La Sayona

La Sayona, créature du folklore (Llanos du Venezuela), illustration

Dans les llanos, ces immenses plaines du Venezuela, les hommes qui rentrent de nuit racontent parfois la même rencontre : une très grande femme en robe blanche, belle, seule au bord du chemin, qui demande qu'on la raccompagne. Ceux qui acceptent découvrent trop tard à qui ils ont ouvert leur monture ou leur voiture. La Sayona est le fantôme vengeur des maris infidèles, et sa légende, née au XIXe siècle, commence par un fait divers domestique d'une noirceur parfaite.

La légende

Le récit d'origine, transmis par la tradition orale des llanos, met en scène une jeune femme nommée Casilda, épouse et mère, d'une beauté remarquée. Un homme qui la convoite en vain finit par lui glisser un mensonge calibré : son mari la tromperait avec sa propre mère. Folle de jalousie, Casilda n'interroge personne. Elle met le feu à la maison où dorment son mari, avant de courir chez sa mère l'achever à la machette.

La suite fait toute la légende : mourante, la mère ne maudit pas sa fille de mort, mais de vie. Elle la condamne à errer pour toujours et à venger éternellement les épouses trompées en poursuivant les hommes infidèles. Casilda devient la Sayona : son nom viendrait du sayón, vêtement long, ou de la saya, la robe. Depuis, elle marche.

Ses apparitions suivent un scénario réglé : une femme grande et belle, en blanc, cheveux noirs, surgit de nuit devant un homme seul, sur une route, à une fête, au bord d'une rivière. Elle séduit, demande une cigarette ou une place en voiture, se laisse suivre. Puis le visage se défait : crâne, face de cadavre, mâchoire de bête selon les versions, et le galant s'évanouit, devient fou, ou disparaît. Les récits précisent qu'elle épargne les fidèles : la Sayona vérifie avant de frapper.

Origines et histoire

Les folkloristes vénézuéliens situent la naissance de la légende dans les llanos du XIXe siècle, ce monde de grandes propriétés d'élevage, de cavaliers et de veillées où la tradition orale était le principal divertissement. La Sayona y rejoint un bestiaire nocturne déjà fourni, aux côtés du Silbón, l'autre grand spectre des plaines, ce siffleur porteur d'os que les joueurs du jeu connaissent déjà.

Les lectures modernes de la légende sont particulièrement riches. La critique féministe y voit une figure de vengeance des femmes dans un monde rural machiste : toutes les épouses trompées du llano condensées en un seul spectre, selon la formule de l'écrivaine Laura Antillano. D'autres soulignent son rôle de régulation sociale dans des sociétés où le mariage était indissoluble : la peur de la Sayona faisait ce que le droit ne faisait pas. Et le récit d'origine lui-même, avec son mensonge jamais vérifié, fonctionne comme une mise en garde contre la jalousie aveugle autant que contre l'infidélité.

Fait notable, la légende n'a jamais cessé d'être alimentée : la presse populaire vénézuélienne publie encore au XXIe siècle des témoignages d'apparitions, parfois accompagnés de portraits-robots, et la Sayona a suivi l'exode rural jusqu'aux banlieues de Caracas. Un fantôme du XIXe siècle parfaitement à l'aise sur l'asphalte.

Variantes et cousins

Le Venezuela distingue soigneusement la Sayona de la Llorona, qui existe aussi dans le pays : la pleureuse cherche ses enfants, la vengeresse cherche les infidèles. Dans ce set, ses sœurs d'armes sont la Siguanaba centraméricaine, qui épouvante les coureurs au bord des lavoirs, et la Diablesse antillaise, qui mène les séducteurs au précipice. Trois variantes régionales d'un même programme : la beauté comme piège tendu à ceux qui la traquent.

Plus largement, elle appartient à la famille mondiale des dames en blanc, dont le jeu compte déjà la représentante française : silhouette féminine, vêtement clair, route de nuit, révélation terrible. La version llanera se distingue par sa précision morale : ce n'est pas un fantôme de lieu, c'est un fantôme de faute. On peut passer toute sa vie sur ses routes sans la voir, il suffit d'être fidèle.

Dans la culture

La Sayona est un monument du folklore vénézuélien : contes de veillée, littérature orale compilée par les folkloristes, chansons llaneras, films d'horreur locaux et créneaux entiers de radio et de télévision consacrés aux témoignages. Son nom est passé dans le langage courant : traiter une femme en colère de « sayona » est une expression familière du pays.

Elle sert aussi de matière aux relectures contemporaines, des études de genre aux podcasts d'horreur hispanophones, qui voient en elle l'exemple parfait du fantôme social : une histoire de veillée qui parle moins des morts que des vivants, de leurs mariages, de leurs mensonges et de ce que les communautés font de la colère des femmes.

Questions fréquentes

Qui est la Sayona ?

Un fantôme du folklore vénézuélien, né dans les llanos au XIXe siècle : une grande femme en blanc qui apparaît la nuit aux hommes infidèles, les séduit puis révèle un visage terrifiant. La légende en fait une femme nommée Casilda, maudite par sa mère mourante après un double crime commis par jalousie.

La Sayona s'en prend-elle à tout le monde ?

Non, et c'est sa signature : la tradition dit qu'elle cible les hommes infidèles ou volages surpris seuls la nuit. Les récits populaires précisent que l'homme fidèle peut croiser sa route sans danger. C'est un fantôme de la faute plus que du lieu.

Quelle différence entre la Sayona et la Llorona ?

Les deux existent au Venezuela et les deux sont des femmes spectrales, mais la Llorona pleure ses enfants noyés le long des cours d'eau, tandis que la Sayona traque les maris infidèles sur les routes. L'une est un deuil qui erre, l'autre une sentence qui marche.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipedia (es) : La Sayona
  2. Pacarina del Sur : La Sayona, la venganza femenina venezolana
  3. NotiApure (presse régionale de l'État d'Apure, au cœur des llanos) : « La Leyenda de la Sayona: espanto de las llanuras venezolanas »

La Sayona dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. La Sayona y coûte 3 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « À sa révélation : sur une AUTRE route, la carte ennemie la plus faible passe dans votre camp (elle l'emmène en croupe). » En jeu, la Sayona fait changer de bord la plus faible carte ennemie d'un AUTRE lieu : elle ne se bat pas et ne défend rien, elle attend au bord d'un chemin des llanos, loin de tout — et l'homme qui accepte de la prendre en croupe ne s'appartient plus.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 4 : La Sayona frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec La Sayona : Áine, Alkonost, Ammit, Baku, BarbegaziLa Sayona