Le Marcou

Dans le Berry et l'Orléanais d'autrefois, quand une femme mettait au monde un septième fils sans qu'aucune fille ne vienne rompre la série, le village savait ce qu'il tenait : un marcou. Cet enfant-là porterait quelque part sur le corps une fleur de lys naturelle, et de ses mains sortirait un don que la médecine des champs ne s'expliquait pas. Le marcou n'est pas une créature : c'est un voisin. Et c'est peut-être ce qui rend la croyance si fascinante.
La légende
La règle est d'une précision presque juridique : il faut être le septième garçon consécutif, né d'un mariage légitime, sans aucune fille intercalée. Alors, dit la tradition, l'enfant naît guérisseur. On raconte qu'il porte imprimée sur la peau une fleur de lys, la marque des rois, et qu'il guérit par le simple geste du toucher, parfois en soufflant sur le mal, parfois en faisant toucher sa marque au malade.
Le marcou soigne surtout les écrouelles, ces infections des ganglions du cou qui défiguraient et qu'on appelait « le mal royal ». Les malades venaient parfois de loin, et certains récits font de la nuit du Vendredi saint le moment le plus propice à la guérison. Chaque village du Gâtinais, disait-on, avait son marcou, et l'Orléanais en était particulièrement pourvu.
Le parallèle avec les rois de France est le cœur de la légende : eux aussi guérissaient les écrouelles par le toucher, lors du rituel du sacre. Le marcou, c'est le roi thaumaturge du pauvre : même mal, même geste, même fleur de lys, mais dans une ferme du Berry plutôt qu'à Reims.
Origines et histoire
Le nom vient de saint Marcoul, un moine normand du VIe siècle dont le culte fut très tôt associé à la guérison des écrouelles. Après leur sacre, les rois de France allaient d'ailleurs en pèlerinage à Corbeny, où reposaient ses reliques, avant de toucher les malades en prononçant la formule fameuse : « Le roi te touche, Dieu te guérit ». Sous Louis XIII, les registres comptent des centaines de malades touchés en une seule cérémonie.
Le glissement est savoureux : rien, dans les vies anciennes de saint Marcoul, ne parle d'un don transmis par le rang de naissance. C'est la piété populaire qui a fabriqué le raccourci, en fondant ensemble le saint des écrouelles, le prestige du toucher royal et la vieille arithmétique magique du chiffre sept. Le septième fils guérisseur existe dans bien d'autres traditions d'Europe ; en pays de Loire et en Berry, il a simplement pris le nom du saint qu'il concurrençait.
L'Église, elle, n'a jamais su sur quel pied danser : des curés recommandaient leur marcou de paroisse, d'autres dénonçaient une superstition. La croyance a tenu bon jusqu'au XIXe siècle au moins, et les érudits locaux du Blésois rapportent que des anciens se souvenaient encore, il n'y a pas si longtemps, d'hommes réputés avoir le don.
Variantes et cousins
Le marcou est la version lumineuse d'un motif que le folklore français décline aussi en noir : ailleurs, le septième enfant naît maudit plutôt que guérisseur. Le lébérou du Périgord et la garache de Vendée, ses voisins dans ce set, montrent l'autre face de la pièce : des humains ordinaires qu'une faute ou un sort condamne à courir les nuits sous une peau de bête. Naître marqué, dans les campagnes, pouvait faire de vous un saint homme ou un damné.
Il faut aussi le rapprocher du meneur de loups, cet autre détenteur d'un pouvoir que le village regarde avec un mélange de crainte et de respect : le marcou répare les corps, le meneur commande aux bêtes, et tous deux vivent à la frontière trouble entre le don de Dieu et le secret défendu. Quant au marcou au sens de « matou », que le mot désigne aussi dans certaines régions, il rappelle que les mots du folklore aiment les doubles vies.
Dans la culture
C'est Victor Hugo qui a offert au marcou sa plus belle page. Dans Les Travailleurs de la mer, il explique doctement que « le marcou a une fleur de lys naturelle empreinte sur une partie quelconque du corps, ce qui fait qu'il guérit les écrouelles aussi bien que les rois de France », évoque un tonnelier de l'Orléanais devenu célèbre sous le nom de Beau Marcou, et prête à son héros Gilliatt cette réputation embarrassante : les voisines juraient avoir vu la marque, mais Gilliatt refusait obstinément de guérir qui que ce soit.
La figure a moins de statues que les dragons et moins de festivals que les loups-garous : c'est le destin des légendes discrètes, celles qui parlent de dons plutôt que de monstres. Mais elle intéresse toujours historiens et ethnologues, car elle documente à hauteur de village l'une des croyances les plus politiques de l'ancienne France : l'idée que le pouvoir de guérir s'hérite par le sang et se lit sur la peau. Quand la royauté thaumaturge s'est éteinte, ses petits cousins de campagne lui ont survécu de plusieurs générations.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un marcou ?
Dans le folklore du Berry, de l'Orléanais et du Gâtinais, le marcou est le septième fils consécutif d'une famille sans fille intercalée. La tradition lui prête une fleur de lys naturelle sur le corps et le don de guérir par le toucher, en particulier les écrouelles.
D'où vient le nom de marcou ?
De saint Marcoul, moine normand du VIe siècle invoqué contre les écrouelles. Les rois de France se rendaient à Corbeny, où reposaient ses reliques, avant de toucher les malades. La croyance populaire a fondu le saint, le toucher royal et la magie du chiffre sept en un seul personnage.
Les rois de France guérissaient-ils vraiment par le toucher ?
Le rituel a bel et bien existé : après le sacre, le roi touchait les malades des écrouelles en disant « Le roi te touche, Dieu te guérit ». Sous Louis XIII, les registres mentionnent des centaines de malades touchés lors d'une cérémonie. L'efficacité, elle, relevait de la foi.
Le marcou apparaît-il en littérature ?
Oui : Victor Hugo décrit longuement la croyance dans Les Travailleurs de la mer, où son héros Gilliatt passe pour un marcou auprès des gens du pays parce qu'on croit avoir vu sur lui la fleur de lys.
Légendes voisines
Sources
Marcou dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Marcou y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Vos CHASSEURS de ce lieu ne peuvent pas être détruits (le toucher qui guérit). » La carte mettrait vos chasseurs de son lieu à l'abri de la destruction : le marcou ne frappe personne, c'est un voisin dont on disait que les mains guérissaient. Là où il se tient, on ne meurt pas de ce qui aurait dû emporter les autres.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 1, puissance 2 : Marcou frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.