Le Ningyo

Ningyo, créature du folklore (Japon), illustration

La sirène japonaise ne ressemble en rien à celle des lagons d'Occident. Le ningyo est un poisson au petit visage humain, triste et silencieux, que les filets remontent parfois des mers du Japon. Sa capture porte malheur, son échouage annonce des catastrophes, et sa chair, dit-on, donne une vie presque éternelle : la légende la plus célèbre du Japon maritime en a fait une nonne de huit cents ans.

La légende

Le ningyo, littéralement « poisson-humain », est plus poisson qu'humain : un corps entier d'écailles, parfois doré, et un visage d'homme ou de femme, souvent décrit comme laid, déformé, ou simplement d'une tristesse insoutenable. Certains récits lui prêtent une voix douce comme une flûte, ou des larmes qui deviennent des perles. Rien à voir avec la séductrice occidentale : le ningyo ne chante pas pour les marins, il subit d'être vu.

Deux croyances contradictoires s'attachent à lui. La première en fait un mets prodigieux : quiconque goûte sa chair reçoit une jeunesse et une longévité hors du commun. La seconde en fait un être qu'il ne faut surtout pas toucher : capturer ou blesser un ningyo attire tempêtes et malheurs, et son échouage sur une plage passait pour l'annonce d'une guerre ou d'une calamité. Le pêcheur qui en trouvait un dans son filet avait donc toutes les raisons de le rejeter à la mer avec des excuses.

La légende la plus fameuse combine les deux faces. Un pêcheur du pays de Wakasa sert un jour à ses invités une chair étrange ; une jeune fille en mange par mégarde. C'est Yao Bikuni, « la nonne aux huit cents ans » : la voilà qui cesse de vieillir, enterre maris et enfants, et finit par prendre l'habit, errant de province en province pendant huit siècles avant de se laisser mourir dans une grotte. L'immortalité du ningyo est un cadeau, mais un cadeau terrible.

Origines et histoire

La créature est ancienne dans les textes japonais : le « Nihon shoki », chronique du VIIIe siècle, rapporte déjà pour l'année 619 la capture d'un être étrange, mi-homme mi-poisson, dans une rivière de la province d'Ōmi. La figure s'est ensuite nourrie des bestiaires chinois, notamment des poissons à face humaine du « Classique des monts et des mers », avant de prendre sa forme japonaise propre au fil du Moyen Âge, où ses apparitions sont consignées comme des présages.

À l'époque d'Edo, le ningyo change de statut : de présage, il devient attraction. Des artisans fabriquent des « momies de sirènes », torses de singe cousus à des queues de poisson ou assemblages plus subtils, exhibés dans les foires puis vendus, parfois jusqu'en Europe, où la « sirène des Fidji » de Barnum prolongera la mode. Plusieurs temples japonais conservent encore aujourd'hui de telles momies comme trésors, objets de prières pour la santé et la longue vie.

La science s'est récemment penchée sur l'une d'elles : la momie du temple Enjuin, à Asakuchi, réputée pêchée au large de Tosa entre 1736 et 1741 selon la note ancienne conservée dans sa boîte. L'étude menée en 2022-2023 par l'université des sciences et des arts de Kurashiki (radiographies, scanner, datation au carbone 14) a rendu son verdict : tissu, papier, coton, peau de fugu et parties de poisson, le tout assemblé vraisemblablement à la fin du XIXe siècle. Le temple a choisi de continuer à en prendre soin : fabriquée ou non, elle a reçu deux siècles de prières.

Variantes et cousins

Le Japon connaît d'autres habitants prodigieux de ses mers : l'amabié, petit être à bec surgi d'une vague, qui promet de conjurer les épidémies à qui diffuse son image, est devenu mondialement célèbre en 2020. Le ningyo partage avec lui ce statut d'apparition-présage, à mi-chemin entre monstre et messager.

Dans le set des Grandes Marées, le ningyo côtoie ses cousines des autres eaux : la iara brésilienne et la Marie Morgane bretonne, sirènes séductrices qui sont tout ce qu'il n'est pas, et les funayūrei, fantômes des noyés japonais, qui hantent les mêmes mers que lui mais du côté des morts. Le serpent de mer, autre prodige que les équipages juraient avoir vu, complète la famille des créatures que l'on consigne au journal de bord.

La comparaison avec la sirène occidentale reste la plus éclairante : même mot dans les traductions, deux imaginaires opposés. L'une attire les hommes vers l'eau ; l'autre voudrait seulement qu'on ne l'en sorte jamais.

Dans la culture

La légende de Yao Bikuni continue d'inspirer le Japon : on la retrouve au théâtre, dans la littérature et dans nombre de mangas et d'anime, où la chair de sirène et son immortalité amère servent régulièrement de ressort tragique. Le folklore du ningyo irrigue aussi les jeux vidéo, des yōkai de « Nioh » aux bestiaires de « Yo-kai Watch ».

Quant aux momies de sirènes, elles connaissent une seconde vie médiatique : l'analyse de celle d'Enjuin a fait le tour de la presse mondiale en 2023, rare cas où un scanner hospitalier s'est retrouvé au service d'une légende. Le résultat n'a rien enlevé au ningyo : il a simplement confirmé que, depuis Edo, les hommes tenaient assez à cette créature pour la fabriquer de leurs mains.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un ningyo ?

C'est la « sirène » du folklore japonais : un poisson au visage humain, attesté dans les textes depuis le Nihon shoki au VIIIe siècle. Loin de la séductrice occidentale, c'est un être-présage : sa capture porte malheur et son apparition annonçait guerres ou calamités.

Que se passe-t-il si on mange de la chair de ningyo ?

La tradition promet une longévité extraordinaire. La légende de Yao Bikuni raconte qu'une jeune fille en mangea par accident et vécut huit cents ans sans vieillir, survivant à tous les siens, avant de finir nonne errante. L'immortalité du ningyo est toujours présentée comme une malédiction autant qu'un don.

Les momies de sirènes japonaises sont-elles réelles ?

Ce sont des fabrications d'époque Edo, assemblées pour les foires puis conservées comme objets de dévotion. L'analyse scientifique de la momie du temple Enjuin, menée en 2022-2023 par l'université de Kurashiki, a révélé du tissu, du papier, du coton, de la peau de fugu et des parties de poisson, assemblés à la fin du XIXe siècle.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Ningyo
  2. Yokai.com : Ningyo
  3. SoraNews24 : Mermaid mummy stored at Japanese temple has true identity revealed (2023)

Ningyo dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Ningyo y coûte 2 chandelles pour 1 de puissance, avec cette capacité : « Détruit : la tempête se lève et les cartes ennemies d'ici sont dispersées vers d'autres lieux. » Sa capacité au moment de disparaître, qui envoie les cartes ennemies du lieu se perdre ailleurs, rejoue la croyance des côtes japonaises : un ningyo pris dans les filets ou échoué sur la grève n'annonce jamais rien de bon, et ce qui suit sa mort, c'est la tempête.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 1 : Ningyo frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Ningyo : Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieuesNingyo