Robin Goodfellow

Dans les campagnes anglaises, quand le lait tournait sans raison ou qu'un voyageur s'égarait à cent pas de chez lui, on savait qui remercier : Robin Goodfellow, « Robin Bonenfant », l'esprit farceur que Shakespeare a immortalisé sous le nom de Puck. Moitié lutin domestique, moitié feu follet des chemins, il est la bonne humeur dangereuse des nuits d'été.
La légende
Robin Goodfellow appartient à la grande famille des esprits domestiques anglais, ces êtres qui hantent fermes et maisons et travaillent la nuit pour peu qu'on les respecte. La tradition le décrit filant la laine, barattant le beurre ou finissant les corvées pendant le sommeil des humains, contre une écuelle de lait et du pain blanc laissés au coin du feu. Malheur à qui oublie l'offrande : l'esprit se paie lui-même, et la ferme apprend ce qu'il en coûte de traiter Robin comme un domestique ordinaire.
Hors des maisons, c'est un autre personnage : le farceur des chemins. On lui prête l'art d'imiter les voix, de prendre la forme d'un cheval ou d'une lumière dansante, et de promener les voyageurs de nuit en cercles jusqu'à l'aube, avant de disparaître dans un grand éclat de rire. Une ballade du début du XVIIe siècle en fait l'émissaire d'Obéron, roi des fées, capable de semer les terreurs nocturnes, de carder la laine des dormeurs et d'échanger les nourrissons contre des enfants d'elfes.
Son surnom même est une politesse intéressée : on dit « bon garçon » comme on flatte un chien qui mord. Car Robin n'est ni bon ni méchant, il est joueur, et les campagnes anglaises savaient qu'avec les joueurs de son espèce, mieux vaut être du bon côté de la farce.
Origines et histoire
Le nom apparaît dans les textes anglais dès le XVIe siècle : l'Oxford English Dictionary en relève une première mention en 1531. L'étymologie de « puck », elle, se perd plus haut : les savants se disputent une origine germanique, scandinave ou celtique, signe que le personnage condense plusieurs couches de croyances. Au fil des pamphlets et des ballades, Robin Goodfellow devient une petite célébrité de l'imprimé populaire : un recueil de ses « farces folles et joyeuses facéties » circule à Londres à la fin des années 1620.
C'est Shakespeare qui fixe le personnage pour les siècles suivants. Dans Le Songe d'une nuit d'été, Puck est « ce lutin madré et espiègle » au service d'Obéron : il coiffe Bottom d'une tête d'âne, verse le philtre sur les mauvaises paupières et embrouille deux couples d'amoureux dans la forêt d'Athènes. Il se vante de « ceindre la terre en quarante minutes », et c'est lui qui referme la pièce en s'adressant au public. Les historiens du théâtre estiment que la pièce a relancé l'intérêt pour ce vieux compagnon du folklore au moment même où les fées quittaient les veillées pour la scène.
Derrière le personnage littéraire, les folkloristes reconnaissent un type très répandu : l'esprit domestique à la fois serviable et susceptible, qu'il faut nourrir sans jamais le vexer.
Variantes et cousins
Robin Goodfellow a des cousins dans toute l'Europe : le brownie écossais, autre travailleur nocturne payé en crème, le kobold allemand, attaché à la maison jusqu'à la persécution, ou le nisse scandinave, gardien de ferme au bonnet rouge. Tous partagent le même contrat tacite : de menus services contre de menues offrandes, et une vengeance de lutin si le contrat est rompu.
Dans son propre set, il ouvre le bal des esprits de l'été : Jack-in-the-Green, l'homme-feuillage des cortèges de mai, et l'Obby Oss de Padstow tournoient dans les mêmes fêtes de rue qu'il aurait adorées, et les Dames vertes partagent son goût pour les voyageurs à égarer. Quant à la pixie de Cornouailles, déjà au jeu, elle est de la même engeance rieuse que lui.
Dans la culture
Puck est devenu l'un des personnages les plus joués du répertoire mondial : chaque mise en scène du Songe d'une nuit d'été réinvente son mélange d'enfance et d'inquiétude. Le trait est si fort que son nom est passé dans la langue anglaise : « puckish » se dit d'un humour espiègle et imprévisible. De la peinture romantique aux adaptations récentes, il incarne ce que l'été anglais a de plus troublant, la frontière poreuse entre le rêve et la lande.
La carte du jeu retient son geste le plus caractéristique : déplacer les autres. Robin ne combat jamais de front, il déménage le monde pendant qu'on a le dos tourné, et c'est toujours quelqu'un d'autre qui se réveille au mauvais endroit.
Questions fréquentes
Puck et Robin Goodfellow sont-ils le même personnage ?
Oui, pour l'essentiel. Robin Goodfellow est le nom familier que le folklore anglais donne à cet esprit farceur, et « puck » un terme plus ancien désignant ce type de lutin. Shakespeare a soudé les deux dans Le Songe d'une nuit d'été, où le personnage est appelé indifféremment Puck ou Robin Goodfellow.
Que fait Robin Goodfellow dans le folklore anglais ?
Deux choses selon l'humeur : la nuit, il accomplit les corvées de la maison (filer, baratter) contre une offrande de lait et de pain ; dehors, il égare les voyageurs, imite les voix et multiplie les farces. Si on oublie de le nourrir ou qu'on le vexe, il se venge en désorganisant toute la ferme.
Quel rôle joue Puck dans Le Songe d'une nuit d'été ?
Il est le serviteur d'Obéron, le roi des fées. C'est lui qui verse le philtre d'amour sur les mauvais dormeurs, transforme la tête de Bottom en tête d'âne et embrouille les couples d'amoureux, avant de tout réparer et de conclure la pièce face au public.
Légendes voisines
Sources
Robin Goodfellow dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Robin Goodfellow y coûte 1 chandelle pour 1 de puissance, avec cette capacité : « À sa révélation, s'il n'est pas seul : déplace un de vos alliés d'ici (Puck ne peut égarer que ceux qui l'accompagnent). » À sa révélation, la carte devrait déplacer un allié : la signature même de Robin Goodfellow, qui ne se bat pas mais déménage les autres, et dont les farces vous laissent toujours à un autre endroit que celui où vous pensiez être.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 1, puissance 1 : Robin Goodfellow frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.