Le Simiot

Simiot, créature du folklore (Vallespir), illustration

Dans les gorges boisées du Vallespir, on a longtemps redouté une créature à mi-chemin du singe et du démon. Les chroniques la disent chassée de la vallée du Tech vers l'an mil, quand les reliques de deux saints sont arrivées à Arles-sur-Tech. Le plus étonnant vient après : le simiot n'a pas disparu, il a changé de statut. Aujourd'hui encore, au carnaval d'Arles-sur-Tech, l'ours que l'on pourchasse dans les rues s'appelle toujours simiot.

La légende

Le simiot est décrit comme une créature diabolique ressemblant à un singe, ce qui en fait une anomalie dans un folklore pyrénéen surtout peuplé d'ours, de loups et de fées des eaux. On le situe autour d'Arles-sur-Tech, dans le Vallespir, et jusque dans le Haut-Ampurdan de l'autre côté de la frontière.

Sa spécialité est le désordre : il rôde, il effraie, il enlève. Certaines versions en font un dévoreur d'enfants, ce qui le range parmi les croquemitaines dont on menaçait ceux qui traînaient dehors. D'autres récits le montrent capable de déchaîner les éléments, ce qui en fait un danger pour les récoltes autant que pour les personnes.

Face à lui, la défense n'est pas une arme mais une relique. Selon la chronique, ce sont les restes des saints Abdon et Sennen, apportés au monastère d'Arles, qui ont chassé ces créatures de la vallée du Tech. La légende raconte donc un remplacement : une protection ancienne cède la place à une protection chrétienne, et la vallée change de gardien.

Il faut noter la précision de la géographie. Ce n'est pas une créature errante : le simiot appartient à des vallées nommées, à des villages qui savent lequel d'entre eux a été délivré et quand. C'est ce qui a permis à son souvenir de tenir aussi longtemps.

Origines et histoire

La trace écrite la plus souvent citée demande d'être maniée avec précaution. En 1665, le curé barcelonais Francisc Morés relate les miracles liés à Notre-Dame de Núria et décrit un lieu infesté de démons, de satyres et de simiots, en s'appuyant sur un écrit qu'il date de 1338. C'est donc une mention de seconde main : le texte que nous avons est du XVIIe siècle, et rien ne garantit que le mot simiot figurait dans l'écrit d'origine.

La tradition hagiographique rapporte qu'en 1465, à Montbolo, un berger nommé Noguer de Gasnach surprit deux sorcières en train d'invoquer les simiots pour provoquer une tempête. L'affaire a laissé une trace rituelle qui se pratique encore : chaque 30 juillet, les habitants offrent une chandelle de cire de vingt mètres, la rodella. Une légende qui produit une procession annuelle n'est plus tout à fait une légende, c'est un calendrier.

L'iconographie confirme l'ancrage. Une peinture du XVIe siècle, dans l'armoire qui contient les reliques à Arles-sur-Tech, représente un simiot, et des sculptures fantastiques figurent sur les églises d'Arles et de Saint-André. La créature a donc été montrée, pas seulement racontée.

Reste le point le plus curieux, et il faut le formuler avec précision pour ne pas raconter n'importe quoi. Au carnaval d'Arles-sur-Tech, le personnage que l'on pourchasse dans les rues est un ours, et il s'appelle simiot. Or le simiot des chroniques est un singe, comme son nom l'indique puisqu'il vient du latin simia. Ce ne sont donc pas la même créature : d'un côté un démon de textes religieux médiévaux, de l'autre une fête de l'ours, rite d'hiver que l'on retrouve dans tout le massif pyrénéen et qui n'a rien à voir avec lui.

Ce qui est passé d'une tradition à l'autre, c'est le nom, pas la bête. À Arles-sur-Tech, le mot qui désignait le démon chassé par les reliques sert aujourd'hui à désigner l'animal que l'on capture au carnaval. Les sources constatent ce glissement sans l'expliquer, et il faut s'en tenir là : on ne sait pas si le village a donné au personnage de la fête le nom de son ancien fléau, ou si les deux figures, l'une savante et l'autre populaire, se sont rapprochées d'elles-mêmes au fil des siècles. Le résultat, lui, est bien réel : un nom de démon médiéval encore crié dans une rue chaque hiver.

Variantes et cousins

Le simiot cohabite avec tout un peuple catalan : les goges des eaux, les minairons du Pallars, le Dip de Pratdip. Il en est la face la plus brutale, celle qui ne négocie pas et ne rend pas service, à la différence des fées ou des petits êtres travailleurs.

Son parent le plus évident est l'ours, omniprésent dans les Pyrénées, qu'il a fini par recouvrir. Les fêtes de l'ours du haut Vallespir se célèbrent différemment à Arles-sur-Tech, Prats-de-Mollo-la-Preste et Saint-Laurent-de-Cerdans, chaque village ayant sa manière propre de mettre en scène la capture de la bête.

Hors de Catalogne, on lui trouvera des cousins dans toutes les créatures velues qui enlèvent les imprudents, du croquemitaine des campagnes françaises aux hommes sauvages des Alpes. Le trait commun est qu'ils gardent les lisières : le simiot occupe précisément l'espace entre le village et la forêt.

Dans la culture

Les fêtes de l'ours du Vallespir constituent aujourd'hui le patrimoine vivant le plus visible de ce folklore. Elles se tiennent chaque hiver et attirent bien au-delà de la vallée, avec leur mise en scène de chasse, de capture et de rasage de l'animal.

La figure du simiot est régulièrement mobilisée dans les publications de patrimoine catalan et dans les circuits de découverte du Canigó, où elle sert de porte d'entrée à un ensemble de légendes locales : la Sainte Tombe d'Arles-sur-Tech, les sorcières de Villefranche-de-Conflent, le dragon du Canigó.

Pour le folkloriste, l'intérêt du simiot tient à cette double vie. Rares sont les créatures que l'on peut suivre depuis les chroniques religieuses jusqu'à un carnaval contemporain, en passant par une peinture du XVIe siècle et une procession de cire encore célébrée.

Le Simiot existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Créature de chronique et de tradition orale, citée dans un texte de 1665 qui renvoie à un écrit de 1338, et représentée dès le XVIe siècle. Le nom survit aujourd'hui dans le carnaval, ce qui est un fait ethnographique observable.

  • Le récit de l'expulsion par les reliques des saints Abdon et Sennen met en scène un remplacement de protection : la vallée passe d'un gardien ancien à un gardien chrétien.
  • La fusion avec l'ours de carnaval montre comment une figure démoniaque médiévale peut survivre en changeant de fonction : le monstre est devenu le personnage que l'on poursuit pour de rire.

Sur les traces de Simiot

  • Fête vivanteCarnaval et fête de l'ours, Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales)L'ours pourchassé dans les rues y porte toujours le nom de simiot. Les fêtes de l'ours se célèbrent aussi à Prats-de-Mollo-la-Preste et Saint-Laurent-de-Cerdans, chaque village à sa manière.
  • Fête vivanteProcession de la rodella, Montbolo (Pyrénées-Orientales)Chaque 30 juillet, offrande d'une chandelle de cire de vingt mètres, en mémoire de l'épisode que la tradition situe en 1465, où un berger surprit deux sorcières invoquant les simiots.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un simiot ?

Une créature diabolique d'apparence simiesque de la mythologie pyrénéenne et catalane, associée surtout à Arles-sur-Tech, dans le Vallespir, et au Haut-Ampurdan. Certaines versions en font un dévoreur d'enfants, d'autres un provocateur de tempêtes.

Comment les simiots ont-ils été chassés d'Arles-sur-Tech ?

Selon la chronique, par l'arrivée des reliques des saints Abdon et Sennen au monastère d'Arles, vers l'an mil. La légende raconte un remplacement de protection : une menace ancienne cède devant une relique chrétienne.

Le simiot est-il un singe ou un ours ?

Un singe : le mot vient du latin simia, et les chroniques décrivent un démon simiesque. Mais au carnaval d'Arles-sur-Tech, l'animal que l'on pourchasse est un ours, et il porte ce nom. Ce sont deux traditions distinctes que le nom a rapprochées, pas une créature qui aurait changé d'espèce : la fête de l'ours est un rite d'hiver commun à tout le massif pyrénéen.

Quelles sont les traces anciennes du simiot ?

En 1665, le curé Francisc Morés décrit Núria comme un lieu infesté de démons, de satyres et de simiots, d'après un écrit qu'il date de 1338 : la mention nous parvient donc de seconde main. La tradition rapporte qu'en 1465, à Montbolo, un berger surprit deux sorcières les invoquant pour déclencher une tempête, épisode commémoré chaque 30 juillet par l'offrande d'une chandelle de vingt mètres. Une peinture du XVIe siècle le représente à Arles-sur-Tech.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Simiot
  2. Visit Canigó : mythes et légendes du Canigó
  3. Marmotton 66 : les fêtes de l'ours en Vallespir

Simiot dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Simiot y coûte 3 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Il rôde la nuit et il enlève : à chaque fin de tour, une carte ennemie d'ici est emportée ailleurs. » Chaque nuit qui passe, le Simiot emporte une carte ennemie de son lieu vers un autre endroit : ce n'est pas un tueur, c'est un ravisseur, et il continue de rôder tant qu'on ne l'a pas chassé de la vallée, comme les chroniques du Vallespir le racontent.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 5 : Simiot frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Simiot : Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, GaracheSimiot