Jean Chastel

Jean Chastel, créature du folklore (Gévaudan), illustration

Le 19 juin 1767, sur les pentes du mont Mouchet, en Margeride, un cultivateur de La Besseyre-Saint-Mary épaule et tire. L'animal tombe, et trois ans de tueries s'arrêtent là. Le royaume avait pourtant envoyé en Gévaudan un capitaine de dragons, le plus fameux louvetier de France et le porte-arquebuse du roi en personne. Celui qui règle l'affaire s'appelle Jean Chastel, et c'est à peu près la seule certitude que l'on ait sur lui.

Le coup de fusil du 19 juin 1767

La chasse de ce jour-là ne doit rien à Versailles. Elle est montée par le marquis d'Apcher, un jeune noble du pays, dans le bois de la Ténazeyre, sur le mont Mouchet, avec une poignée d'hommes des environs. Rien d'une opération d'État : une battue de voisins, comme il s'en tient des dizaines depuis trois ans.

Chastel est posté à la sogne d'Auvers, une de ces combes tourbeuses de la Margeride (une sagne, en occitan local, c'est un terrain gorgé d'eau). Son fusil est chargé d'une balle et de cinq chevrotines. L'animal paraît, il tire, la bête est touchée à l'épaule ; les chiens du marquis achèvent le travail.

Ce qui suit est le fait le plus solide de toute l'affaire, et il tient en une ligne : après le 19 juin 1767, les attaques cessent. Quel qu'ait été cet animal, celui-là était le bon. Les commissaires du diocèse versent au tireur 72 livres. La grande prime royale, elle, n'avait plus cours depuis que la cour tenait l'affaire pour close.

L'homme que personne n'attendait

Jean Chastel naît le 31 mars 1708 au hameau de Darnes, sur la commune de La Besseyre-Saint-Mary, en Haute-Loire actuelle. Les actes le disent tour à tour cultivateur, brassier (le journalier qui n'a que ses bras) et cabaretier. Il épouse Anne Charbonnier le 22 février 1735 et le couple aura neuf enfants, dont Pierre en 1739 et Jean-Antoine en 1745.

Il a cinquante-neuf ans en 1767, une réputation de bon fusil et, dit-on, de braconnier à l'occasion. C'est probablement là que se joue la différence avec ceux qui l'ont précédé : Duhamel venait d'Amiens, les d'Enneval de Normandie, François Antoine de la cour. Tous battaient un pays qu'ils découvraient, quand Chastel connaissait chaque combe de la Margeride depuis l'enfance.

Rien dans cette vie ne le préparait à entrer dans les livres. Il meurt le 6 mars 1789, à presque quatre-vingt-un ans, quelques mois avant que la France ne bascule dans une tout autre histoire.

La dépouille qui s'est évaporée

C'est le point aveugle de l'affaire, et il explique deux siècles et demi de débats. Le corps est chargé sur un cheval et porté au château de Besque, à Charraix. On le montre dans la région, on le fait voir aux paroisses qui ont enterré leurs morts, puis on l'expédie vers la cour. Les récits divergent ensuite : les uns le font aboutir à Versailles, d'autres à Paris, examiné par l'entourage du naturaliste Buffon, avant d'être enfoui, vraisemblablement sous l'ancien hôtel de La Rochefoucauld, rue de Seine.

Toutes les versions s'accordent sur un point : en plein été, après des jours de route, la dépouille était dans un état de décomposition avancée. Personne, à l'arrivée, n'était plus en mesure de dire ce qu'on avait tué.

Le contraste avec 1765 est cruel. Le loup des Chazes, abattu le 20 septembre par François Antoine, avait été autopsié sur place par le chirurgien Boulanger, de Saugues, puis empaillé et présenté à la cour dans les règles. On avait donc conservé la pièce à conviction du mauvais animal, et perdu celle du bon. Tout ce qui s'est écrit depuis sur la nature de la Bête part de ce vide.

La fabrique d'un héros

L'image la plus célèbre attachée à Chastel est aussi la plus fausse : les balles coulées dans des médailles de la Vierge, bénies au préalable, et la prière lue à l'orée du bois pendant que la Bête approche. Le procès-verbal, lui, mentionne une balle et cinq chevrotines. Rien de plus. Les historiens qui ont dépouillé le dossier, notamment Félix Buffière, Guy Crouzet et Bernard Soulier, situent l'apparition de ce récit dans une tradition orale tardive, transmise au XIXe siècle par une religieuse à un abbé, plus de cent ans après les faits. Aucune archive du XVIIIe siècle n'en souffle mot.

C'est un cas d'école de fabrication légendaire. L'événement réel, un paysan qui réussit là où l'armée du roi a échoué, appelait une explication à sa mesure. Le surnaturel est arrivé après coup, pour combler l'écart entre la modestie de l'homme et l'énormité de ce qu'il avait fait. La rumeur a d'ailleurs travaillé dans les deux sens : on a longtemps soupçonné la famille Chastel d'en savoir plus qu'elle ne disait, sans qu'aucune pièce d'archive ne l'ait jamais établi.

Le pays vit aujourd'hui de cette histoire. Le musée fantastique de Saugues, à quelques kilomètres de la Besseyre, en retrace les trois années en une vingtaine de scènes, et les sentiers de la Margeride passent par le mont Mouchet. Le cinéma s'en est emparé, du Pacte des loups aux documentaires. Chastel, lui, n'a laissé qu'un acte de baptême, un acte de décès et un reçu de 72 livres.

Questions fréquentes

Qui a tué la Bête du Gévaudan ?

Jean Chastel, cultivateur et cabaretier de La Besseyre-Saint-Mary, le 19 juin 1767, lors d'une battue organisée par le marquis d'Apcher sur le mont Mouchet. Les attaques ont cessé après ce tir. En 1765, le porte-arquebuse du roi François Antoine avait déjà abattu un grand loup, dit loup des Chazes, mais les meurtres avaient repris.

Où Jean Chastel a-t-il tué la Bête du Gévaudan ?

À la sogne d'Auvers, une combe humide des pentes du mont Mouchet, dans la paroisse d'Auvers, en Haute-Loire actuelle, au cours d'une battue menée dans le bois de la Ténazeyre.

Qu'est devenue la dépouille de la Bête ?

Elle a été portée au château de Besque, à Charraix, montrée dans la région, puis expédiée vers la cour. Les récits divergent sur son sort final, entre Versailles et un examen parisien suivi d'un enfouissement rue de Seine. Tous s'accordent sur son état de décomposition avancée : l'animal n'a jamais pu être identifié.

Jean Chastel a-t-il tiré avec une balle bénite ?

Rien ne le prouve. Le procès-verbal parle d'une balle et de cinq chevrotines. Le récit des médailles de la Vierge fondues et bénites n'apparaît que dans une tradition orale du XIXe siècle ; les historiens du dossier le tiennent pour une légende tardive.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Jean Chastel
  2. Département de la Lozère : La Bête du Gévaudan
  3. La Revue d'histoire militaire : la Bête du Gévaudan, un bref essai d'histoire militaire
  4. Réussir / Agriculture Massif central : l'historien Jean-Marc Moriceau plonge dans le mythe de la Bête du Gévaudan
  5. Musée fantastique de la Bête du Gévaudan, Saugues

Jean Chastel dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Jean Chastel y coûte 5 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Abat une bête ennemie de 8 ou moins ici. La nuit, il ne voit rien. » Dans « Crie au loup », Jean Chastel (coût 5, puissance 5) abat une bête ennemie de 8 ou moins dans son lieu, mais seulement de jour : la nuit, il ne voit rien. C'est le tireur qui règle l'affaire d'un coup, à condition d'y voir clair, comme au matin du 19 juin 1767.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 5, puissance 5 : Jean Chastel frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Jean Chastel