Spring-heeled Jack

Spring-heeled Jack, créature du folklore (Londres victorien), illustration

Londres, hiver 1837-1838. Des jeunes femmes racontent qu'un homme en cape les a agressées la nuit : yeux comme des boules de feu, doigts en griffes métalliques, flammes bleues crachées au visage, et des bonds impossibles par-dessus murs et haies pour disparaître. La presse lui trouve un nom : Spring-heeled Jack, « Jack aux talons à ressort ». Pendant près de soixante-dix ans, l'Angleterre victorienne va se raconter son diable bondissant.

La légende

Les premiers récits circulent à l'automne 1837 autour des communs du sud de Londres : une servante, Mary Stevens, se dit agrippée par un être aux mains froides et griffues ; d'autres parlent d'une silhouette qui saute par-dessus les murs des cimetières. En janvier 1838, l'affaire devient officielle : le lord-maire de Londres lit en séance publique une lettre d'un habitant de Peckham dénonçant les « farces » d'un inconnu qui terrorise les faubourgs, et la presse s'embrase. Le Times consacre le surnom en février.

Le dossier a ses deux témoignages canoniques, à neuf jours d'intervalle. Le 19 février 1838, Jane Alsop, dix-huit ans, ouvre à un homme qui se prétend policier et crie qu'on a « attrapé Spring-heeled Jack dans l'allée » : l'individu lui crache des flammes bleues au visage et lui laboure le cou et les bras de griffes qu'elle décrit comme métalliques, avant de s'enfuir. Le 28, Lucy Scales, à Limehouse, est aveuglée par un jet de flamme bleue au détour d'une ruelle. Les journaux de tout le pays reprennent les deux affaires.

Le signalement se fige alors pour des décennies : grand, mince, allure de gentleman, cape sombre, parfois un casque et une combinaison huilée, yeux de braise rouge, et surtout cette détente surhumaine qui lui fait franchir murs, haies et diligences. Jack ne tue pas : il griffe, effraie, et disparaît en trois bonds. C'est un monstre d'apparitions, taillé pour la rumeur.

Origines et histoire

Qui sautait, au juste ? La théorie mondaine du temps accusait de jeunes aristocrates désœuvrés, pariant qu'ils terrifieraient tant de personnes : le principal suspect de la rumeur fut Henry Beresford, marquis de Waterford, noceur irlandais notoirement brutal, présent à Londres au moment des faits. Rien ne fut jamais prouvé contre lui, et les apparitions continuèrent bien après sa mort en 1859. Un certain Thomas Millbank, arrêté après l'affaire Alsop, fut acquitté : il ne savait pas cracher de flammes bleues.

Les historiens lisent aujourd'hui l'affaire comme l'une des premières grandes paniques médiatiques modernes : une rumeur de banlieue amplifiée par une presse en pleine explosion, cristallisée en personnage par un surnom accrocheur, puis entretenue par la fiction à un sou. Les penny dreadfuls, ces feuilletons populaires, firent de « Spring-heeled Jack, the Terror of London » un héros récurrent, tantôt démon, tantôt justicier masqué, brouillant définitivement témoignages et littérature.

Les apparitions rapportées essaimèrent pendant tout le siècle, de l'East Anglia aux Midlands, avec un dernier grand épisode à Liverpool en 1904 : des foules y guettèrent un être bondissant de toit en toit. Puis l'éclairage électrique, la police moderne et le cinéma tarirent la source ; Jack cessa d'apparaître, faute de pénombre où bondir.

Variantes et cousins

Spring-heeled Jack occupe une place à part dans le bestiaire de ce set : c'est la seule créature née à l'époque des journaux, documentée semaine par semaine. Il fait le pont entre le folklore ancien et la légende urbaine moderne : même mécanique que le croque-mitaine ou le Bonhomme Sept-Heures québécois, la peur qui discipline les sorties nocturnes, mais avec coupures de presse à l'appui.

Ses attributs, en revanche, sont de vieilles connaissances : les yeux de braise appartiennent au Black Shuck et à tous les chiens noirs, le souffle de feu aux dragons, l'allure du gentleman diabolique au Diable des veillées, qui joue déjà sa partie au jeu. Jack est un montage de motifs anciens sur châssis victorien.

Sa descendance est immense : le Mothman américain, les rôdeurs bondissants des paniques urbaines du XXe siècle, et tous les personnages masqués insaisissables de la fiction populaire. Les historiens du genre le considèrent comme un ancêtre direct des super-héros et super-vilains de comics : le costume, l'agilité impossible, l'identité inconnue, tout y est dès 1838.

Dans la culture

Jack a eu la carrière éditoriale que sa légende méritait : vedette de penny dreadfuls pendant un demi-siècle, il y est passé du rôle de démon à celui de justicier acrobate, préfiguration étonnante du vengeur masqué. Il n'a jamais quitté depuis la culture populaire britannique : romans steampunk, épisodes de séries, comics et jeux vidéo le ressuscitent régulièrement.

Il est aussi devenu un objet d'étude : les folkloristes et historiens des médias s'en servent comme cas d'école de la panique collective et de la fabrication d'un monstre par la presse, dossier victorien complet avec témoignages, procès et rechutes périodiques. Peu de croque-mitaines offrent une telle traçabilité.

Dans Crie au loup, Jack fait la seule chose qu'on l'ait jamais vu faire : bondir. À chaque fin de tour, il saute vers un autre lieu et sort de l'esquive un peu plus fort, insaisissable comme dans les ruelles de 1838, où il ne restait de lui que des griffures et un rire par-dessus les toits.

Questions fréquentes

Qui était Spring-heeled Jack ?

Un personnage de la panique victorienne : un agresseur nocturne signalé à Londres dès 1837-1838, décrit avec une cape, des yeux de braise, des griffes métalliques, des flammes bleues et des bonds surhumains. Jamais identifié, il est devenu une figure du folklore urbain anglais, signalé jusqu'en 1904 à Liverpool.

Les attaques de Spring-heeled Jack ont-elles vraiment eu lieu ?

Des plaintes réelles existent : la lettre lue par le lord-maire de Londres en janvier 1838, et les témoignages détaillés de Jane Alsop et Lucy Scales en février 1838, largement couverts par la presse. Ce qui reste indémontrable, c'est l'agresseur unique aux capacités surhumaines : les historiens penchent pour un mélange d'agressions réelles, d'imitateurs et de panique médiatique.

Le marquis de Waterford était-il Spring-heeled Jack ?

C'est la théorie d'époque la plus célèbre : Henry Beresford, marquis de Waterford, aristocrate irlandais coutumier des farces brutales, se trouvait à Londres au moment des faits. Rien n'a jamais été prouvé, et les apparitions ont continué bien après sa mort en 1859.

Quand Spring-heeled Jack est-il apparu pour la dernière fois ?

Le dernier grand épisode rapporté date de 1904 à Liverpool, où des foules ont dit voir un être bondir de toit en toit. Après quoi le personnage a émigré définitivement vers la fiction, des penny dreadfuls au steampunk.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia (EN) : Spring-heeled Jack
  2. Discovery UK : Spring Heeled Jack, the terror of Victorian England
  3. OddFeed : The enigma of Spring-heeled Jack

Spring-heeled Jack dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Spring-heeled Jack y coûte 6 chandelles pour 9 de puissance, avec cette capacité : « Il saute vers un autre lieu à chaque fin de tour, et gagne +3. » À la fin de chaque tour, la carte bondit vers un autre lieu et gagne +3 au passage : Jack ne tient pas en place, et chaque esquive réussie grossit sa légende, comme dans les ruelles victoriennes où on ne l'attrapait jamais.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 6, puissance 9 : Spring-heeled Jack frappe plus fort que 90 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Spring-heeled Jack : Louhi, Merlin, Reine des féesSpring-heeled Jack