Le Minotaure

Au cœur du palais de Cnossos, en Crète, les Grecs ont imaginé une prison sans porte verrouillée : le labyrinthe, d'où l'on ne sort pas parce qu'on ne retrouve jamais l'entrée. Et au centre, un prisonnier qui est aussi le châtiment : le Minotaure, corps d'homme et tête de taureau, nourri tous les neuf ans de quatorze jeunes gens livrés par Athènes. Il fallut un héros, une amoureuse et une pelote de fil pour en finir.
La légende
Tout commence par un sacrilège. Minos, pour asseoir sa royauté sur la Crète, demande à Poséidon un signe : le dieu fait surgir de la mer un taureau magnifique, à charge pour le roi de le lui sacrifier. Mais la bête est si belle que Minos triche et en sacrifie une autre. La vengeance du dieu passe par la reine : Pasiphaé est frappée d'un désir insensé pour le taureau. Elle obtient de l'ingénieur Dédale une vache de bois recouverte d'une peau fraîche, s'y glisse, et de cette union naît Astérios, que l'histoire retiendra sous son autre nom : le Minotaure, le « taureau de Minos ».
L'enfant grandit en monstre, et Minos commande à Dédale une seconde machine : le labyrinthe, enchevêtrement de couloirs conçu pour qu'on ne retrouve jamais son chemin. On y enferme la honte de la famille, et on la nourrit : Athènes, vaincue et tenue pour responsable de la mort d'un fils de Minos, doit livrer périodiquement sept jeunes hommes et sept jeunes filles, jetés vivants dans les couloirs.
Thésée, fils du roi d'Athènes, s'embarque volontairement avec le tribut. À Cnossos, la fille de Minos, Ariane, s'éprend de lui et lui remet le secret de Dédale : une pelote de fil à dérouler depuis l'entrée. Thésée s'enfonce, trouve le monstre, le tue de ses poings ou de l'épée selon les versions, et ressort en rembobinant. La suite est moins glorieuse : Ariane abandonnée sur une île, la voile noire oubliée, le vieux roi Égée qui se jette dans la mer qui portera son nom. Chez les Grecs, même les victoires coûtent.
Origines et histoire
Le mythe a un sous-sol archéologique fascinant. Quand Arthur Evans dégagea le palais de Cnossos à partir de 1900, il découvrit un édifice aux centaines de pièces enchevêtrées, orné de fresques de taureaux et de scènes de saut par-dessus les cornes : la tauromachie acrobatique des Minoens. Un palais-dédale, un culte du taureau, la double hache « labrys » omniprésente dont certains rapprochent le mot labyrinthe : la Crète réelle offrait tous les matériaux du mythe. Les historiens y lisent volontiers le souvenir déformé de la domination crétoise sur l'Égée, et le tribut athénien celui d'une vassalité bien réelle.
Le récit canonique s'est fixé chez les mythographes : Apollodore détaille la ruse de Pasiphaé et la construction du labyrinthe ; Plutarque, dans sa Vie de Thésée, compile les versions et rapporte déjà les lectures rationalistes, comme celle qui faisait du Minotaure un général crétois nommé Taurus, battu par Thésée dans des jeux. Dès l'Antiquité, on cherchait l'homme derrière le monstre.
L'image, elle, n'a jamais varié : les vases grecs montrent inlassablement Thésée empoignant par une corne un homme à tête de taureau qui plie. Contrairement à tant de monstres grecs, le Minotaure n'a ni ailes, ni feu, ni regard magique : c'est une force brute dans un piège de pierre, le monstre le plus nu de la mythologie.
Variantes et cousins
Le taureau hante toute la Méditerranée ancienne : Zeus enlève Europe sous forme de taureau, le taureau ailé à tête d'homme veille sur les portes assyriennes, et ce lamassu du même set est l'exact négatif du Minotaure, tête d'homme sur corps de taureau contre tête de taureau sur corps d'homme, le sage gardien contre le prisonnier furieux. Le centaure, autre voisin de set, propose le même montage avec un cheval, et le sphinx complète la série des hybrides à qui l'on confie les passages.
Le vrai jumeau du Minotaure, pourtant, n'est pas un animal mais un lieu : le labyrinthe. Le monstre et sa prison sont indissociables, au point que les cartes et les jeux les confondent souvent en une seule menace. Chez les cartes déjà en jeu, le golem de Prague partage avec lui ce destin de créature fabriquée par l'orgueil et devenue ingérable, et l'ogre des contes le même appétit pour la jeunesse qu'on lui livre. Partout, la même morale : ce qu'on enferme et qu'on nourrit en secret finit toujours par exiger davantage.
Dans la culture
Le Minotaure a offert à l'art moderne l'un de ses plus grands miroirs : Picasso en a fait un double obsédant, gravure après gravure, minotaure violent, aveugle, mourant dans l'arène, jusqu'à la revue Minotaure des surréalistes. Borges, dans La demeure d'Astérion, donne la parole au monstre lui-même, enfant solitaire qui attend son « rédempteur » : depuis, on ne peut plus entrer dans le labyrinthe sans se demander qui est vraiment la victime.
Le labyrinthe, lui, est devenu un mot de la langue et une industrie du jeu : des dédales de haies des jardins classiques aux niveaux de jeux vidéo, toute construction qui égare est son héritière, et le « fil d'Ariane » désigne aujourd'hui aussi bien une méthode qu'un élément d'interface web. Quant au monstre, il charge toujours : Donjons et Dragons et la fantasy en ont fait un peuple entier de guerriers-taureaux, et chaque génération renvoie ses héros affronter, quelque part au centre d'un dédale, la vieille terreur cornue de Cnossos.
Questions fréquentes
Comment est né le Minotaure ?
De la vengeance de Poséidon : Minos ayant refusé de sacrifier le taureau surgi de la mer, le dieu frappa la reine Pasiphaé d'une passion pour l'animal. Grâce à la vache de bois construite par Dédale, elle s'unit au taureau et donna naissance à Astérios, le Minotaure, mi-homme mi-taureau.
Pourquoi Athènes livrait-elle des jeunes gens au Minotaure ?
En tribut de guerre : tenue pour responsable de la mort d'Androgée, fils de Minos, Athènes vaincue devait livrer périodiquement (tous les neuf ans selon la version la plus courante) sept jeunes hommes et sept jeunes filles, abandonnés dans le labyrinthe.
Comment Thésée a-t-il vaincu le Minotaure ?
Grâce à Ariane, fille de Minos, qui lui remit une pelote de fil sur le conseil de Dédale : déroulé depuis l'entrée, le fil lui permit de retrouver la sortie après avoir tué le monstre au fond du labyrinthe.
Le labyrinthe du Minotaure a-t-il existé ?
Aucun labyrinthe littéral n'a été retrouvé, mais le palais de Cnossos, dégagé par Arthur Evans à partir de 1900, est un dédale de centaines de pièces orné de fresques de taureaux. Beaucoup d'historiens voient dans ce palais et dans le culte minoen du taureau la matière première du mythe.
Légendes voisines
Sources
Minotaure dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Minotaure y coûte 4 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Gagne +1 par carte présente sur ce lieu, les deux camps comptés (le labyrinthe se remplit). » Le Minotaure grandit avec chaque carte posée sur son lieu, quel que soit le camp : c'est le labyrinthe qui se remplit. On lui livrait des jeunes gens par fournées, et plus il y avait de monde à tourner là-dedans, plus le monstre du centre pesait lourd.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 4, puissance 5 : Minotaure frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.