Le Simorgh

Simorgh, créature du folklore (Mont Alborz (Perse)), illustration

Dans les montagnes de Perse, sur les hauteurs de l'Alborz, niche un oiseau si ancien qu'il a vu le monde s'effondrer trois fois et se reconstruire autant. Le Simorgh ne dévore pas, il recueille. C'est lui qui a élevé un enfant abandonné sur un rocher parce qu'il était né avec les cheveux blancs, et c'est une de ses plumes brûlée dans un brasier qui, deux générations plus tard, sauvera la naissance du plus grand héros de l'Iran.

La légende

L'oiseau est immense, assez pour emporter un chameau ou un éléphant dans ses serres. Son plumage tient du paon, sa tête a longtemps été figurée en tête de chien et ses pattes en griffes de lion, avant que les influences chinoises venues avec les Mongols ne le rapprochent du phénix. Il est l'ennemi juré des serpents. Et son grand âge n'est pas une formule : les récits précisent qu'il a assisté à trois destructions du monde, ce qui lui donne le savoir de tous les âges.

Son rôle le plus connu vient du Shâhnâmeh, le Livre des rois du poète Ferdowsî, achevé au début du XIe siècle. Le noble Sâm y abandonne son fils nouveau-né, Zâl, sur les pentes de l'Alborz, parce que l'enfant est albinos. Le Simorgh l'emporte dans son nid et l'élève parmi ses petits. Quand le père vient réclamer son fils, l'oiseau ne se venge pas : il rend l'enfant et lui laisse trois de ses plumes, en lui disant que s'il les brûle, il viendra.

Zâl s'en servira une fois. Sa femme Roudâbeh n'arrive pas à accoucher, elle va mourir avec l'enfant. La plume brûle, le Simorgh paraît, et il enseigne comment ouvrir le flanc et refermer la plaie avec une herbe. L'enfant sauvé s'appelle Rostam, et il deviendra le héros central de toute l'épopée iranienne. L'oiseau interviendra encore plus tard, en lui montrant comment vaincre Esfandiar l'invulnérable.

Origines et histoire

La piste la plus solide remonte à l'Avesta, le corpus zoroastrien, où figure l'oiseau Saêna, mərəγô saênô, terme qui évoque un rapace, aigle ou faucon. La tradition le place au sommet de l'arbre de toutes les semences, le Gaokerena : quand il prend son envol, l'arbre est secoué et les graines de toutes les plantes se dispersent sur la terre. Le Simorgh n'est donc pas seulement vieux, il est à l'origine de ce qui pousse.

L'étymologie du nom reste débattue. On la rattache le plus souvent au moyen-perse sēn murw, l'oiseau Saêna, mais d'autres pistes ont été proposées, y compris une racine akkadienne. Une étymologie populaire, plus tardive, y lit si morgh, « trente oiseaux », et cette lecture fausse a produit l'un des plus beaux textes de la littérature persane.

Il s'agit du Mantiq al-tayr, la Conférence des oiseaux, écrit par le poète soufi Farîd al-Dîn 'Attâr à la fin du XIIe siècle. Les oiseaux du monde partent en quête du Simorgh, leur roi. Le voyage est terrible, ils traversent sept vallées, la plupart renoncent ou périssent. Trente arrivent au bout. Et devant le trône, ils comprennent : sî morgh, trente oiseaux, ils sont eux-mêmes ce qu'ils cherchaient. Le calembour porte toute la doctrine mystique.

L'iconographie a suivi cette double vie. À l'époque sassanide, le motif de l'oiseau composite, mêlant traits de paon, d'aigle, de chien et de lion, orne coupes, plats et étoffes royales. Après le XIIIe siècle, il se rapproche du phénix chinois dans les miniatures persanes. Un même nom, deux visages, mille ans d'écart.

Variantes et cousins

Dans Mille et Une Nuits, le Simorgh voisine avec les péris, êtres ailés du folklore persan, et avec le div blanc, démon du Mazandéran que Rostam affronte dans le Shâhnâmeh : la même épopée fournit au set son bestiaire complet, du sauveur au monstre. Le manticore, autre créature d'origine perse passée dans les bestiaires grecs puis médiévaux, en occupe le versant carnassier.

On le compare souvent au phénix, et la comparaison a ses limites. Le phénix meurt et renaît de ses cendres ; le Simorgh, lui, ne meurt pas, il dure. C'est un oiseau de mémoire, pas de résurrection. La parenté est plus juste avec le Garuda indien, monture divine et ennemi des serpents, et avec l'oiseau Roc des Mille et Une Nuits pour la seule question de la taille.

Dans la culture

Le Simorgh est l'un des emblèmes les plus utilisés de la culture iranienne moderne : littérature, cinéma, prix artistiques, logos. La Conférence des oiseaux d'Attâr a été adaptée au théâtre par Peter Brook et Jean-Claude Carrière, et le motif du voyage vers un roi que l'on se découvre être a nourri bien au-delà du monde persan.

La carte du jeu retient son geste le plus caractéristique : à son arrivée, elle renforce tous vos alliés, partout. Ce n'est pas une attaque, c'est une ombre portée. Le Simorgh ne combat presque jamais dans le Shâhnâmeh, il arrive, il enseigne, il soigne, et ceux qu'il a touchés tiennent debout plus longtemps.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Simorgh dans la mythologie persane ?

Un oiseau gigantesque et immémorial, assez vieux pour avoir vu le monde détruit trois fois et donc dépositaire du savoir de tous les âges. Bienveillant, ennemi des serpents, il niche sur les hauteurs de l'Alborz et intervient comme protecteur dans le Shâhnâmeh de Ferdowsî.

Quel est le rôle du Simorgh dans le Shâhnâmeh ?

Il recueille et élève Zâl, enfant albinos abandonné par son père Sâm, puis lui laisse des plumes à brûler en cas de besoin. Il revient sauver la naissance de Rostam en enseignant comment pratiquer l'incision et refermer la plaie, et l'aide plus tard à vaincre Esfandiar.

Pourquoi les trente oiseaux d'Attâr cherchent-ils le Simorgh ?

Dans la Conférence des oiseaux, les oiseaux du monde partent en quête de leur roi, le Simorgh, et traversent sept vallées d'épreuves. Trente parviennent au but et comprennent, par un jeu de mots persan, que sî morgh signifie « trente oiseaux » : ils étaient eux-mêmes ce qu'ils cherchaient.

Le Simorgh est-il le phénix persan ?

On le présente souvent ainsi, mais la comparaison est imparfaite. Le phénix meurt et renaît de ses cendres, alors que le Simorgh ne meurt pas : il traverse les âges sans interruption. Sa parenté est plus nette avec le Garuda indien, autre grand oiseau ennemi des serpents.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia (FR) : Simorgh (mythologie)
  2. Luminessens : Le Sîmorgh, symbolisme (Avesta, Gaokerena, Attâr)
  3. Irantripedia : Simorgh, a mythical bird from the ancient

Simorgh dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Simorgh y coûte 5 chandelles pour 7 de puissance, avec cette capacité : « Détruit : sa plume rejoint votre main, on l'appelle en la brûlant. » La carte traduit la scène la plus célèbre du Shâhnâmeh : le Simorgh ne combat pas, il laisse une plume, et cette plume revient dans votre main au moment même où l'oiseau disparaît. On ne le rappelle pas en montant le chercher dans l'Alborz, on la brûle, et il vient.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 5, puissance 7 : Simorgh frappe plus fort que 78 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Simorgh : Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feuSimorgh