Ông Táo, les génies du foyer

Ông Táo, créature du folklore (Vietnam), illustration

Une semaine avant le Têt, le Nouvel An vietnamien, des millions de familles se pressent au bord des lacs et des rivières pour y relâcher des carpes vivantes. Ces poissons ne sont pas un simple geste de piété : ce sont des montures. Elles emportent au ciel les Ông Táo, les génies du foyer, partis présenter à l'Empereur de Jade leur rapport annuel sur chaque maisonnée du Vietnam.

La légende

Les génies du foyer sont trois, deux hommes et une femme, et leur histoire est un mélodrame que tout le Vietnam connaît. La tradition raconte l'histoire d'une femme, de son premier mari parti au loin, et du second qu'elle épouse en le croyant mort. Le jour où le premier reparaît, mendiant méconnaissable, elle le cache dans une meule de paille ; le second mari y met le feu sans savoir. Plutôt que de laisser l'un ou l'autre porter la faute, chacun des trois se jette dans les flammes par amour et par loyauté.

Touché par tant de fidélité, le Ciel les élève au rang de génies et leur confie ce qu'ils ont défendu au prix de leur vie : le foyer. Selon les versions, ils se partagent la maison, la cuisine et le marché, ou veillent ensemble sur le feu domestique, ce cœur battant des maisons vietnamiennes. Depuis leur autel au-dessus du fourneau, ils voient tout : les disputes, les générosités, les mesquineries et les réconciliations de l'année.

Le 23e jour du douzième mois lunaire, ils quittent la terre pour le palais céleste. Là-haut, ils déroulent devant l'Empereur de Jade le compte rendu fidèle de chaque famille, qui pèsera sur la fortune de l'année à venir. Leur monture est une carpe : seule créature capable, dit la légende, de franchir la Porte du Dragon et de se transformer en dragon pour porter des génies jusqu'au ciel.

Origines et histoire

Le culte des Táo quân est la version vietnamienne d'une figure présente dans toute l'aire culturelle chinoise : le dieu du foyer, ce fonctionnaire céleste logé dans la cuisine qui rapporte annuellement la conduite des familles. La Chine raconte de son côté l'histoire de Trương Lang, mari indigne qui finit par se jeter dans le fourneau de honte, et que le Ciel nomme pourtant dieu du foyer.

Le Vietnam a fait sienne cette figure en la triplant : le trio des Ông Táo, né du récit des deux maris et de l'épouse, est propre à la tradition vietnamienne, où il s'articule aux cultes de Thổ Công, Thổ Địa et Thổ Kỳ, les génies de la maison, de la terre et du marché. Les lettrés y voient une leçon confucéenne sur la loyauté, le peuple une explication tendre du foyer à trois pierres des cuisines d'autrefois.

Le rituel du 23e jour du douzième mois est attesté de longue date et toujours extraordinairement vivant : on nettoie l'autel, on offre fruits, xôi (riz gluant) et papiers votifs, dont les fameux bonnets ailés et bottes de papier doré que l'on brûle pour équiper les génies avant le voyage. Détail malicieux de la tradition : on n'offre pas de pantalon aux Ông Táo, souvenir de leur mort dans les flammes.

Variantes et cousins

Du nord au sud du Vietnam, le rituel varie : à Hanoï, on relâche trois carpes vivantes dans les lacs avant midi le 23e jour ; dans le sud, beaucoup de familles attendent le soir, une fois la dernière cuisine de l'année achevée, et certaines remplacent le fourneau à cette occasion. Les offrandes votives ont suivi leur époque, et l'on voit désormais brûler des maisons, des téléphones et des voitures de papier.

La famille est vaste : le Zao Jun chinois, dieu du foyer à qui l'on enduit parfois les lèvres de sucre pour adoucir son rapport, est le cousin direct. Plus loin à l'ouest, le domovoï russe, déjà présent dans le jeu, veille lui aussi derrière le poêle, mais lui ne fait de rapport à personne : c'est un esprit domestique, pas un fonctionnaire céleste.

Dans ce set du Nouvel An lunaire, les Ông Táo voyagent en bonne compagnie : le Nian, monstre que l'on chasse à grand bruit au réveillon chinois, et Chang'e, la Dame de la lune que l'on fête aux lanternes, balisent comme eux le calendrier des fêtes d'Asie de l'Est. Le qilin, présage de paix, complète ce cortège céleste.

Dans la culture

Le jour des Ông Táo reste l'un des rendez-vous les plus visibles de l'année vietnamienne : marchés couverts de carpes rouges dans des sacs d'eau, quais noirs de monde, familles entières venues relâcher les poissons. Les associations écologistes accompagnent désormais le rituel, rappelant chaque année de libérer les carpes sans jeter les sacs plastiques dans les lacs.

À la télévision, le programme satirique Táo quân, rendez-vous de chaque veille de Têt, met en scène les génies du foyer venant présenter à l'Empereur de Jade le bilan, féroce et hilarant, de l'année du pays tout entier : embouteillages, scandales, prix du riz. Preuve que le rapport céleste est devenu un genre comique national.

Dans Crie au loup, les Ông Táo font ce qu'ils ont toujours fait : à leur révélation, ils vous font piocher une carte. Le rapport remonte au ciel, et la réponse redescend dans votre main.

Questions fréquentes

Qui sont les Ông Táo dans la tradition vietnamienne ?

Ce sont les trois génies du foyer, deux hommes et une femme, morts dans les flammes par loyauté l'un envers l'autre et élevés par le Ciel au rang de protecteurs de la maison. Depuis la cuisine, ils observent la vie de la famille toute l'année et en font rapport à l'Empereur de Jade.

Pourquoi relâche-t-on des carpes avant le Têt ?

Le 23e jour du douzième mois lunaire, les Ông Táo remontent au ciel présenter leur rapport annuel. Leur monture est une carpe, seule créature capable selon la légende de se changer en dragon. Relâcher des carpes vivantes dans les lacs et les rivières, c'est leur fournir leur attelage céleste, et dire adieu aux malheurs de l'année écoulée.

Que met-on sur l'autel des génies du foyer ?

Des fruits, du riz gluant, de l'encens, des fleurs et des papiers votifs que l'on brûle : bonnets ailés, tuniques et bottes de papier doré pour équiper les trois génies avant leur voyage. La tradition veut qu'on ne leur offre pas de pantalon, souvenir de leur mort dans le feu.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia (VI) : Táo quân
  2. Saigoneer : The Story of Ông Táo, the Kitchen God Who Rides a Carp to Heaven
  3. VietnamPlus : Carp release ritual on Kitchen Gods' worshipping day

Ông Táo dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Ông Táo y coûte 1 chandelle pour 1 de puissance, avec cette capacité : « À sa révélation, s'ils ne sont pas seuls ici : piochez 1 carte (le rapport monte au ciel, la réponse redescend). » La carte traduit l'aller-retour céleste des génies : à leur révélation, le rapport monte au ciel et la réponse vous revient, sous la forme d'une carte piochée.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 1 : Ông Táo frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Ông Táo : Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, FarfadetÔng Táo