Le Qilin

Qilin, créature du folklore (Chine), illustration

Il existe en Chine une bête si douce qu'elle marche sans plier un brin d'herbe, si pure qu'elle ne se montre qu'aux époques de paix et de bon gouvernement. Le qilin, qu'on appelle parfois la licorne chinoise, est le plus paisible des quatre animaux fabuleux de la tradition : son apparition n'annonce ni tempête ni guerre, mais la venue ou la mort d'un sage.

La légende

Le qilin est une chimère paisible : les descriptions classiques lui donnent un corps de cerf ou de bœuf couvert d'écailles, des sabots fendus, une queue de bovin, une tête de dragon aux longs cils, souvent des andouillers fins, parfois une corne unique et charnue. Certaines représentations le nimbent de flammes douces, qui éclairent sans brûler.

Sa vertu définit sa démarche : le qilin ne blesse aucun être vivant. La tradition répète qu'il pose ses sabots sans écraser un insecte ni coucher un brin d'herbe, qu'il ne mange que des plantes mortes de leur propre mort, et que sa voix a le son des cloches. Toute violence lui est si étrangère que son apparition même vaut certificat de vertu pour l'époque qui la reçoit.

Car c'est là son office : paraître aux moments justes. Un qilin se montre quand naît ou meurt un sage, quand règne un souverain juste, et se retire des siècles durant quand le monde ne le mérite pas. La légende la plus célèbre veut qu'un qilin soit apparu à la mère de Confucius avant la naissance du maître, et que la capture d'un lin blessé, en 481 avant notre ère, ait annoncé sa mort : le sage aurait pleuré en le reconnaissant.

Origines et histoire

Le lin apparaît dans les plus anciens textes chinois : le Classique des poèmes lui consacre une pièce, « Les pieds du lin », et les Annales des Printemps et Automnes consignent la capture d'un lin sous le duc Ai de Lu, vers 481 avant notre ère, épisode que la tradition lie à Confucius. La bête est donc attestée depuis près de trois millénaires, toujours du côté des présages fastes.

Au fil des dynasties, le qilin rejoint le dragon, le phénix et la tortue dans le petit panthéon des créatures de bon augure, et son image s'installe partout où la Chine veut dire la vertu et la prospérité : broderies des robes de cour, chapiteaux, encensoirs, statues gardiennes. Il devient aussi patron des naissances illustres : offrir une image de « qilin apportant un fils » revenait à souhaiter un enfant promis à la grandeur.

L'épisode le plus savoureux de sa carrière date de 1414 : les flottes de Zheng He ramènent du Bengale une girafe, cadeau diplomatique venu d'Afrique orientale via les envoyés de Malindi. La cour des Ming, stupéfaite par ce cou impossible et cette douceur d'herbivore, y reconnaît officiellement un qilin, et les lettrés composent des éloges : l'apparition légitime le règne de l'empereur Yongle. Des peintures commémoratives en gardent la trace, et l'assimilation fut si durable que « girafe » se dit encore kirin en japonais et girin en coréen.

Variantes et cousins

Chaque pays de l'aire chinoise a son qilin : le kirin japonais, plus élancé et cervidé, le girin coréen, le kỳ lân vietnamien qui danse aux fêtes comme son cousin la licorne des cortèges. Les représentations vont du paisible brouteur d'immortalité au gardien cabré tout en écailles et en flammes, mais la fonction ne varie pas : bon augure, justice, douceur souveraine.

On l'appelle licorne chinoise par commodité, mais la parenté avec la licorne européenne s'arrête à la corne et à la pureté : la licorne d'Occident est une bête sauvage qu'on ne capture que par ruse, le qilin un présage qui se donne quand il veut. Dans le jeu, le cerf blanc des forêts européennes, apparition qui sanctifie les chasses royales, est sans doute son plus proche parent d'esprit.

Dans ce set, il croise le Nian, son exact contraire calendaire, la bête qu'on chasse à grand bruit quand lui se mérite en silence, et la Dame de la lune, autre figure de la sérénité céleste chinoise. Le dragon, déjà en jeu, complète le duo des grandes puissances fastes de l'Empire du Milieu.

Dans la culture

Le qilin est resté omniprésent en Asie orientale : statues aux portes des temples et des banques, broderies de mariage, danses du qilin dans les communautés du Sud et d'Asie du Sud-Est, cousines des danses du lion. Au Japon, le kirin donne son nom à une célèbre marque de bière, dont l'étiquette porte fièrement la chimère écailleuse.

La fantasy et les jeux vidéo mondiaux l'ont adopté comme archétype de la bête sacrée : monture céleste, boss bienveillant ou esprit de la foudre selon les licences, il incarne presque toujours la rareté et la pureté. Son apparition y reste fidèle au folklore : quand le qilin se montre, c'est que quelque chose d'important arrive.

Dans Crie au loup, le Qilin n'a pas besoin de capacité : sa simple présence est le présage. Une force tranquille et considérable pour son coût, qui ne blesse personne et rassure tout un lieu, exactement comme la bête qui marche sans plier l'herbe.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que le qilin ne foule pas l'herbe ?

Parce que sa douceur est absolue : la tradition répète qu'il marche sans écraser un insecte ni coucher un brin d'herbe, et qu'il ne mange que des végétaux déjà morts. Cette non-violence intégrale fait de lui le présage de paix par excellence : il n'apparaît qu'aux époques qui le méritent.

Quel est le lien entre le qilin et Confucius ?

La légende veut qu'un qilin soit apparu à la mère de Confucius avant sa naissance, et les Annales des Printemps et Automnes consignent la capture d'un lin vers 481 avant notre ère, que la tradition lie à la fin du maître : Confucius aurait reconnu la bête et compris que sa propre mort approchait.

Pourquoi la girafe a-t-elle été prise pour un qilin ?

En 1414, les flottes de Zheng He ramenèrent du Bengale une girafe venue d'Afrique orientale. La cour des Ming, devant ce grand herbivore doux et inconnu, y reconnut officiellement un qilin, présage légitimant le règne de l'empereur Yongle. L'assimilation a duré : « girafe » se dit toujours kirin en japonais.

Le qilin est-il l'équivalent de la licorne ?

On le surnomme licorne chinoise, mais la parenté est superficielle : certaines représentations lui donnent une corne unique et les deux bêtes partagent la pureté, mais le qilin est avant tout un présage de bon gouvernement, quand la licorne occidentale est une bête sauvage de la quête et de la capture.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Qilin
  2. Wikipédia (EN) : Qilin (attestations anciennes, girafe de 1414)
  3. World History Encyclopedia : Giraffe Tribute to Emperor Yongle

Qilin dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Qilin y coûte 4 chandelles pour 7 de puissance, avec cette capacité : « Ne peut être joué qu'à partir du tour 4 : le qilin ne paraît qu'aux grandes heures. » La carte ne peut pas être posée dans les premiers tours : le qilin ne se montre pas sur commande. Il paraît quand l'heure est grande, aux règnes justes et aux passages des sages, et sa seule venue vaut présage.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 4, puissance 7 : Qilin frappe plus fort que 78 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Qilin : Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, ScyllaQilin