Le Boitatá

Boitatá, créature du folklore (Campagnes du Brésil), illustration

Dans les campagnes du Brésil, on raconte qu'un serpent de feu ondule la nuit au ras des herbes : le boitatá. Gardien des champs et des forêts, il fond sur ceux qui allument des incendies, et sa première trace écrite est vieille de plus de quatre siècles et demi : le missionnaire José de Anchieta le décrivait déjà en 1560, dans la même lettre qui consignait le curupira.

La légende

La nuit, dans les campagnes brésiliennes, une lumière serpente au ras du sol. Elle file le long des clôtures, s'arrête, repart, et malheur à qui la prend pour une lanterne : c'est le boitatá, le serpent de feu. Ses yeux immenses brillent, dit-on dans le Sud, « comme deux phares », et son corps n'est qu'une flamme continue qui éclaire les herbes de l'intérieur.

Sa mission varie peu d'une région à l'autre : il protège les champs et les forêts contre ceux qui y mettent le feu. La tradition du Rio Grande do Sul en fait le châtiment attitré des incendiaires : le boitatá les poursuit, se change parfois en tronc enflammé posé en travers de leur route, et les brûle de la brûlure qu'ils destinaient à la terre. À l'inverse, il laisse passer le voyageur honnête, quitte à lui faire la peur de sa vie.

Une légende gaúcha raconte son origine : lors d'un long déluge, un grand serpent sortit de sa grotte et se mit à dévorer les yeux des animaux noyés ; gorgé de toute cette lumière avalée, son corps se remplit de feu. C'est cette lumière volée aux regards morts qui court encore les champs, cherchant à qui demander des comptes.

Origines et histoire

Le boitatá partage avec le curupira le privilège d'un acte de naissance documentaire. Dans sa lettre de São Vicente du 30 mai 1560, le jésuite José de Anchieta décrit parmi les terreurs nocturnes du pays une apparition qu'il nomme « baetatá », la chose de feu : un rayon luisant qui court la nuit près des plages et des rivières et fond sur les Indiens comme pour les tuer. La croyance précède donc l'écrit, et l'écrit a 465 ans.

Le nom vient des langues tupi-guarani : mboî, le serpent, et tatá, le feu. Les variantes régionales abondent, baitatá, biatatá, batatão, et le grand collecteur du folklore brésilien, le général Couto de Magalhães, range en 1876 le Mboitatá parmi les figures majeures du panthéon populaire, aux côtés du curupira et du saci, dans son livre « O Selvagem ».

Derrière le serpent, les folkloristes voient un phénomène bien réel : les feux follets, ces lueurs de gaz de marais qui flottent au ras du sol les nuits chaudes. Le Brésil en a fait un serpent justicier là où l'Europe en faisait des âmes en peine : même lumière, morale différente.

Variantes et cousins

Le boitatá change de forme en voyageant. À Santa Catarina, il devient un taureau fantastique au front percé d'un œil lumineux ; ailleurs, il n'est qu'une boule de feu errante. Partout, il reste lié au feu qui punit le feu : le brûleur de champs finit brûlé.

Dans le grand bestiaire brésilien, il forme un trio de gardiens avec le curupira, protecteur du gibier et des arbres, et le saci, farceur des fermes : les trois figures que Couto de Magalhães entendait déjà côte à côte dans les campagnes du XIXe siècle. Le mapinguari amazonien, autre colosse défenseur de la forêt, complète la famille dans ce set.

Son cousin français est évident : le feu follet des marais, déjà en jeu, la même lueur nocturne qui égare les promeneurs. La différence est de taille : le follet est un farceur sans programme, le boitatá est un juge. On ne négocie pas avec lui, on se conduit bien.

Dans la culture

Le boitatá est une vedette du folklore scolaire brésilien : chaque 22 août, jour du folklore institué en 1965, il défile dans les écoles avec le saci et le curupira. La littérature jeunesse, la bande dessinée de Mauricio de Sousa et les jeux vidéo brésiliens le convoquent régulièrement, presque toujours dans son rôle de protecteur de la nature.

Ce rôle lui vaut une seconde carrière militante : à l'heure des incendies criminels en Amazonie et dans le Pantanal, le serpent qui châtie les incendiaires est devenu une mascotte naturelle des campagnes de protection de l'environnement. Peu de créatures folkloriques ont vu leur métier d'origine redevenir à ce point d'actualité.

Dans le jeu, le Boitatá gagne en puissance le jour : il est fait de lumière, et plus la lumière règne, plus il est chez lui. Une carte solaire qui veille sur son lieu comme le serpent veille sur les champs : tant qu'il brille, on ne brûle pas.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le boitatá ?

C'est un serpent de feu du folklore brésilien, hérité des traditions tupi : une créature lumineuse qui parcourt les champs la nuit et punit ceux qui allument des incendies. Son nom vient du tupi mboî tatá, « serpent de feu », et sa première description écrite date de 1560, sous la plume du jésuite José de Anchieta.

Le boitatá est-il dangereux ?

Seulement pour les incendiaires, selon la tradition : il protège champs et forêts et s'en prend à ceux qui les brûlent, parfois en se changeant en tronc enflammé sur leur route. Le voyageur honnête en est quitte pour une frayeur. C'est un gardien justicier, pas un prédateur.

Quelle est l'explication rationnelle du boitatá ?

Les folkloristes y voient la mise en récit des feux follets : des lueurs de gaz issus de la décomposition, qui flottent la nuit au ras des zones humides. Là où l'Europe y voyait des âmes en peine, le Brésil en a fait un serpent gardien des champs.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipedia (EN) : Boitatá
  2. José de Anchieta, « Cartas, informações, fragmentos históricos e sermões » (éd. 1933) : la lettre de São Vicente de 1560 et le « baetatá », sur Internet Archive
  3. Couto de Magalhães, « O Selvagem » (1876), sur Internet Archive

Boitatá dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Boitatá y coûte 2 chandelles pour 3 de puissance, avec cette capacité : « +1 par carte ennemie de ce lieu (il fond sur ceux qui entrent dans ses champs). » La carte grandirait à mesure que son lieu se remplit d'adversaires : le boitatá ne patrouille pas, il attend au ras des herbes, et c'est l'arrivée de ceux qui viennent brûler les champs qui met le serpent de feu en mouvement.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 3 : Boitatá frappe plus fort que 33 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Boitatá : Alp, Anguana, Boggart, Croque-mitaine, Dame BlancheBoitatá