La Battue

La Battue, créature du folklore (Gévaudan), illustration

Dans le Gévaudan de 1765, le mot chasse ne désigne pas un fusil dans un fourré. Il désigne une paroisse entière alignée à flanc de montagne, des enfants aux vieillards, avançant en criant et en frappant les buissons pour rabattre une bête que personne n'a jamais bien vue. Trois ans durant, ce pays de landes hautes de l'actuelle Lozère et de la Haute-Loire a vécu au rythme de ces battues, convoquées par ordonnance, le dimanche de préférence.

Ce qu'on appelait une battue

Le principe est simple et très ancien : on ne cherche pas l'animal, on lui retire l'espace. Une longue ligne de rabatteurs remonte un versant en faisant le plus de bruit possible, pendant que les tireurs, en petit nombre, tiennent les cols et les passages obligés. Tout repose sur la discipline de la ligne : un trou dans le rideau d'hommes, et la bête passe.

La monarchie n'avait pas attendu la Bête pour organiser la destruction des loups : la louveterie royale, les primes versées par tête et les convocations de paroisses faisaient partie de l'ordinaire des campagnes. Ce qui change en Gévaudan, c'est l'échelle et l'obstination.

Dans le détail, une battue coûte cher aux paroisses. Elle mobilise les bras un jour entier, d'où le choix des dimanches et des jours de fête, elle expose les hommes au mauvais temps sur des plateaux à mille mètres, et elle exige un armement que le pays n'a pas. Le capitaine Duhamel fera équiper les traqueurs de lances de fortune, une lame fixée au bout d'un manche d'un mètre, faute de fusils en nombre.

Le Gévaudan mis en ligne

La machine se met en route dès l'automne 1764. Une ordonnance du 14 octobre enjoint aux autorités locales d'assister le détachement de Duhamel ; le 15 décembre, les États de Languedoc promettent une prime de deux mille livres à qui tuera la Bête, ce qui ajoute à la traque un moteur puissant et une source de rivalités.

Le 7 février 1765 a lieu la grande chasse générale, coordonnée avec l'intendant Ballainvilliers. Les chiffres divergent selon les sources, ce qui est en soi le signe du désordre : la Revue d'histoire militaire retient quarante-six paroisses, environ cent cinquante tireurs et quatre mille cinq cents traqueurs sur une centaine de kilomètres carrés, quand d'autres relevés parlent de soixante-douze paroisses du Gévaudan renforcées d'hommes venus d'Auvergne et du Rouergue. Dans tous les cas, on compte les rabatteurs par milliers.

Les campagnes se succèdent ensuite au rythme des chasseurs envoyés par le roi. Le louvetier d'Enneval lance sa première grande chasse vers Prunières le 21 avril 1765. François Antoine, porte-arquebuse de Louis XV, organise une grande battue le 11 août, puis celle du 20 septembre au bois de Pommier, avec une quarantaine de tireurs et de gardes-chasses, au terme de laquelle il abat le loup des Chazes. En mars 1766, les États particuliers du Gévaudan réunis à Marvejols en sont à envisager l'empoisonnement systématique.

Pourquoi ça ne marchait pas

L'effet le plus documenté des battues est paradoxal : elles déplaçaient la Bête au lieu de l'éliminer. Rabattu d'un canton, l'animal frappait le suivant, souvent le jour même. Les attaques suivent d'ailleurs la carte des chasses comme une ombre.

S'y ajoutent des causes très concrètes, énumérées par les historiens qui ont repris le dossier militaire : l'indiscipline inévitable de milliers d'hommes non entraînés, la poudre mouillée par la pluie et la neige, l'imprécision des armes de paysans, un relief de combes et de bois qui multiplie les échappatoires, et les rivalités que la prime attisait entre paroisses et entre chasseurs.

La cause la plus profonde est peut-être ailleurs : on ne savait pas ce que l'on chassait. Une battue est faite pour cerner un animal identifié dans un territoire connu. Ici, ni l'un ni l'autre. Beaucoup d'historiens penchent aujourd'hui pour plusieurs animaux successifs, ce qui rendait l'exercice structurellement vain.

Ce que la battue a laissé

Il y a pourtant une battue qui a réussi, et c'est la plus modeste. Le 19 juin 1767, le jeune marquis d'Apcher réunit quelques hommes du pays dans le bois de la Ténazeyre, sur le mont Mouchet. Pas de dragons, pas d'intendant, pas de prime royale : des voisins. C'est là que Jean Chastel abat l'animal, et que les attaques cessent.

La leçon a nourri toute la mémoire locale : le pays a fini par se sauver lui-même, après que le royaume eut échoué avec des moyens sans commune mesure. C'est ce contraste, autant que le mystère de la Bête, qui fait tenir l'affaire depuis deux siècles et demi.

Le mot est resté dans la langue et dans l'imaginaire, jusqu'aux romans et aux films qui remettent en scène ces colonnes d'hommes battant la lande. Sur le terrain, les sentiers de la Margeride et les musées du Gévaudan racontent aujourd'hui à des visiteurs ce que des paroisses entières ont fait à contrecœur, un dimanche sur deux, pendant trois hivers.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une battue ?

Une chasse collective où une longue ligne de rabatteurs traverse un terrain en faisant du bruit pour pousser le gibier vers des tireurs postés aux passages. Sous l'Ancien Régime, les battues aux loups pouvaient être imposées aux paroisses par les autorités, avec réquisition des habitants.

Combien de paysans ont été réquisitionnés contre la Bête du Gévaudan ?

Plusieurs milliers lors des grandes chasses. Pour celle du 7 février 1765, on compte selon les sources quarante-six paroisses avec environ cent cinquante tireurs et quatre mille cinq cents traqueurs, ou soixante-douze paroisses du Gévaudan renforcées d'hommes d'Auvergne et du Rouergue.

Les battues ont-elles servi à quelque chose ?

Presque aucune des grandes battues officielles n'a atteint son but : elles dispersaient l'animal plus qu'elles ne l'acculaient. C'est une battue locale et modeste, celle du marquis d'Apcher le 19 juin 1767, qui a mis fin à l'affaire.

Légendes voisines

Sources

  1. La Revue d'histoire militaire : la Bête du Gévaudan, un bref essai d'histoire militaire
  2. Chanaleilles, Haut Gévaudan en Margeride : la Bête du Gévaudan
  3. Histoire itinérante : la Bête du Gévaudan, quand l'histoire dépasse la légende (chapitre I)
  4. Réussir / Agriculture Massif central : l'historien Jean-Marc Moriceau plonge dans le mythe de la Bête du Gévaudan
  5. Wikipédia : Bête du Gévaudan

La Battue dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. La Battue y coûte 2 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Vole 2 à la carte ennemie la plus forte d'ici. » Dans « Crie au loup », La Battue (coût 2, puissance 2) n'abat personne : de jour, à la fin de chaque tour, elle vole 2 de puissance à la plus forte carte ennemie du lieu. Elle n'a jamais tué la Bête, elle l'a usée.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 2 : La Battue frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec La Battue : Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, ClurichaunLa Battue