Le Dip

Il y a en Catalogne un village dont le nom signifie littéralement « le pré des Dips ». À Pratdip, dans la Serra de Llaberia, on raconte depuis des siècles l'histoire de chiens noirs et diaboliques qui sortaient la nuit, les yeux luisants, pour vider le bétail de son sang. La légende n'est pas une invention de conteur récent : ces chiens figurent déjà sur un retable de 1602, et ils ont fini par entrer dans les armoiries de la commune.
La légende
Le dip est décrit comme un chien-loup noir, velu et endiablé, émissaire du diable. Un détail revient constamment et le rend reconnaissable entre tous : il est boiteux d'une patte. Cette infirmité est la marque des créatures démoniaques dans une bonne part du folklore européen, où le diable lui-même est souvent bancal.
Il ne sort que la nuit. On voit d'abord sa silhouette sombre et ses yeux brillants avant de comprendre ce qui approche, et c'est le bétail qui en fait les frais : les bêtes sont retrouvées exsangues au matin. Le dip vit de sang, celui des troupeaux comme celui des hommes selon les versions.
Ses victimes humaines sont désignées avec une précision qui en dit long : ce sont les ivrognes qui rentrent tard des tavernes du village. La légende avait donc une cible et une fonction. Il est probable qu'elle ait d'abord servi à effrayer les buveurs et à les dissuader de traîner dehors la nuit, un usage tout à fait comparable à celui d'El Silbón dans les plaines du Venezuela.
Elle rendait aussi un autre service, plus discret : expliquer les pertes de bétail. Une bête retrouvée morte sans blessure apparente devient compréhensible dès lors qu'un dip est passé, et le berger n'est plus tenu pour responsable.
Origines et histoire
La légende est indissociable du village de Pratdip, dans le Baix Camp, dont le nom porte la créature depuis sa naissance. Le territoire concerné est celui de la Serra de Llaberia, qui court de Pratdip vers Reus : un pays de reliefs secs et de vignes où les troupeaux passaient la nuit dehors.
L'ancienneté du récit est établie par l'iconographie, ce qui est rare pour une créature de tradition orale. Les dips apparaissent sur le retable de Sainte-Marine de Pratdip daté de 1602. On les retrouve sur un autre retable de 1730, où leur représentation est plus féroce encore, sculptée sur fond d'or. Ils figurent enfin dans les armoiries municipales : le village a fait de son monstre son emblème.
Cette ancienneté a nourri une formule séduisante, celle du plus ancien vampire d'Europe. Prudence toutefois : elle mélange deux choses. Les créatures suceuses de sang sont attestées dans de nombreux folklores européens bien avant 1602, et ce que Pratdip possède n'est pas l'antériorité du motif mais une trace matérielle datée, ce qui est déjà remarquable.
La créature s'inscrit surtout dans la grande famille des chiens noirs démoniaques du folklore européen, dont le Black Shuck anglais est le représentant le plus connu. La singularité catalane, c'est le sang.
Variantes et cousins
Dans le Pays Catalan, le dip est la face nocturne et sans contrepartie du folklore local. Là où la Goja donne la fortune et où les Minairons donnent le travail, lui ne donne rien : il prend. Avec le Simiot, il forme le versant purement menaçant de ce petit monde.
Il croise aussi la route du Comte Arnau, dont la chevauchée est escortée de chiens démoniaques. Le motif de la meute infernale traverse toute la Catalogne, comme il traverse l'Europe : les chiens y sont presque toujours les auxiliaires du damné ou du diable, jamais des créatures autonomes. Le dip fait exception, puisqu'il agit pour son compte.
Hors de Catalogne, ses cousins sont les chiens noirs britanniques qui hantent les chemins et les cimetières, et plus largement toutes les bêtes fantômes des lisières. La comparaison avec les vampires d'Europe centrale est plus lâche : le dip est un animal, pas un mort qui revient.
Dans la culture
Pratdip a fait de sa légende une identité. Le village entretient son récit, le décline en parcours de visite et en manifestations locales, et l'inscrit dans son patrimoine bâti puisque les retables anciens sont toujours là pour le prouver.
La créature doit beaucoup à la littérature. L'écrivain Joan Perucho s'en est inspiré dans « Les històries naturals » (1960), où il met en scène Onofre de Dip, un vampire capable de se transformer en de nombreux animaux, présenté comme un ambassadeur du roi Jacques le Conquérant envoyé aux Carpates sept siècles plus tôt. C'est à ce personnage de roman, bien plus qu'aux chiens du folklore, que renvoie la formule de « premier vampire européen » que l'on croise parfois.
Le dip illustre bien ce que devient une légende quand un lieu s'y attache. Il ne survit pas parce qu'il fait peur, mais parce qu'un village porte son nom, l'a sculpté sur ses retables et l'a mis dans son blason. Il est devenu une adresse.
Le Dip existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Créature de tradition orale dont l'ancienneté est attestée par des représentations datées (retables de 1602 et 1730) et par le nom même du village. La créature relève de la croyance, ses traces matérielles sont bien réelles.
- La légende désigne explicitement les ivrognes rentrant de nuit comme victimes : elle a vraisemblablement servi à dissuader de traîner dehors après boire, comme El Silbón dans les Llanos.
- Elle fournit aussi une explication aux pertes de bétail inexpliquées, ce qui dégage la responsabilité du berger et rend l'inexplicable acceptable.
Sur les traces de Dip
- LieuRetables de Sainte-Marine, Pratdip (Baix Camp, Catalogne)Les dips y sont représentés dès 1602, puis sur un second retable de 1730 sculpté sur fond d'or. La créature figure aussi dans les armoiries municipales.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un dip ?
Un chien-loup noir et diabolique du folklore catalan, émissaire du diable, boiteux d'une patte, qui sort la nuit pour vider le bétail de son sang. Il est associé au village de Pratdip et à la Serra de Llaberia, dans le Baix Camp.
Pourquoi le village s'appelle-t-il Pratdip ?
Le nom signifie littéralement le pré des Dips. La créature accompagne le nom du village depuis sa naissance, et elle figure aujourd'hui dans les armoiries municipales.
Quelle est l'ancienneté de la légende du dip ?
Elle est attestée par l'image dès 1602, date du retable de Sainte-Marine de Pratdip où les chiens vampires apparaissent. On les retrouve sur un autre retable de 1730, dans une représentation plus féroce, sculptée sur fond d'or.
Le dip est-il vraiment le premier vampire d'Europe ?
La formule circule, mais elle demande de la prudence, et elle vise souvent le personnage de roman d'Onofre de Dip plutôt que les chiens du folklore. Des créatures suceuses de sang sont attestées dans de nombreux folklores européens bien avant 1602. Ce que Pratdip possède, c'est une trace matérielle datée, ce qui est déjà remarquable, pas nécessairement l'antériorité du motif.
Légendes voisines
Sources
Dip dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Dip y coûte 4 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « Vole 1 à la carte ennemie la plus forte d'ici. » Dans « Crie au loup », le Dip (coût 4, puissance 4) vole 1 de puissance à la carte ennemie la plus forte du lieu, à la fin du tour. Il ne détruit pas : il prend un peu, toutes les nuits, comme un chien qui saigne le troupeau sans jamais le décimer.
La carte parmi les 252
Coût 4, puissance 4 : Dip frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.