Le Peuchén

Dans les traditions du sud du Chili, quand une bête du troupeau est retrouvée exsangue sans qu'aucun prédateur connu ait laissé de trace, les anciens prononcent un nom : Peuchén. Ce serpent ailé, capable de changer de forme à volonté, siffle dans la nuit, paralyse ses proies d'un seul regard et les vide de leur sang. Issue des traditions du peuple mapuche puis adoptée par le folklore de Chiloé et de tout le sud chilien, c'est l'une des créatures les plus redoutées du bestiaire austral.
La légende
Le Peuchén, que l'on écrit aussi Piuchén, Pihuychén ou Piguchén selon les régions et les auteurs, n'a pas de forme fixe : c'est même sa définition. Les récits le décrivent le plus souvent comme un grand serpent pourvu d'ailes membraneuses, mais il peut apparaître en oiseau, en poisson, en batracien, en chauve-souris géante, ou en mélange inclassable de tout cela. Certaines descriptions anciennes lui prêtent un corps couvert d'excroissances, de touffes végétales et de cornes torses, comme si la bête poussait autant qu'elle vivait.
Deux armes font sa réputation. Son sifflement d'abord : strident, reconnaissable, il annonce sa présence et glace ceux qui l'entendent. Son regard ensuite : la tradition raconte que croiser les yeux du Peuchén paralyse net, homme ou bête, et que la victime figée n'a plus qu'à attendre. La créature s'approche alors et boit le sang, laissant des animaux vidés que l'on découvre au matin. Les troupeaux sont ses proies ordinaires, mais les récits n'excluent personne.
Le folklore lui prête des signes de passage : des traces rougeâtres sur les troncs des arbres où il se cache, des irritations de peau chez ceux qui ont traversé son territoire. On dit aussi qu'il épargne les animaux blancs. Contre lui, peu de recours : déménager, mettre une rivière entre soi et lui, car il ne traverserait pas volontiers l'eau courante, ou faire appel à une machi, la guérisseuse et autorité spirituelle mapuche, seule capable de conjurer sa présence.
Origines et histoire
Le Peuchén appartient d'abord aux traditions du peuple mapuche, dont le territoire couvre le sud du Chili et de l'Argentine, avant d'avoir été intégré au folklore métis du centre et du sud chiliens et au bestiaire de l'archipel de Chiloé. Le nom vient du mapudungun ; les étymologies proposées évoquent l'idée de dessécher, de vider les gens, programme de la créature. Il faut le dire clairement : le peuple mapuche est une culture vivante, forte aujourd'hui de plus d'un million et demi de personnes, et ses traditions ne sont pas un folklore éteint ; cette fiche décrit la créature telle que les compilations folkloriques chiliennes l'ont transmise, sans prétendre parler au nom de la tradition mapuche elle-même.
Les folkloristes chiliens du début du XXe siècle, au premier rang desquels Julio Vicuña Cifuentes dans ses recueils de la tradition orale (1915), ont documenté la croyance et ses innombrables variantes régionales, du Norte Chico à Chiloé. C'est par ces compilations que le Piuchén est entré dans les anthologies de mythologie chilienne où il figure toujours.
L'explication naturaliste la plus souvent avancée a le mérite de l'évidence : le mot désigne aussi, dans l'usage chilien, la chauve-souris vampire Desmodus rotundus, bien réelle, qui mord effectivement le bétail endormi pour boire son sang. Un animal nocturne, silencieux, qui laisse au matin des bêtes affaiblies et des plaies fines : il n'en faut pas plus pour nourrir un serpent volant. La légende a simplement donné à la petite buveuse de sang la taille de la peur qu'elle inspirait.
Variantes et cousins
Dans ce set, le Peuchén vole dans le même ciel austral que le Chonchón, la tête de sorcier volante, et garde les mêmes parages que l'Imbunche et le Caleuche : le bestiaire du sud chilien est décidément l'un des plus cohérents du monde. La Soucouyant caribéenne partage son régime sanguin et son goût des formes changeantes.
Dans le reste du jeu, ses parents évidents sont les buveurs de sang : le Chupacabra, dont les carcasses de bétail exsangues sont exactement le même point de départ, à un siècle et un continent de distance, et les vampires européens. Côté serpents ailés, la vouivre et le dragon rappellent que l'Europe aussi a fait voler ses reptiles, mais pour garder des trésors : le Peuchén, lui, ne garde rien, il prélève.
Dans la culture
Le Peuchén figure dans toutes les anthologies de mythologie chilienne, les manuels scolaires et les recueils illustrés du pays, et son nom refait surface chaque fois qu'une affaire de bétail mort inexpliquée agite une campagne du sud, parfois en concurrence directe avec son jeune rival importé, le Chupacabra.
Il inspire aussi la création contemporaine chilienne, de la bande dessinée au jeu vidéo, et le tourisme culturel de Chiloé le compte parmi les créatures de son panthéon local. La petite chauve-souris vampire qui lui a peut-être donné naissance continue, elle, de mordre le bétail : la légende et sa cause probable cohabitent toujours sur les mêmes prairies.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Peuchén ?
Une créature des traditions mapuche et du folklore du sud du Chili : un serpent volant capable de changer de forme, qui siffle dans la nuit, paralyse ses proies du regard et boit leur sang. On lui attribue les bêtes de troupeau retrouvées exsangues.
Comment se protéger du Peuchén ?
La tradition rapporte peu de parades : s'éloigner, placer une rivière entre soi et la créature, ou recourir à une machi, la guérisseuse et autorité spirituelle mapuche, seule capable de conjurer sa présence. On dit aussi qu'il épargne les animaux blancs.
Le Peuchén a-t-il une explication naturelle ?
L'hypothèse la plus citée est la chauve-souris vampire Desmodus rotundus, présente au Chili, qui mord réellement le bétail endormi pour boire son sang ; le mot piuchén la désigne d'ailleurs aussi dans l'usage chilien. La légende aurait grandi autour de ce petit animal bien réel.
Peuchén et Chupacabra, est-ce la même créature ?
Non : le Peuchén est documenté dans les traditions mapuche et chiliennes depuis bien avant l'apparition du Chupacabra en 1995 à Porto Rico. Mais les deux légendes partent du même constat, du bétail retrouvé exsangue, et se retrouvent parfois en concurrence dans les campagnes chiliennes d'aujourd'hui.
Légendes voisines
Sources
Peuchén dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Peuchén y coûte 5 chandelles pour 8 de puissance, avec cette capacité : « À sa révélation : la plus forte carte ennemie d'ici tombe à 1 (figée par son regard). » En jeu, le Peuchén userait de son arme légendaire : à sa révélation, son regard fige un ennemi de son lieu et le réduit à presque rien. La proie paralysée ne se défend plus, elle attend.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 5, puissance 8 : Peuchén frappe plus fort que 83 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.