La Diablesse

La Diablesse, créature du folklore (Antilles), illustration

Sur les chemins nocturnes des Antilles, de la Martinique à Trinidad, la tradition met en garde contre la plus élégante des rencontres : une femme superbe en grande robe créole, chapeau à large bord, qui marche seule au bord de la route et accepte volontiers la compagnie. Ceux qui l'escortent remarquent trop tard son pas étrange : sous l'ourlet de la robe, l'un de ses pieds est un sabot de vache. La Diablesse mène ses cavaliers charmés loin des maisons, jusqu'au bois, jusqu'au ravin, et disparaît au bord du vide.

La légende

Tout, chez la Diablesse, est apparence maîtrisée : la robe longue et somptueuse, souvent à l'ancienne mode créole, les jupons, les bijoux, le port de reine. Le chapeau à large bord n'est pas une coquetterie : il cache, disent les récits, un visage qu'il vaut mieux ne pas voir de près. Et la robe qui balaie le sol dissimule l'anomalie qui la trahit : une jambe qui se termine en sabot de vache. D'où sa démarche caractéristique, que les conteurs de Trinidad décrivent avec précision : un pied sur la route, le sabot dans l'herbe du bas-côté, pour étouffer le bruit.

Sa chasse est une promenade. Elle apparaît aux abords des fêtes, sur les chemins de nuit, dans la lumière des lampadaires isolés, et jette son dévolu sur un homme, de préférence sûr de lui. Un sourire, quelques mots, et l'homme la suit, envoûté, laissant derrière lui compagnons et bon sens. Elle le mène de plus en plus loin, de plus en plus haut, jusqu'au moment où elle s'évanouit d'un coup : l'homme, perdu dans le noir, désorienté comme au sortir d'un rêve, fait alors le pas de trop, dans le ravin, dans la rivière, ou erre jusqu'à l'aube quand il a de la chance.

Les parades appartiennent au folklore le plus classique : retourner ses vêtements et les porter à l'envers pour briser le charme et retrouver son chemin, allumer une flamme, ou tout simplement regarder les pieds des belles inconnues croisées de nuit. La tradition ajoute un détail sensoriel qui fait frissonner les veillées : son parfum, exquis de loin, laisse passer par bouffées une odeur de tombe.

Origines et histoire

La Diablesse appartient au folklore des Antilles marquées par la créolité française : on la raconte à Trinidad-et-Tobago, à Grenade, à Sainte-Lucie, à la Dominique, en Martinique et en Guadeloupe, sous les graphies La Diablesse ou La Jablesse. Les folkloristes la lisent comme un produit du monde des plantations : une figure née de la rencontre entre les traditions des personnes déportées d'Afrique et le fonds diabolique européen, jusque dans son nom français. Certaines versions lui donnent d'ailleurs une histoire d'origine liée à ce monde : une femme qui aurait acheté au diable une beauté éternelle, payée au prix fort.

Sa première grande entrée en littérature date de 1890 : l'écrivain voyageur Lafcadio Hearn, dans Two Years in the French West Indies, consacre un chapitre entier à « La Guiablesse » de la Martinique, qu'il présente comme la première en date des démons antillais et dont il raconte longuement la promenade fatale. Le texte, disponible aujourd'hui en ligne, reste la plus belle source ancienne sur le personnage, saisi au moment où la tradition orale était pleinement vivante.

Le motif central, la beauté parfaite trahie par un pied animal, est un grand classique du répertoire mondial : l'Europe médiévale prêtait déjà un pied de bouc ou d'oie à certaines belles diaboliques, et les Antilles lui ont donné sa version la plus élégante. Quant à la fonction sociale, elle est transparente : la Diablesse est un récit d'avertissement à destination des hommes, sur les dangers de suivre la première beauté venue loin des lumières.

Variantes et cousins

Dans ce set, la Diablesse ferme la marche d'une redoutable confrérie de charmeuses fatales : la Siguanaba centraméricaine, belle de dos et crâne de jument de face, la Sayona vénézuélienne, vengeresse des infidèles, et la Ciguapa dominicaine, dont les pieds inversés répondent à son sabot. Quatre variations caribéennes et latino-américaines sur le même avertissement : la nuit, la beauté qui marche seule n'est pas toujours ce qu'elle paraît.

Sa voisine directe de Trinidad est la Soucouyant, l'autre grande dame de la nuit de l'île : la tradition locale les cite souvent ensemble, la séductrice des chemins et la buveuse des chambres. Côté européen, sa parente la plus proche dans le jeu est Mélusine, autre beauté au secret anatomique, même si la fée poitevine cache sa queue de serpent par amour quand la Diablesse cache son sabot par stratégie.

Dans la culture

La Diablesse reste l'une des figures majeures du folklore de Trinidad-et-Tobago, entretenue par les institutions patrimoniales de l'île, les veillées, le carnaval et les recueils de contes. Les Antilles francophones la connaissent tout autant, et Lafcadio Hearn lui a assuré une postérité littéraire mondiale dès la fin du XIXe siècle.

Elle inspire aujourd'hui romans jeunesse, littérature caribéenne contemporaine et cinéma d'horreur régional, et les artistes de la diaspora la revisitent régulièrement, entre figure d'épouvante et symbole d'une féminité qui se venge des regards. Le conseil des veillées, lui, n'a pas changé en un siècle : à la tombée de la nuit, regardez les pieds.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la Diablesse ?

Une figure du folklore antillais, de la Martinique à Trinidad : une femme d'une grande beauté, en robe créole et chapeau à large bord, dont une jambe se termine en sabot de vache. Elle charme les hommes croisés la nuit et les mène loin des maisons, jusqu'au ravin ou au précipice, avant de disparaître.

Comment reconnaître la Diablesse ?

À ses pieds et à sa démarche : sa longue robe cache un sabot de vache, et elle marche un pied sur la route, le sabot dans l'herbe pour l'étouffer. Les récits ajoutent un parfum superbe traversé de bouffées d'odeur de tombe, et un visage que le grand chapeau garde dans l'ombre.

Comment échapper à la Diablesse ?

La parade la plus citée dans la tradition consiste à retirer ses vêtements et à les remettre à l'envers : le charme se brise et le chemin se retrouve. Le plus sûr reste de ne pas suivre les belles inconnues croisées seules de nuit, ce qui est précisément la morale du récit.

D'où vient la légende de la Diablesse ?

Du monde créole des plantations antillaises, où se sont rencontrés les traditions des personnes déportées d'Afrique et le fonds diabolique européen. Lafcadio Hearn lui a consacré un chapitre célèbre dès 1890 dans Two Years in the French West Indies, à partir de la tradition martiniquaise.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipedia (en) : La Diablesse
  2. NALIS (Bibliothèque nationale de Trinidad-et-Tobago) : Caribbean Folklore, Part 3
  3. Lafcadio Hearn, Two Years in the French West Indies (1890), chapitre « La Guiablesse » (Project Gutenberg)

La Diablesse dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. La Diablesse y coûte 6 chandelles pour 8 de puissance, avec cette capacité : « À la fin du tour, la nuit : détruit la carte ennemie la plus faible d'ici (menée au précipice). » En jeu, la Diablesse ferait disparaître chaque nuit le plus faible des ennemis présents : elle n'attaque pas, elle marche, et celui qui l'escorte s'éloigne des maisons sans s'en apercevoir jusqu'au bord du ravin. De jour, ce n'est qu'une élégante sur le bas-côté.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 6, puissance 8 : La Diablesse frappe plus fort que 83 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec La Diablesse : La Befana, Père Fouettard, Roi des Korrigans, StrygeLa Diablesse