Le Caramantran

Caramantran, créature du folklore (Provence), illustration

Chaque fin d'hiver, la Provence fabrique un roi pour le plaisir de le condamner. Le Caramantran, grand pantin de paille et de chiffons promené en charrette, subit un procès en bonne et due forme devant tout le village : on l'accuse du gel, de la sécheresse, des mauvaises récoltes et des disputes de l'année, puis on le brûle sur la place. Le carnaval s'achève, le printemps peut venir.

La légende

Le rituel suit partout la même liturgie joyeuse. On confectionne un mannequin grotesque, bourré de paille, vêtu de frusques dépareillées, parfois couronné comme un roi de comédie. Le jour venu, il traverse le village sur une charrette ou un brancard, précédé de juges et d'avocats en robe noire de pacotille, suivi d'une foule déguisée de haillons éclatants qui le conspue et le célèbre en même temps.

Vient le procès, pièce maîtresse de la fête. Le tribunal populaire énumère les chefs d'accusation : c'est lui, le Caramantran, qui a gelé les oliviers, tari les sources, gâté la vendange, fâché les ménages et fait grimper les prix. Une défense de fantaisie plaide sa cause, perdue d'avance. La sentence tombe toujours : la mort, par le feu le plus souvent, parfois par noyade dans la rivière.

L'exécution est une délivrance collective : en brûlant le pantin, le village brûle symboliquement les malheurs de l'année écoulée. Les folkloristes y reconnaissent un rituel de bouc émissaire dans sa forme la plus pure et la plus assumée : toutes les fautes chargées sur un seul dos, et ce dos choisi pour être en paille.

Origines et histoire

Le nom lui-même raconte le calendrier : Caramantran, qu'on écrit aussi Caramentran, Carmentran ou Carementrant selon les parlers provençaux, vient de « carême-entrant ». Le mot désignait d'abord les trois jours gras, dimanche, lundi et mardi, qui précèdent le mercredi des Cendres et l'entrée en carême, avant de se fixer sur le personnage que l'on promène et que l'on juge au terme de ces réjouissances.

La tradition est anciennement attestée dans la littérature provençale : une comédie intitulée « Lou proucès de Carmentran », le procès de Carmentran, a été imprimée dès 1700, preuve que le jugement burlesque du roi de paille était déjà un genre codifié il y a plus de trois siècles. Le personnage a aussi laissé sa trace dans la langue : « on dirait Caramantran » se dit encore de quelqu'un d'accoutré n'importe comment.

Le fond du rituel dépasse largement la Provence : brûler ou noyer une effigie de l'hiver ou du carnaval au seuil du printemps se retrouve dans une grande partie de l'Europe. Mais la version provençale se distingue par sa théâtralité judiciaire, ce goût du réquisitoire et de la plaidoirie qui transforme la place du village en cour d'assises comique.

Variantes et cousins

D'un village à l'autre, le Caramantran change de visage : ici un roi ventru, là une caricature du personnage qui a fait parler de lui dans l'année, ailleurs un simple épouvantail monté sur un âne. Certaines communes le noient au lieu de le brûler, d'autres le font précéder d'une semaine de festivités. La tradition perdure dans plusieurs villes de Provence, où le procès reste le clou du carnaval.

Dans la famille européenne des fins d'hiver, il a des cousins directs dans ce set : le Busó de Mohács, dont le carnaval s'achève aussi par un cercueil brûlé sur un bûcher, et les Kukeri bulgares qui chassent les mauvais esprits à grand bruit de cloches. Les Mamuthones sardes, processionnaires sombres de janvier, ferment ce cortège des masques d'hiver.

L'Arlequin du même set n'est pas loin non plus : le carnaval est son royaume, et le roi de paille jugé sur sa charrette appartient au même monde renversé où, un jour par an, les fous jugent les rois. Chez les cartes déjà en jeu, le Père Fouettard et le Krampus rappellent que l'hiver européen aime les figures qu'on exhibe pour mieux s'en débarrasser.

Dans la culture

Le procès de Caramantran se joue toujours, souvent porté par les écoles et les associations : les enfants rédigent l'acte d'accusation, déguisent le tribunal, et le pantin part en fumée sous les vivats. Les ethnologues du carnaval y voient l'un des rituels de bouc émissaire les mieux conservés de France, précisément parce qu'il est resté une fête vivante et non une reconstitution.

La figure a aussi nourri l'imaginaire du carnaval au sens large : Monsieur Carnaval, jugé et brûlé dans de nombreuses villes de France, est son frère direct, et les chars satiriques des grands carnavals modernes perpétuent le principe du réquisitoire public contre l'année écoulée.

Dans Crie au loup, le Caramantran donne tout à sa mort : quand il est détruit, ses alliés du lieu s'embrasent de la force qu'il libère. C'est le bûcher du mardi gras en une carte : la fête atteint son sommet exactement à l'instant où le roi de paille disparaît.

Questions fréquentes

Que signifie le mot « caramantran » ?

C'est la contraction provençale de « carême-entrant ». Le mot désignait d'abord les trois jours gras précédant le mercredi des Cendres, puis le mannequin de carnaval que l'on promène, juge et brûle à la fin de ces festivités. On rencontre aussi les graphies Caramentran, Carmentran ou Carementrant.

De quoi accuse-t-on le Caramantran lors de son procès ?

De tous les malheurs de l'année : gel, sécheresse, mauvaises récoltes, épidémies, inondations, disputes du village. Un tribunal burlesque instruit l'affaire, une défense de fantaisie plaide, et la sentence est toujours la même : le bûcher, parfois la noyade. En le brûlant, la communauté se purge symboliquement de l'année écoulée.

La tradition du Caramantran existe-t-elle encore ?

Oui. Plusieurs communes de Provence organisent toujours le défilé et le procès du pantin au moment de carnaval, souvent avec les écoles. Une comédie provençale, « Lou proucès de Carmentran », imprimée en 1700, atteste que le rituel du jugement était déjà codifié il y a plus de trois siècles.

Légendes voisines

Sources

  1. MyProvence : Connaissez-vous la tradition du caramantran ?
  2. Je parle provençal : La tradition du Carnaval en Provence
  3. Mes petites histoires de Marseille et de Provence : Caramentran

Caramantran dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Caramantran y coûte 2 chandelles pour 1 de puissance, avec cette capacité : « Détruit, s'il n'était pas seul : +2 à tous vos alliés d'ici (le bûcher fait la fête). » La carte traduit le bûcher libérateur du mardi gras : c'est sa destruction qui fait la fête, et les alliés présents autour du pantin en sortent galvanisés.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 1 : Caramantran frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Caramantran : La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, NingyoCaramantran