Camazotz

Camazotz, créature du folklore (Cavernes du pays maya), illustration

Dans le Popol Vuh, le grand livre des Mayas quichés du Guatemala, les héros jumeaux doivent passer une nuit dans la plus terrible des épreuves de l'inframonde : la Maison des Chauves-Souris. C'est là que règne Camazotz, la « chauve-souris de la mort », et c'est là que le héros Hunahpu, pour avoir passé la tête dehors un instant trop tôt, la perdit d'un coup d'aile tranchant.

La légende

Les jumeaux Hunahpu et Xbalanque descendent à Xibalba, le royaume souterrain, pour affronter ses seigneurs dans une série d'épreuves nocturnes : maison du froid, maison des jaguars, maison du feu. La dernière est la Maison des Chauves-Souris, peuplée de bêtes aux ailes tranchantes comme des lames. Pour survivre, les jumeaux se glissent à l'intérieur de leurs propres sarbacanes et attendent l'aube, immobiles dans le noir vrombissant.

La nuit s'étire. Le silence retombe. Hunahpu veut vérifier si le jour se lève : il passe la tête hors de la sarbacane. C'est l'instant qu'attendait Camazotz. La grande chauve-souris fond, et d'un coup lui tranche la tête, qui roule jusqu'au jeu de balle de Xibalba : les seigneurs de l'inframonde la suspendront comme balle pour la partie du lendemain. Xbalanque, resté seul, devra ruser avec l'aide des animaux pour façonner à son frère une tête de courge et récupérer la vraie au cours du jeu.

Camazotz n'est pas un simple monstre de passage : dans le texte quiché, son nom se lit kame, la mort, et sotz', la chauve-souris. C'est la mort ailée des cavernes, l'obscurité qui frappe celui qui croit la nuit finie. Toute la scène tient dans cette leçon : dans la maison des chauves-souris, on ne regarde pas si le jour se lève, on attend qu'il soit là.

Origines et histoire

Le Popol Vuh est notre source principale : rédigé en quiché au XVIe siècle à partir de traditions bien plus anciennes, copié et traduit par le dominicain Francisco Ximénez vers 1701, il est aujourd'hui accessible dans plusieurs traductions de référence. La figure de la chauve-souris divine, elle, dépasse largement ce texte : un culte du dieu chauve-souris est attesté dès environ 100 avant notre ère chez les Zapotèques d'Oaxaca, et les Quichés associaient la créature à leur dieu du feu Zotzilaha Chamalcan.

Dans toute la Mésoamérique, la chauve-souris est un animal du monde nocturne, lié à la mort, aux cavernes et au sacrifice : elle orne des encensoirs, des vases peints et des glyphes. Un clan maya portait son nom, les Zotzil, « ceux de la chauve-souris », et leurs descendants tzotzils du Chiapas portent encore ce nom aujourd'hui.

Les spécialistes invitent toutefois à la prudence : les représentations de chauves-souris de la période classique (200 à 900 de notre ère) apparaissent dans des contextes variés, et rien ne prouve qu'elles renvoient toutes au Camazotz du Popol Vuh, dont le récit n'est fixé par écrit qu'au XVIe siècle. L'image populaire d'un « dieu-vampire » unique et continu sur deux millénaires est une simplification moderne.

Variantes et cousins

Certains cryptozoologues ont voulu voir derrière Camazotz le souvenir d'une chauve-souris géante ; les zoologues répondent que les grandes chauves-souris vampires fossiles, comme Desmodus draculae, ont réellement existé en Amérique du Sud, mais rien ne relie sérieusement ces fossiles au dieu maya. La vraie inspiration est plus simple : les cavernes du Guatemala et du Chiapas grouillent de chauves-souris bien vivantes, dont trois espèces boivent effectivement du sang.

Dans le set, Camazotz vole aux côtés des autres terreurs nocturnes du continent : le stikini séminole, sorcière changée en chouette, et le piasa du Mississippi, autre dévoreur ailé. Le contraste avec eux est net : Camazotz n'est pas un maudit ni un fantôme, c'est une puissance cosmique installée, avec sa maison et son heure.

Côté européen, ses cousins fonctionnels sont la stryge, oiseau de nuit buveur de sang, et le strigoi des Carpates : partout, l'aile silencieuse dans le noir a donné un visage à la peur des nuits sans lune. Aucun n'a pourtant l'autorité de Camazotz : eux chassent en maraude, lui reçoit chez soi.

Dans la culture

Camazotz a une carrière pop étonnamment fournie. Madeleine L'Engle en fit le nom d'une planète ténébreuse dans « A Wrinkle in Time » (1962) ; on le retrouve en catcheur vampire dans Hellboy, en divinité jouable dans le jeu vidéo Smite, dans la trilogie Silverwing, et jusque dans la saison 5 de Stranger Things, qui lui emprunte son nom pour un titre d'épisode. La grande chauve-souris meso-américaine est devenue un standard du fantastique.

Cette fortune moderne s'accompagne du contresens habituel : le Camazotz pop est un dieu-vampire sanguinaire, là où le texte quiché décrit surtout le gardien d'une épreuve, la mort qui sanctionne l'impatience. Le Popol Vuh, lui, reste un livre vivant : les communautés mayas du Guatemala le lisent et le commentent toujours comme leur grand récit fondateur.

Dans le jeu, Camazotz ne peut être joué que la nuit : c'est une créature de la maison obscure, qui n'existe qu'à son heure. Une puissance brute pour qui sait attendre le noir, exactement ce qu'Hunahpu a appris à ses dépens.

Questions fréquentes

Qui est Camazotz dans la mythologie maya ?

C'est la « chauve-souris de la mort » (kame, mort, et sotz', chauve-souris en quiché) : une créature divine du Popol Vuh qui règne sur la Maison des Chauves-Souris de Xibalba, l'inframonde. C'est elle qui décapite le héros Hunahpu quand il passe la tête hors de sa cachette pour guetter l'aube.

Que raconte l'épisode de la Maison des Chauves-Souris ?

Les jumeaux héroïques Hunahpu et Xbalanque doivent y passer une nuit, cachés dans leurs sarbacanes au milieu des bêtes aux ailes tranchantes. Hunahpu sort la tête trop tôt pour vérifier le lever du jour : Camazotz la tranche, et les seigneurs de Xibalba s'en servent de balle pour leur jeu rituel, avant que Xbalanque ne la récupère par la ruse.

Camazotz était-il vraiment adoré ?

Un culte du dieu chauve-souris est attesté dès environ 100 avant notre ère chez les Zapotèques d'Oaxaca, et la chauve-souris sacrée imprègne l'iconographie maya (clan Zotzil, vases, encensoirs). En revanche, relier toutes ces images au Camazotz précis du Popol Vuh, fixé par écrit au XVIe siècle, reste débattu chez les spécialistes.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Camazotz
  2. Wikipedia (EN) : Camazotz
  3. Internet Archive : Popol Vuh, traduction Goetz-Morley d'après Recinos (University of Oklahoma Press, 1950)

Camazotz dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Camazotz y coûte 3 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « À partir du tour 4, à sa révélation : décapite la carte ennemie la plus forte de ce lieu (il attend qu'on sorte la tête). » La carte ne pourrait paraître que tard dans la partie, et abattrait alors la plus forte présence ennemie de son lieu : c'est la nuit de la Maison des Chauves-Souris, où il ne fallait surtout pas croire l'épreuve finie. Hunahpu a sorti la tête un instant trop tôt et l'a laissée là.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 4 : Camazotz frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Camazotz : Áine, Alkonost, Ammit, Baku, BarbegaziCamazotz