Le Belsnickel

Une ou deux semaines avant Noël, dans les fermes allemandes de Pennsylvanie, un coup sec frappé au carreau glaçait les conversations. Sur le porche se tenait un homme englouti sous des fourrures rapiécées, le visage masqué, un fouet dans une main et un sac de noix dans l'autre : le Belsnickel. Venu du Palatinat avec les émigrants du XIXe siècle, ce testeur d'enfants est le plus américain des croquemitaines allemands.
La légende
Le Belsnickel travaille seul. Là où le Knecht Ruprecht escorte saint Nicolas, lui cumule les deux emplois : il porte à la fois la récompense et la punition, le sucre et le fouet. Son nom le dit d'ailleurs très bien : il vient de l'allemand et signifie « Nicolas en fourrure », le saint et sa doublure sombre fondus en un seul personnage débraillé.
Sa visite obéit à un cérémonial précis. Le Belsnickel jette au sol une poignée de noix, de bonbons ou de gâteaux. Les enfants se précipitent, et c'est là que le test commence : celui qui se jette trop goulûment sur les douceurs sent siffler la baguette. Ceux qui savent réciter un verset de la Bible ou une prière reçoivent leur part de bon droit ; les autres repartent avec un avertissement cinglant.
Le plus troublant, racontaient les enfants des communautés pennsylvaniennes, c'est qu'il savait tout : qui avait désobéi, qui avait menti, qui n'avait pas fait ses corvées. Le mystère s'explique aisément, le Belsnickel étant le plus souvent un voisin ou un parent masqué, mais l'effet sur les jeunes auditoires était garanti.
Origines et histoire
Le personnage vient du sud-ouest de l'Allemagne : Palatinat rhénan, Sarre, Odenwald du Bade-Wurtemberg. Quand les émigrants de ces régions, les futurs « Pennsylvania Dutch », traversent l'Atlantique, ils emportent leur croquemitaine dans leurs malles. La coutume est bien implantée en Pennsylvanie au début du XIXe siècle et s'y maintient dans les campagnes bien après que le Santa Claus des villes a conquis le pays.
Les collections du Glencairn Museum et des centres du patrimoine germano-pennsylvanien décrivent son équipement d'époque : masque grotesque, casquette de fourrure d'ours ornée de piquants de porc-épic et de clochettes, sac à dos de colporteur rempli de noix et de biscuits, et l'inévitable baguette, badine ou fouet de charrette. Chaque Belsnickel improvisait son costume avec ce que la ferme offrait, d'où son allure dépenaillée.
La tradition a suivi les migrations allemandes au-delà de la Pennsylvanie : on la retrouve dans certaines communautés d'origine allemande du Brésil, où le personnage a voyagé avec les mêmes malles.
Variantes et cousins
Le Belsnickel est un rameau américain d'un arbre bien européen. Son parent le plus proche reste le Knecht Ruprecht, dont il partage la robe sombre et le questionnaire, à ceci près qu'il a congédié le saint : le Belsnickel n'escorte personne. Le Schmutzli suisse et le Hans Trapp alsacien occupent des niches voisines, chacun avec sa couleur locale, la suie pour l'un, l'armure rouillée pour l'autre.
Le Père Fouettard, déjà présent à la veillée, est son équivalent français le plus lisible : même fouet, même calendrier, même fonction d'épouvantail pédagogique. Et le Krampus alpin représente la version la plus monstrueuse de la famille, cornes et chaînes comprises, là où le Belsnickel reste un homme, certes hirsute, mais un homme.
Sa singularité tient à son autonomie et à son test : aucun autre membre de la famille ne fait passer d'examen de récitation avec des noix jetées au sol en guise d'épreuve de tentation.
Dans la culture
Après un long déclin au XXe siècle, le Belsnickel a connu une résurrection médiatique inattendue grâce à la série The Office : le personnage de Dwight Schrute, fils de fermiers pennsylvaniens, s'y déguise en Belsnickel et impose à ses collègues le verdict rituel, « impish or admirable », espiègle ou admirable. La scène a fait redécouvrir le personnage à toute une génération d'Américains.
Le regain est bien réel : musées de Pennsylvanie, marchés de Noël germano-américains et sociétés d'histoire locale organisent à nouveau des apparitions du Belsnickel, et le cinéma s'en est emparé, jusqu'à en faire un rôle pour Kurt Russell et Goldie Hawn dans The Christmas Chronicles 2. Le vieux voisin masqué des fermes est devenu un marqueur identitaire dont les Pennsylvania Dutch sont fiers.
Dans Crie au loup, le Belsnickel applique sa méthode de toujours : il jauge la situation avant de trancher. Face à un enfant seul et méritant, il récompense généreusement ; face à une pièce bondée, la badine sort du manteau.
Questions fréquentes
Qui est le Belsnickel ?
Un personnage de Noël des communautés allemandes du Palatinat et de Pennsylvanie : un homme vêtu de fourrures rapiécées, souvent masqué, qui visite les maisons une à deux semaines avant Noël. Il récompense de noix et de bonbons les enfants qui savent réciter prière ou verset, et menace les autres de sa badine.
Que signifie le nom Belsnickel ?
Il vient de l'allemand et signifie « Nicolas en fourrure » (de Pelz, la fourrure, et Nickel, diminutif de Nicolas). Le nom résume le personnage : un saint Nicolas qui aurait absorbé son propre père fouettard, cumulant cadeaux et punitions.
Le Belsnickel de The Office est-il fidèle à la tradition ?
Dans les grandes lignes, oui : Dwight Schrute reprend le costume de fourrures, l'irruption bourrue et le jugement des convives, en référence directe à ses racines germano-pennsylvaniennes. La série a beaucoup fait pour ressusciter la notoriété du personnage aux États-Unis.
Le Belsnickel existe-t-il encore ?
Oui : la tradition, déclinante au XXe siècle, connaît un net regain dans les communautés Pennsylvania Dutch. Musées, marchés de Noël et fêtes locales de Pennsylvanie font régulièrement apparaître le Belsnickel, et la coutume survit aussi dans des communautés d'origine allemande du Brésil.
Légendes voisines
Sources
Belsnickel dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Belsnickel y coûte 2 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « À sa révélation, s'il est seul de son côté ici : gagnez 2 points d’Encre (les noix jetées à l'enfant sage). » La carte ne rapporte que s'il arrive seul de son côté : le Belsnickel jette ses noix à l'enfant qui a su rester sage dans son coin, et une pièce trop remplie, dans le Palatinat comme en Pennsylvanie, n'a jamais rien valu de bon à personne.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 2, puissance 2 : Belsnickel frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.