Louhi

Tout au nord du monde finnois, au-delà des dernières fermes, commence Pohjola, le pays du Nord. Il a une maîtresse, et c'est la figure la plus redoutable du Kalevala : Louhi, vieille femme, magicienne, mère de filles convoitées, gardienne d'un moulin qui produit la richesse. Quand on lui a volé ce moulin, elle s'est changée en aigle, et quand cela n'a pas suffi, elle a décroché le soleil et la lune.
La légende
Dans l'épopée finlandaise, Louhi est la Pohjolan emäntä, la maîtresse de maison de Pohjola. Ce n'est pas une reine au sens royal : c'est une chef de domaine, qui reçoit, négocie, impose des épreuves et tient les comptes. Son pouvoir tient à deux choses, ses filles réputées les plus belles du monde connu, et le Sampo, un objet fabriqué par le forgeron Ilmarinen qui produit sans fin farine, sel et or.
Le Sampo est le cœur du récit. Louhi l'obtient comme prix de la main de sa fille et l'enferme derrière neuf serrures dans la montagne de pierre. Les héros du Kalevala, Väinämöinen le chanteur, Ilmarinen le forgeron et Lemminkäinen le téméraire, montent une expédition pour le lui reprendre. Ils y parviennent, Väinämöinen endormant la maisonnée par son chant, mais la fuite tourne mal.
C'est là qu'intervient la scène la plus célèbre de l'épopée. Louhi se transforme en aigle gigantesque, embarque une troupe d'hommes armés sur ses ailes et fond sur le bateau des voleurs. Dans la bataille, le Sampo tombe à la mer et se brise ; ses éclats échouent sur les rivages et font, dit le poème, la prospérité de la Finlande. Furieuse d'avoir tout perdu, Louhi dérobe alors le soleil et la lune, les enferme dans la colline de pierre de Pohjola et lâche neuf maladies sur le monde. Elle ne les rend que sous la contrainte.
Origines et histoire
Le Kalevala n'est pas un texte ancien au sens habituel : c'est une composition d'Elias Lönnrot, médecin de campagne et collecteur, qui parcourut la Carélie et l'Est finlandais pour recueillir des chants oraux, publia une première version en 1835 et la version définitive en 1849. Louhi est donc une figure de la poésie orale finno-carélienne, mais sa forme actuelle, cohérente et suivie d'un chant à l'autre, doit beaucoup au travail de montage de Lönnrot.
Dans les runes collectées, le personnage est plus flou et plus intéressant. Il apparaît d'abord comme une jeune femme de Pohjola qui refusait tout mari, fécondée selon les versions par le vent ou par un géant marin, et qui mit au monde les neuf maladies. Ses noms varient, Loviatar, Loveatar, Lovehetar, tous rattachés au mot lovi, la fente, la fissure. L'expression finnoise langer loveen, tomber dans la fente, désigne la transe chamanique : le nom même de la maîtresse du Nord garde la trace d'une pratique de voyage entre les mondes.
Lönnrot a choisi de séparer ce faisceau en deux personnages distincts : Louhi, souveraine et adversaire politique des héros, et Loviatar, fille aveugle de Tuoni, le mort, mère des maladies. Cette scission a clarifié le récit et créé du même coup l'opposition morale nette entre le Nord et le pays de Kalevala.
Il faut ajouter que Louhi n'est pas un pur repoussoir, et les commentateurs finlandais le rappellent volontiers. Elle défend son domaine, ses filles et ses biens contre des hommes venus les lui prendre. Vue depuis Pohjola, l'expédition héroïque du Sampo est un cambriolage.
Variantes et cousins
Dans le Grand Gel, Louhi voisine avec Hræsvelg, le géant nordique en forme d'aigle dont les battements d'ailes font le vent : deux souverains du froid qui prennent la forme du même oiseau. Le Stállo sami, ogre lourdaud des toundras, et Morozko, le gel russe qui éprouve les voyageurs, complètent le cercle des maîtres de l'hiver.
Fenrir, le loup enchaîné de la mythologie scandinave, tient l'autre bout du set : là où Louhi confisque la lumière, lui la dévore à la fin des temps. Le motif du soleil volé et enfermé est répandu dans tout le Nord et bien au-delà, du Corbeau qui libère la lumière chez les peuples de la côte nord-ouest américaine aux récits sibériens de l'astre récupéré.
Sur le plan des rôles, la cousine la plus évidente est la Baba Yaga slave : une vieille femme puissante qui vit au bord du monde, qui n'est ni bonne ni mauvaise, et à qui les héros doivent arracher ce dont ils ont besoin. Dans les deux cas, la vieille dame est la porte du récit.
Dans la culture
Louhi est indissociable des grandes toiles d'Akseli Gallen-Kallela, en particulier La Défense du Sampo, où l'aigle monstrueux fond sur le bateau des héros. Ces peintures, contemporaines du réveil national finlandais, ont autant fait pour la mémoire du Kalevala que le texte lui-même. Sibelius y a puisé sa musique, et le personnage a depuis nourri la fantasy, le metal finlandais et le jeu vidéo.
La carte du jeu retient un geste, le plus caractéristique : à son arrivée, elle enferme la lune et n'en laisse qu'un quart. C'est exactement ce que fait la maîtresse de Pohjola quand elle a perdu son moulin, elle prive le monde de sa lumière plutôt que de céder.
Questions fréquentes
Qui est Louhi dans le Kalevala ?
La maîtresse de Pohjola, le pays du Nord, principale adversaire des héros de l'épopée finlandaise. Magicienne et cheffe de domaine, elle possède le Sampo, un moulin magique qui produit farine, sel et or, et ses filles sont l'enjeu des épreuves imposées aux prétendants.
Pourquoi Louhi a-t-elle volé le soleil et la lune ?
Par représailles. Après que les héros lui eurent dérobé le Sampo et que celui-ci se fut brisé en mer, Louhi enferma le soleil et la lune dans la colline de pierre de Pohjola et lâcha neuf maladies sur le monde. Elle ne les libéra que sous la contrainte.
Le Kalevala est-il un texte ancien ?
Le Kalevala a été composé par Elias Lönnrot à partir de chants oraux finno-caréliens qu'il a collectés lui-même, avec une première édition en 1835 et la version définitive en 1849. Les matériaux sont donc traditionnels, mais l'agencement du récit et la cohérence du personnage de Louhi relèvent du travail de Lönnrot.
Légendes voisines
Sources
Louhi dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Louhi y coûte 6 chandelles pour 9 de puissance, avec cette capacité : « Elle enferme la lune : toutes les nuits qui restent perdent deux quartiers. » En arrivant, la carte vide la main adverse de deux cartes : c'est le geste même de la maîtresse de Pohjola quand on lui a pris son moulin, décrocher ce que les autres possédaient et l'enfermer derrière neuf serrures plutôt que de laisser le monde en profiter.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 6, puissance 9 : Louhi frappe plus fort que 90 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.