Päivätär

Dans les chants runiques de Finlande, la lumière est un ouvrage de dame : Päivätär, la demoiselle du soleil, file et tisse les fils précieux du jour, pendant que sa sœur Kuutar, demoiselle de la lune, travaille l'or plus pâle des nuits. Les jeunes filles du Kalevala leur demandent leurs parures comme on demande un trousseau : la lumière du Nord se porte.
La légende
Päivätär tire son nom de päivä, le jour, le soleil : elle est la figure féminine de l'astre dans la vieille poésie chantée finnoise, la demoiselle ou la dame du soleil. Les chants la montrent en ouvrière céleste : elle possède l'argent, file et tisse des étoffes de lumière, et façonne des vêtements et des bijoux dont l'éclat n'appartient qu'à elle. Sa sœur et pendant nocturne, Kuutar, règne de la même manière sur l'or de la lune.
Le Kalevala, l'épopée nationale composée par Elias Lönnrot à partir de ces chants, leur donne un rôle touchant : ce sont les marraines de beauté des jeunes filles. La mère d'Aino, l'héroïne malheureuse du quatrième chant, raconte qu'au temps de sa jeunesse elle a entendu Kuutar tisser et Päivätär faire courir sa navette au bord d'un champ, et qu'elle leur a demandé leurs parures : Kuutar lui a donné ses ors, Päivätär ses argents. Elle envoie sa fille chercher dans le grenier les ceintures d'or et les jupes bleues que les deux demoiselles ont tissées.
Ailleurs dans la tradition, on prie Päivätär de donner de ses bijoux et de ses habits aux filles à marier, et les incantations la convoquent aux côtés des autres puissances de la lumière. La déesse ne combat pas, ne punit guère : elle fabrique. C'est une divinité d'atelier, la plus paisible des figures solaires de ce set, et peut-être la plus profonde : chez les Finnois, la lumière n'est pas un char qui passe, c'est un textile qu'on œuvre.
Origines et histoire
Päivätär appartient à la religion finnoise préchrétienne telle que la poésie chantée l'a conservée : un monde de puissances naturelles déclinées au féminin par le suffixe -tar, filles du soleil, de la lune, de l'air ou des flots. Les chercheurs y voient l'influence probable des traditions baltes voisines, où le soleil, Saule, est une grande déesse filandière : la Baltique s'est passé le motif de la lumière filée comme un patron de broderie.
Le tissage céleste est un des motifs les plus anciens et les plus stables de cette poésie : au huitième chant du Kalevala, c'est une autre demoiselle, la fille de Pohjola, qui tisse une étoffe d'or et d'argent, assise sur l'arc-en-ciel, la navette à la main. La vierge qui tisse au ciel a tant marqué l'imaginaire finnois qu'elle a fini par se confondre avec l'arc lui-même : lumière, fil et arc-en-ciel appartiennent au même métier.
La christianisation n'a pas effacé Päivätär : elle l'a rhabillée. Les chercheurs notent que ses fonctions et ses images ont largement glissé vers la Vierge Marie des chants populaires, qui hérite de ses parures et de sa lumière. Sous le voile chrétien, la fileuse du soleil a continué son ouvrage, et les collecteurs du XIXe siècle ont pu recueillir ses fils juste avant qu'ils ne cassent.
Variantes et cousins
Päivätär a une sœur balte évidente : Saule, la grande déesse solaire lituanienne et lettone, mère filandière dont les chansons populaires décrivent les ors. Dans ce set, elle complète le trio des dames du soleil avec Sól, la conductrice nordique poursuivie par les loups, et Amaterasu, la souveraine japonaise sortie de sa grotte : trois solutions au même problème, donner un visage à la lumière. Beaivi, la mère-soleil du peuple sami, éclaire les mêmes latitudes qu'elle.
Sa sœur de métier la plus proche reste Kuutar, la demoiselle de la lune, avec qui elle partage l'atelier céleste. Au jeu, la carte de Mani, la lune nordique, et celle de la Lune rousse lui font face du côté des nuits : la fileuse du jour n'a jamais travaillé seule.
Dans la culture
Le Kalevala, publié par Lönnrot au XIXe siècle, a fait de la poésie chantée finnoise le socle de l'identité culturelle du pays, et Päivätär vit dans ce monument : la traduction française de Léouzon le Duc, dès 1867, a porté ses navettes d'or jusqu'aux lecteurs francophones. L'âge d'or de l'art finlandais, de Gallen-Kallela aux illustrateurs du Kalevala, a donné des visages à tout ce panthéon tissé de lumière.
La fantasy et la musique finlandaises contemporaines la citent volontiers, et son nom orne aujourd'hui aussi bien des poèmes que des marques de design nordique : la demoiselle du soleil est devenue une petite ambassadrice de la lumière boréale. Le jeu lui rend son trône d'été : quand le jour brille, la fileuse est au sommet de son art, et ses fils d'or portent loin.
Questions fréquentes
Qui est Päivätär dans la mythologie finnoise ?
La figure féminine du soleil dans la poésie chantée finnoise et le Kalevala : la « demoiselle du soleil », fileuse et tisserande céleste qui possède l'argent et façonne vêtements et bijoux de lumière. Elle forme un duo avec Kuutar, la demoiselle de la lune, associée à l'or.
Que fait Päivätär dans le Kalevala ?
Elle file et tisse : au chant 4, la mère d'Aino raconte avoir reçu de Kuutar ses parures d'or et de Päivätär ses parures d'argent, et envoie sa fille revêtir les ceintures et les jupes que les deux demoiselles ont tissées. Les jeunes filles la prient traditionnellement de donner de ses bijoux et de ses habits.
Päivätär est-elle liée à la Vierge Marie ?
Par glissement : les chercheurs notent qu'après la christianisation de la Finlande, les images et fonctions de Päivätär ont largement été transférées à la Vierge Marie des chants populaires, qui hérite de sa lumière et de ses parures. C'est un destin fréquent des déesses du Nord.
Légendes voisines
Sources
Päivätär dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Päivätär y coûte 4 chandelles pour 6 de puissance, avec cette capacité : « +3 le jour. » La carte devrait rayonner tant qu'il fait jour : Päivätär est la lumière en personne au travail, et chaque heure de soleil est un fil d'or de plus tissé à son métier, jusqu'à faire d'elle la plus riche demoiselle du ciel d'été.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 4, puissance 6 : Päivätär frappe plus fort que 71 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.