Chang'e, la Dame de la Lune

Un soir de Chine ancienne, une femme avale une fiole qui ne lui était pas destinée et son corps devient si léger qu'il ne peut plus tenir au sol. Elle monte, monte, et s'arrête au premier astre venu : la Lune. Chang'e y vit depuis, dans un palais de jade, avec un lièvre qui pile sans fin des herbes de longue vie. Chaque année, au huitième mois lunaire, la Chine lève les yeux vers elle.
La légende
Le récit le plus répandu commence par un excès de soleils. Le ciel en portait dix, la terre brûlait, et l'archer Houyi en abattit neuf d'un arc que personne d'autre ne pouvait bander. Pour cet exploit, la Reine mère de l'Occident lui remit un élixir d'immortalité, assez pour un seul être. Houyi le confia à son épouse Chang'e, le temps de décider ce qu'ils en feraient ensemble.
C'est là que les versions se séparent, et c'est ce qui rend le personnage si intéressant. Dans la plus douce, un disciple jaloux de Houyi, Feng Meng, profite d'une absence pour arracher la fiole à Chang'e : elle la boit d'un trait pour qu'il ne l'obtienne pas. Dans une autre, elle la vole par ambition, ou parce que Houyi est devenu tyrannique. Dans une troisième, c'est une simple imprudence. Selon la version, la Dame de la Lune est une héroïne, une voleuse ou une maladroite.
La suite ne change pas. Le corps de Chang'e s'allège, quitte le sol et s'arrête sur l'astre le plus proche de la Terre, pour rester au plus près de son mari. Elle y habite un palais de jade, le Guanghan, dont le nom promet du froid étendu. Elle n'y est pas tout à fait seule : un lièvre blanc y pile des simples dans un mortier, et Wu Gang, apprenti immortel puni pour son manque d'application, y abat éternellement un cannelier dont le tronc se referme derrière la hache. Une variante ancienne, plus rude, veut que Chang'e ait elle-même été changée en crapaud, autre animal lunaire du répertoire chinois.
Origines et histoire
Chang'e est l'une des figures les plus anciennes du panthéon chinois, connue aussi sous les noms de Heng'e ou Heng-O, un changement de graphie dû aux tabous de noms impériaux. La tradition taoïste en fait une déesse lunaire à part entière, et l'astre chinois se lit à travers elle : sa froideur, sa solitude, son inaccessibilité.
Le lièvre de jade mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il n'est pas décoratif. Les Chinois ne voient pas un visage dans les taches lunaires, ils y voient un lièvre penché sur un mortier. L'animal prépare l'élixir de longue vie : la Lune n'est donc pas seulement un lieu d'exil, c'est un laboratoire d'immortalité. Le motif circule dans toute l'Asie orientale, jusqu'au lapin qui pile des gâteaux de riz dans la lune japonaise.
La fête de la mi-automne, le quinzième jour du huitième mois lunaire, est le moment où le culte devient geste domestique : on sort les gâteaux de lune, on dispose des offrandes en plein air, on se réunit en famille sous la pleine lune la plus ronde de l'année. La fête est d'abord agraire, une action de grâces pour les moissons, et Chang'e lui donne son visage. Le rapprochement entre la lune pleine, le disque du gâteau et la table familiale au complet tient en un mot chinois, tuanyuan, qui veut dire à la fois rond et réuni.
Variantes et cousins
Dans le set du Bal des Masques, Chang'e voisine avec le Nian, le monstre du Nouvel An chinois : deux faces du même calendrier lunaire, l'une qu'on accueille en levant la tête, l'autre qu'on chasse à coups de pétards. Le qilin, bête de bon augure, et la hulijing, renarde à métamorphoses, complètent le versant chinois du set.
Le lièvre de la Lune existe déjà en jeu comme créature autonome : c'est le compagnon de Chang'e vu sans sa maîtresse, le pileur d'herbes que toute l'Asie reconnaît. Le Japon a sa propre déesse lunaire exilée, la princesse Kaguya du Conte du coupeur de bambous, recueillie sur terre et rappelée dans la Lune par un cortège céleste : deux femmes que le ciel reprend, deux récits d'adieu.
Dans la culture
Chang'e est probablement la figure mythologique chinoise la plus présente dans le quotidien contemporain : elle est sur les emballages de gâteaux de lune, dans les livres d'école, sur les scènes d'opéra. Le programme spatial chinois a donné son nom à ses sondes lunaires, et l'un de ses astromobiles s'appelle Yutu, le lièvre de jade : la mythologie sert de nomenclature technique, ce qui n'est pas si courant.
La carte du jeu retient la seule chose que Chang'e ne peut pas cacher : sa dépendance à la Lune. Discrète quand le ciel est sombre, elle prend toute sa force quand le disque est plein, exactement au moment où la Chine se rassemble pour la regarder.
Questions fréquentes
Qui est Chang'e dans la mythologie chinoise ?
La déesse de la Lune, épouse de l'archer Houyi. Après avoir bu l'élixir d'immortalité destiné à son mari, elle s'est envolée jusqu'à la Lune où elle réside dans un palais de jade. Elle est honorée chaque année à la fête de la mi-automne.
Pourquoi Chang'e est-elle partie sur la Lune ?
Les versions divergent. Dans la plus répandue, elle avale l'élixir pour empêcher un disciple jaloux de Houyi de s'en emparer ; dans d'autres, elle le boit par ambition ou par imprudence. Devenue trop légère pour rester au sol, elle choisit la Lune parce que c'est l'astre le plus proche de son mari resté sur Terre.
Que fait le lièvre de jade sur la Lune ?
Il pile des herbes médicinales dans un mortier pour préparer l'élixir de longue vie, et il tient compagnie à Chang'e. Dans la tradition chinoise, ce sont ses contours que l'on distingue dans les taches de la Lune, là où l'Europe croit voir un visage.
Quel est le lien entre Chang'e et la fête de la mi-automne ?
La fête tombe le quinzième jour du huitième mois lunaire, quand la pleine lune est la plus ronde de l'année. Les familles se réunissent, mangent des gâteaux de lune et déposent des offrandes à la Dame de la Lune, dont le récit donne son visage à cette célébration des récoltes et des retrouvailles.
Légendes voisines
Sources
Chang'e, Dame de la Lune dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Chang'e, Dame de la Lune y coûte 5 chandelles pour 6 de puissance, avec cette capacité : « Elle amène sa lune : ici, toutes les nuits sont pleines. » La carte devrait gagner en puissance les nuits de pleine lune : c'est le seul moment où Chang'e n'est plus une exilée lointaine mais une présence que toute la Chine regarde en face, gâteaux de lune posés sur la table.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 5, puissance 6 : Chang'e, Dame de la Lune frappe plus fort que 71 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.