Amaterasu

Au Japon, le soleil s'est éteint une fois. Offensée par les violences de son frère, la déesse Amaterasu s'enferma dans la grotte céleste, et le monde entier tomba dans la nuit. Pour la faire sortir, les huit cents divinités durent inventer la plus belle ruse de la mythologie : une danse, un grand éclat de rire, et un miroir tendu vers la porte. La lumière revint parce qu'elle fut curieuse d'elle-même.
La légende
Amaterasu Ōmikami, « la grande auguste divinité qui illumine le ciel », naît selon le Kojiki de l'œil gauche du dieu Izanagi, lors de la purification qui suit son retour du pays des morts. Souveraine de la Plaine du Haut Ciel, elle est la plus haute figure du panthéon shinto. Son frère Susanoo, dieu des tempêtes, est son exact contraire : là où elle ordonne, il dévaste.
Le drame se noue lors d'une visite de Susanoo au ciel. De provocation en outrage, il ravage les rizières célestes de sa sœur et souille sa demeure, jusqu'à l'irréparable : une des tisserandes de la déesse meurt d'effroi. Amaterasu se retire alors dans la grotte céleste, Ama no Iwato, et scelle la porte de pierre. Le monde entier est plongé dans l'obscurité : les récoltes cessent, les puissances mauvaises rôdent, l'ordre du monde se défait avec la lumière.
Les huit cents divinités se rassemblent devant la grotte et montent leur stratagème. On suspend à un arbre un miroir et des joyaux courbes ; des coqs chantent ; et la déesse Ame no Uzume monte sur une cuve retournée pour une danse débridée qui fait hurler de rire l'assemblée. Intriguée que l'on puisse rire dans un monde sans soleil, Amaterasu entrouvre la porte, aperçoit dans le miroir une divinité éclatante, elle-même, et s'avance. Le dieu fort Ame no Tajikarao ouvre grand la porte, et l'on tend derrière elle une corde de paille : le soleil ne retournera plus se cacher. Le monde rallume ses couleurs.
Origines et histoire
Le mythe est consigné dans les deux plus anciennes chroniques du Japon, le Kojiki (712) et le Nihon shoki (720), compilés à la cour impériale. Il n'y est pas qu'un beau récit : Amaterasu y est l'ancêtre de la lignée impériale, son petit-fils Ninigi descendant sur terre avec les insignes de la souveraineté, dont le miroir de la grotte, Yata no Kagami. Le mythe solaire fonde ainsi la légitimité de la plus ancienne dynastie régnante du monde, et le drapeau japonais porte toujours le disque de la déesse.
Son sanctuaire est l'un des lieux les plus vénérés du Japon : Ise Jingū, dans la préfecture de Mie, où la tradition rapporte que la princesse Yamatohime établit le culte après avoir cherché, à travers le pays, le lieu où la déesse voulait demeurer. Le sanctuaire intérieur, le Naikū, abrite le miroir sacré, invisible à tous ; le site, vieux d'environ deux millénaires selon la tradition, est intégralement reconstruit tous les vingt ans lors du Shikinen Sengū, rituel de renouvellement qui fait de l'architecture elle-même une chose vivante. En 2019, l'empereur Naruhito est venu, selon l'usage, annoncer son intronisation à l'ancêtre solaire.
Quant à la grotte, le Japon lui connaît une adresse : à Takachiho, dans le Kyūshū, deux sanctuaires se font face de part et d'autre d'une gorge, et l'on y vénère la caverne d'Ama no Iwato. Le mythe a un paysage, des rituels et un calendrier : c'est toute la différence entre une légende conservée et une religion vivante, le shinto comptant toujours Amaterasu au centre de ses cultes.
Variantes et cousins
Le soleil qui se cache et qu'il faut faire revenir par le rire et le spectacle est un motif que le Japon partage avec d'autres traditions, mais nulle part il n'est aussi théâtral : la danse d'Uzume passe pour l'origine mythique du kagura, les danses sacrées du shinto. Le miroir tendu, lui, offre l'une des plus belles idées de la mythologie mondiale : on ne force pas la lumière, on la séduit avec son propre reflet.
Dans le set, Amaterasu ferme la marche des souveraines solaires : Sól la conductrice nordique et Päivätär la fileuse finnoise portent la lumière comme un métier, elle la porte comme une couronne. Beaivi, le soleil-mère du peuple sami, partage avec elle le motif du retour vital de la lumière. Côté Japon, elle retrouve dans le bestiaire la kitsune et le tengu, ses compatriotes des forêts et des montagnes.
Dans la culture
Amaterasu est partout dans la culture japonaise, du théâtre nô aux festivals des sanctuaires, et sa grotte est l'une des scènes les plus représentées de l'art shinto. La culture populaire mondiale l'a adoptée : mangas, animes et jeux vidéo la convoquent régulièrement, du loup blanc solaire du jeu Ōkami aux innombrables personnages qui portent son nom. Même l'astronomie s'en est mêlée, un astéroïde et une particule cosmique record ayant reçu son nom.
La carte du jeu rejoue la sortie de la grotte : quand Amaterasu paraît, tout ce qui vit de lumière resplendit d'un coup, et tout ce qui prospérait dans le noir se recroqueville. C'est le grand final du set : la porte de pierre s'ouvre, et il n'y a plus une seule ombre où se cacher.
Questions fréquentes
Qui est Amaterasu ?
La déesse du soleil du shinto et la plus haute divinité du panthéon japonais, née de l'œil gauche du dieu Izanagi selon le Kojiki. Elle est considérée comme l'ancêtre de la lignée impériale japonaise, et son emblème solaire figure sur le drapeau du Japon.
Que raconte le mythe de la grotte céleste ?
Offensée par les ravages de son frère Susanoo, Amaterasu s'enferme dans la grotte Ama no Iwato et le monde sombre dans la nuit. Les divinités la font sortir par la ruse : la danse comique d'Ame no Uzume déclenche un rire général, la déesse curieuse entrouvre la porte, aperçoit son reflet dans le miroir Yata no Kagami et s'avance ; on l'empêche alors de retourner se cacher.
Où Amaterasu est-elle vénérée ?
Principalement à Ise Jingū, dans la préfecture de Mie : le sanctuaire intérieur (Naikū) abrite le miroir sacré et constitue le lieu le plus vénérable du shinto. Le site est reconstruit à l'identique tous les vingt ans lors du Shikinen Sengū. La grotte du mythe est quant à elle vénérée à Takachiho, dans le Kyūshū.
Quel lien entre Amaterasu et les empereurs du Japon ?
Les chroniques fondatrices (Kojiki, Nihon shoki) font de la lignée impériale la descendance directe d'Amaterasu, par son petit-fils Ninigi. Ce lien reste symboliquement vivant : les empereurs viennent traditionnellement annoncer leur intronisation à la déesse à Ise, comme Naruhito en 2019.
Légendes voisines
Sources
Amaterasu dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Amaterasu y coûte 6 chandelles pour 10 de puissance, avec cette capacité : « La nuit : -2 aux créatures NOCTURNES ennemies, où qu'elles soient. » À sa révélation, la nuit, les créatures nocturnes adverses s'étiolent où qu'elles soient : c'est la sortie de la grotte céleste, l'instant où la lumière revient d'un coup sur le monde entier et ne laisse plus une ombre où se cacher.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 6, puissance 10 : Amaterasu frappe plus fort que 94 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.