière règne sur le lieu, le jeune cavalier rayonne ; la nuit venue, le printemps attend son heure, comme il l'a toujours fait.
Questions fréquentes
Qui est Yarilo dans la mythologie slave ?
Une personnification du printemps et de la fertilité, figurée en jeune homme en blanc sur un cheval blanc, fêtée jusqu'au XIXe siècle dans les campagnes russes, biélorusses, ukrainiennes et serbes. Son statut de dieu préchrétien est incertain : aucune source médiévale ne le décrit directement, et une partie de son « mythe » est une reconstruction savante moderne.
Comment se déroulaient les fêtes de Yarilo ?
À la fin du printemps ou au début de l'été, selon les régions : cortèges avec un personnage costumé (en Biélorussie, une jeune fille à cheval blanc jouait Yarilo), rondes, chants, puis souvent funérailles parodiques d'une effigie de paille qu'on enterrait ou détruisait, marquant la fin du printemps et l'entrée dans le temps des moissons.
Yarilo était-il vraiment un dieu ?
On l'ignore. Le seul appui médiéval est Iarovit, divinité des Slaves de l'Ouest au nom apparenté, mentionnée au XIIe siècle. Le grand récit de Yarilo dieu-enfant qui meurt et renaît est une reconstruction du XIXe siècle et des travaux d'Ivanov et Toporov : brillante, influente, mais hypothétique, et présentée comme telle par les spécialistes.
Légendes voisines
Sources
Yarilo dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Yarilo y coûte 3 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « +1 pour chaque autre allié SOLAIRE en jeu, où qu il soit (le cortège du printemps). » La carte grandirait avec chaque autre figure solaire posée sur le plateau : Yarilo n'est pas un combattant, c'est une fête, et le printemps slave ne se célébrait pas seul mais en cortège, l'effigie en tête et tout le village derrière.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 3, puissance 5 : Yarilo frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.