Le Lébérou

Lébérou, créature du folklore (Périgord), illustration

En Périgord, certains hommes ne dorment jamais dans leur lit. La nuit venue, ils gagnent une fontaine, se couvrent d'une peau de bête, et le lébérou s'élance : sept paroisses à traverser, sept clochers à passer avant l'aube, à quatre pattes par les chemins de crête. Malheur au promeneur attardé qui croise sa route : le maudit lui saute sur le dos et se fait porter. Le lébérou est le garou périgourdin, et il court encore, au moins dans les veillées.

La légende

Le lébérou n'est pas né monstre : c'est un homme frappé de malédiction pour ses fautes. Chaque soir, raconte la tradition périgourdine, il quitte sa maison, gagne une fontaine où s'opère la transformation, et se couvre d'une peau de bête : lièvre, renard, loup ou mouton selon les récits. Le voilà mi-homme mi-bête, condamné à un pensum très précis : parcourir sept paroisses dans la nuit et passer sous sept clochers, à quatre pattes, pour expier.

Sa rencontre est redoutée pour une raison simple : le lébérou saute sur le dos. Le passant attardé sent soudain un poids sur ses épaules, des griffes à son cou, et doit porter le maudit sur des lieues, jusqu'à l'épuisement ou jusqu'au premier coq. On lui prête aussi, version plus gaillarde, l'habitude d'embrasser les filles surprises dehors à la nuit : de quoi tenir la jeunesse au logis mieux qu'aucun couvre-feu.

Le jour, le lébérou redevient un voisin ordinaire, bon père et bon chrétien, que rien ne distingue. Rien, sauf un détail que les anciens se transmettaient avec un sérieux de douaniers : le lébérou serre la main la paume tournée vers le bas. À bon entendeur, dans les foires.

Origines et histoire

Le lébérou appartient au fonds occitan du Périgord : son nom, qu'on rattache au loup ou au lièvre selon les étymologies, a donné des expressions toujours vivantes comme « cort coma un leberon », il court comme un lébérou. La malédiction qui le frappe reprend le vieux schéma pénitentiel des garous français : une faute, une transformation, un circuit expiatoire chiffré, ici les sept paroisses et les sept clochers, le chiffre sept faisant son office habituel de compteur magique.

Les récits précisent la mécanique de la délivrance et de la contagion, avec des variantes selon les conteurs : si le maudit ne boucle pas son circuit avant le lever du soleil, ou si le porteur parvient à le blesser jusqu'au sang, le sort peut se dénouer ou se transmettre. Dans certaines versions, celui qui a porté le lébérou risque de devenir le suivant : la malédiction circule comme une dette de village.

Les collecteurs du folklore périgourdin, et après eux les revues et sites de pays, ont abondamment documenté la figure, qui reste l'une des plus populaires du légendaire de Dordogne. Sa parenté est clairement établie avec le tac de Gascogne et la ganipote des Charentes : trois noms pour une même angoisse du Sud-Ouest, l'homme qui n'est plus tout à fait un homme après le coucher du soleil.

Variantes et cousins

Dans ce set, le lébérou court en famille : la garache de Vendée est sa sœur maudite, femme changée en louve pour ses péchés et soumise au même barème des sept paroisses ; la ganipote saintongeaise partage son goût des épaules d'autrui, avec la métamorphose en prime. Tous trois déclinent le loup-garou français, déjà dans le jeu, sur le mode pénitentiel : pas de contagion par morsure à l'américaine ici, mais une faute morale qui se purge en kilomètres.

Le meneur de loups, autre carte du set, complète le tableau en inversant les rôles : lui commande aux bêtes au lieu d'en devenir une. Et il faut noter ce qui distingue le lébérou de la Bête du Gévaudan et des dévoreuses historiques : le lébérou ne tue pas. Il pèse, il épuise, il embrasse sans permission, mais son affaire est l'expiation, pas le carnage. C'est un damné en course, pas un prédateur.

Dans la culture

Le lébérou est aujourd'hui l'une des créatures les plus choyées du Périgord. Chaque mois de novembre, le festival Le Lébérou réunit les conteurs dans la vallée de la Vézère pour des semaines de récits : près de trois décennies d'éditions en font l'un des rendez-vous de conte les plus anciens de la région. Les offices de tourisme de Dordogne racontent sa légende aux visiteurs, entre deux grottes ornées.

Les sites de patrimoine locaux entretiennent sa mémoire avec un mélange de tendresse et d'humour, rappelant que les lébérous se font rares mais qu'on n'est jamais tout à fait sûr, et la radio locale l'associe volontiers au coulobre, l'autre monstre du pays, pour raconter comment les paysages périgourdins fabriquent leurs légendes. Le maudit aux sept clochers est devenu, ironie du sort, un excellent ambassadeur : lui qui devait fuir les regards fait désormais courir les foules.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le lébérou ?

C'est le garou du folklore périgourdin : un homme maudit pour ses fautes qui, chaque nuit, se couvre d'une peau de bête près d'une fontaine et doit traverser sept paroisses en passant sous sept clochers avant l'aube. Le jour, il redevient un habitant ordinaire.

Que fait le lébérou aux passants ?

Il saute sur le dos des promeneurs attardés et se fait porter, pesant de tout son poids, parfois sur des lieues. La tradition lui prête aussi l'habitude d'embrasser les jeunes filles surprises dehors la nuit : autant de bonnes raisons de rentrer avant le noir.

Comment reconnaître un lébérou le jour ?

Un détail trahirait le maudit sous son apparence ordinaire : il serre la main la paume tournée vers le bas. C'est le genre de signe distinctif dont les veillées faisaient leurs délices.

Quelle différence entre lébérou et loup-garou ?

Le lébérou est un garou pénitentiel : il ne tue pas, il expie. Sa transformation vient d'une malédiction liée à ses fautes, et sa nuit est un parcours imposé de sept paroisses. Il est apparenté au tac gascon et à la ganipote charentaise plus qu'au loup-garou sanguinaire.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Lébérou
  2. Esprit de Pays : Le Lébérou, qu'es aquò ?
  3. Dordogne Périgord Tourisme : Festival Le Lébérou

Lébérou dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Lébérou y coûte 3 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « La nuit, à la fin du tour : sept paroisses à traverser — il prend 1 puissance à la plus forte carte ennemie d'un AUTRE lieu. » Chaque nuit, la carte use un peu la plus forte carte ennemie d'un AUTRE lieu : le lébérou ne chasse pas chez lui, il a sept paroisses à traverser avant l'aube, et c'est au promeneur attardé rencontré en chemin qu'il saute sur le dos.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 4 : Lébérou frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Lébérou : Áine, Alkonost, Ammit, Baku, BarbegaziLébérou