Le Tatzelwurm

Dans les pierriers des Alpes, entre la Bavière, l'Autriche et la Suisse, les bergers ont longtemps raconté une même rencontre : une bête courte et épaisse, comme un serpent qui aurait pris du ventre, avec deux pattes avant griffues et une tête de chat. Elle siffle, elle bondit, et son souffle passe pour mortel. Le Tatzelwurm est peut-être la plus étrange créature du folklore alpin, et la seule dont on a longtemps espéré rapporter la peau.
La légende
Son nom dit ce qu'il est : Tatze, la patte ou la griffe, et Wurm, le vieux mot germanique qui désigne le serpent ou le dragon. Le ver à pattes, donc. Les descriptions convergent sur une longueur modeste, souvent de soixante centimètres à deux mètres selon les témoignages, un corps épais et écailleux, une peau claire, deux pattes antérieures courtes et griffues, parfois quatre membres selon les récits, et cette tête féline qui frappe tous ceux qui prétendent l'avoir vu.
Le folklore autrichien et bavarois lui prête un souffle venimeux, capable de tuer un homme ou de faire tourner le lait. Il siffle, il grogne, il dégage une odeur repoussante. Il bondit, aussi, ce qui lui vaut dans certaines vallées le nom de Springwurm, le ver sauteur. Les bergers l'accusaient des bêtes retrouvées mortes sans blessure apparente.
Il change de nom à chaque vallée, et la liste vaut la description : Stollenwurm, le ver des galeries, en Suisse, du nom des tunnels de roche où il se cache ; Bergstutz, le trapu de la montagne, en Autriche ; Daazelwurm dans les dialectes bavarois ; Arassas dans les Alpes françaises. Une créature aussi précisément nommée par autant de communautés différentes n'est pas une invention de cabinet.
Origines et histoire
Les traces écrites remontent loin. Le naturaliste zurichois Johann Jacob Wagner en fait mention dès la fin du XVIIe siècle, et son compatriote Johann Jakob Scheuchzer, l'un des pères de l'histoire naturelle alpine, en donne des illustrations dans les années 1720 au milieu de ses inventaires de dragons des Alpes, qu'il traitait alors comme des animaux à documenter et non comme des fables.
Le récit le plus souvent cité date de 1779 : un paysan nommé Hans Fuchs aurait croisé deux de ces bêtes et serait mort peu après, de saisissement selon la tradition, après avoir eu le temps de raconter ce qu'il avait vu. Au XIXe siècle, les folkloristes suisses Samuel Studer et Johann Rudolf Wyss collectent des dizaines de témoignages de vallée en vallée. Une dépouille aurait été récupérée en 1828 puis perdue en chemin, ce qui est à peu près le sort de toutes les preuves dans ce genre d'affaire.
Le XXe siècle a produit son lot de nouvelles observations, dont une par un instituteur autrichien en 1929, et surtout une photographie de 1934 montrant une tête sortant d'une souche, aujourd'hui unanimement tenue pour un montage. Les explications proposées ne manquent pas : confusion avec une loutre, avec une salamandre, avec un lézard de grande taille, ou même hypothèse d'un reptile venimeux inconnu de la science européenne, avancée par comparaison avec le monstre de Gila américain. Aucune n'a jamais été étayée par un spécimen. Il faut donc le dire nettement : rien ne prouve l'existence du Tatzelwurm, et ce qui subsiste est un corpus de récits, ce qui est déjà beaucoup.
Variantes et cousins
Dans la Nuit de Walpurgis, le Tatzelwurm partage la montagne avec Rübezahl, maître des monts des Géants, et avec la Habergeiß, chèvre monstrueuse des vallées autrichiennes. Trois façons d'occuper le même relief : l'esprit du temps qu'il fait, la bête de peur enfantine et l'animal introuvable.
La tradition alpine connaît un parent proche, le Haselwurm, le ver du noisetier, serpent blanc dont la chair passait pour donner la connaissance des plantes ou la compréhension du langage animal. La différence est morale : le Haselwurm est une chance, le Tatzelwurm un danger. Les deux vivent dans les mêmes fissures.
À l'échelle du set, la comparaison la plus éclairante est avec les grands dragons voisins, le Smok de Cracovie et le Zmeï Gorynytch : eux ont une histoire, un héros, une fin. Le Tatzelwurm n'a rien de tout cela. Il n'a que des rencontres, brèves, contradictoires, sans conclusion, ce qui le rapproche moins du dragon que du dahu ou du yéti.
Dans la culture
La bête est devenue un emblème touristique discret des Alpes germanophones : sentiers thématiques, enseignes d'auberges, bières locales. Un col routier des Alpes bavaroises porte d'ailleurs le nom de Tatzelwurm, et sa cascade avec lui. La cryptozoologie du XXe siècle l'a régulièrement remis en avant aux côtés du yéti et du monstre du Loch Ness, sans jamais rien produire de tangible.
La carte du jeu joue son terrain plutôt que son mystère : elle gagne en force sur un lieu de montagne. C'est la seule chose que tous les témoignages ont en commun, l'éboulis, la fissure, la pierre chaude, jamais la plaine.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Tatzelwurm ?
Une créature du folklore alpin décrite comme un serpent court et épais doté de deux pattes avant griffues et d'une tête de chat, au souffle réputé venimeux. Son nom signifie littéralement « ver à pattes ». On la signale en Autriche, en Bavière, en Suisse et jusque dans les Alpes françaises et italiennes.
Le Tatzelwurm existe-t-il vraiment ?
Rien ne le prouve. Aucun spécimen n'a jamais été présenté, la photographie de 1934 est tenue pour un faux, et la dépouille prétendument récupérée en 1828 a disparu. Les explications avancées vont de la loutre à la salamandre en passant par un grand lézard, mais le Tatzelwurm reste un ensemble de témoignages, pas un animal documenté.
Depuis quand parle-t-on du Tatzelwurm ?
Les mentions écrites remontent au moins à la fin du XVIIe siècle avec le naturaliste Johann Jacob Wagner, puis aux illustrations de Johann Jakob Scheuchzer dans les années 1720. Un récit de 1779, celui du paysan Hans Fuchs, est resté le plus cité, et les folkloristes suisses du XIXe siècle ont collecté de nombreux témoignages de vallée en vallée.
Légendes voisines
Sources
Tatzelwurm dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Tatzelwurm y coûte 6 chandelles pour 10 de puissance, avec cette capacité : « Sur un lieu de montagne, à sa révélation : -3 à toutes les cartes ennemies d'ici (son haleine empoisonnée). » En altitude seulement, la carte affaiblirait d'un coup tout ce qui lui fait face : le Tatzelwurm ne se rencontre jamais qu'au pierrier, et les bergers ne parlent pas de morsure mais de souffle, un air empoisonné qui prend tout le monde en même temps.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 6, puissance 10 : Tatzelwurm frappe plus fort que 94 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.