Jack-in-the-Green

Au matin du 1er mai, dans les rues d'Angleterre, une pyramide de feuilles hautes comme deux hommes se met à danser au son des tambours. À l'intérieur, un homme qu'on ne verra pas de la journée : Jack-in-the-Green, l'homme-feuillage des cortèges de mai. Sa légende est double : celle qu'on raconte, un esprit de l'été qu'on promène et qu'on libère, et celle, plus savoureuse encore, de son histoire véritable.
La légende
Le Jack est une charpente d'osier ou de bois en cône, entièrement couverte de feuillage frais, de lierre et de fleurs, portée par un homme qui voit à peine par une fente. Près de trois mètres de verdure titubante, guidée dans les rues par ses « bogies », des accompagnateurs au visage verdi qui écartent la foule et font tournoyer la créature. Le Jack ne parle pas : il danse, il tangue, il fonce parfois sur les spectateurs, et toute la ville marche derrière lui.
Dans sa version moderne la plus célèbre, à Hastings, la journée se termine en sacrifice joyeux : sur la colline de l'Ouest, au pied du château, le Jack est mis à mort symboliquement, effeuillé en public pour « libérer l'esprit de l'été ». Chacun tente d'attraper une feuille au vol : elle porte chance pour l'année. L'homme-feuillage meurt pour que la belle saison commence, et tout le monde rentre boire à sa santé.
Ce rituel de mort et de renaissance végétale a tout d'un très ancien culte de la fertilité. C'est exactement ce que l'on a longtemps cru, et c'est faux.
Origines et histoire
L'histoire documentée est plus drôle que le mythe. Au XVIIe siècle, les laitières de Londres défilaient au 1er mai avec leurs seaux décorés, puis avec des pyramides d'argenterie et de fleurs portées sur la tête. La surenchère fit le reste : les guirlandes grossirent jusqu'à engloutir leur porteur. La première mention du nom « Jack in the Green » apparaît dans la presse londonienne en 1785, et au XIXe siècle le personnage devient la mascotte des ramoneurs, qui promènent l'homme-feuillage de porte en porte pour récolter des pièces au seul jour férié de leur calendrier.
La coutume s'éteint au début du XXe siècle, victime de sa réputation tapageuse et alcoolisée. Les folkloristes de l'époque, eux, y voyaient un vestige païen, l'esprit de la végétation en personne. Il a fallu l'étude méticuleuse de Roy Judge, publiée en 1979, pour rétablir la chronologie : le Jack est né au XVIIIe siècle, de la vanité des cortèges de métiers, pas d'un culte préchrétien. Son travail a fait date dans la discipline, comme exemple de légende savante démontée par l'archive.
Le plus beau restait à venir : la coutume est ressuscitée. À Hastings, des danseurs de morris relancent le Jack en 1983, et le cortège est devenu l'un des plus grands rendez-vous folkloriques d'Angleterre, quatre jours de fête autour du lundi férié de mai. D'autres villes du Sud-Est ont suivi. Une tradition inventée, éteinte, réinventée : le folklore vivant dans toute sa mauvaise foi et toute sa joie.
Variantes et cousins
Le Jack appartient à la grande famille des figures de mai : l'Obby Oss de Padstow, cheval-cerceau qui tournoie dans la foule le même jour à l'autre bout de l'Angleterre, en est le cousin le plus flamboyant. On l'a souvent rapproché du « Green Man », ce visage feuillu sculpté dans les églises médiévales, mais là encore les historiens invitent à la prudence : le rapprochement est moderne, et rien ne relie directement les deux figures.
Dans le set, il défile aux côtés de Robin Goodfellow, autre esprit vert des campagnes anglaises, et de John Barleycorn, l'orge personnifiée qui meurt elle aussi pour que la fête continue. Son grand frère sombre est l'Homme d'osier : même silhouette végétale géante, mais la version du bûcher n'a rien d'une farce de ramoneurs.
Dans la culture
Hastings a fait du Jack un emblème : affiches, tatouages, milliers de visages peints en vert chaque printemps. Le cortège mêle danseurs de morris, tambours, géants et « bogies » dans une ambiance qui doit plus au carnaval qu'au musée : la ville revendique une fête vivante, pas une reconstitution. Le folklore anglais contemporain, des festivals néopaïens aux fanfares de rue, a adopté l'homme-feuillage comme visage de la belle saison.
Le jeu retient sa nature profonde : le Jack n'existe que là où il y a du vert. Sorti de la forêt et des guirlandes, ce n'est qu'une armature vide ; au milieu du feuillage, c'est le roi du printemps.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Jack-in-the-Green exactement ?
Une structure conique d'osier ou de bois couverte de feuillage, portée par un homme caché à l'intérieur, promenée dans les rues lors des cortèges du 1er mai en Angleterre. Le personnage est apparu au XVIIIe siècle dans les défilés londoniens, avant de devenir la mascotte des ramoneurs au XIXe siècle.
Jack-in-the-Green est-il une survivance païenne ?
Non, et c'est un cas d'école. Les folkloristes l'ont longtemps cru, mais l'étude historique de Roy Judge (1979) a montré que la coutume est née au XVIIIe siècle, par surenchère des guirlandes portées par les laitières puis les ramoneurs de Londres. Le rituel « païen » de la mise à mort du Jack est une réinvention moderne, pleinement assumée par les fêtes actuelles.
Où voir un Jack-in-the-Green aujourd'hui ?
Le plus grand cortège a lieu à Hastings, dans le Sussex, autour du lundi férié de début mai : la coutume y a été relancée en 1983 et culmine avec l'effeuillage du Jack sur la colline de l'Ouest. D'autres villes du Sud-Est de l'Angleterre, comme Rochester ou Whitstable, ont leur propre Jack.
Légendes voisines
Sources
Jack-in-the-Green dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Jack-in-the-Green y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Sur un lieu de forêt : +1 à vos alliés d'ici (le roi tapageur du mois de mai entraîne tout le monde). » Au milieu des arbres, la carte relèverait tous vos alliés du lieu : Jack-in-the-Green ne se bat pas, il ouvre le cortège, et une pyramide de feuilles haute comme deux hommes ne descend dans la rue que pour entraîner tout le monde derrière elle.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 1, puissance 2 : Jack-in-the-Green frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.