Le Jiangshi

Jiangshi, créature du folklore (Chine), illustration

Sur les routes nocturnes de la Chine des récits, on croise parfois une silhouette qui progresse par bonds, bras tendus, raide comme une planche : un jiangshi, littéralement « cadavre rigide ». Vêtu d'une robe de mandarin de la dynastie Qing, un talisman de papier jaune collé au front, ce mort mal mort ne cherche pas le sang, mais le qi, le souffle vital des vivants.

La légende

La tradition chinoise explique le jiangshi par sa théorie de l'âme : chaque personne abrite des âmes spirituelles (hun) et des âmes corporelles (po). Quand la mort ne les libère pas toutes, quand un enterrement est bâclé, différé ou troublé, les forces corporelles peuvent rester accrochées au cadavre et le remettre debout. Le corps, raidi par la mort, ne peut plus plier ni genoux ni coudes : d'où cette démarche fameuse, bras tendus, sauts à pieds joints.

Le jiangshi chasse à l'aveugle : les récits le disent incapable de voir, mais terriblement sensible au souffle. Retenir sa respiration à son passage est le premier des gestes de survie. Les autres relèvent de la pharmacopée rituelle : riz gluant qui aspire la corruption, miroir qui lui renvoie son reflet insupportable, bois de pêcher, cri du coq qui annonce l'aube, et le talisman fu du prêtre taoïste, collé au front, qui fige la créature sur place.

Le folklore lui prête une origine étonnamment administrative : le « transport des cadavres » du Xiangxi, dans le Hunan. Les familles pauvres dont un parent mourait loin de chez lui payaient des prêtres taoïstes pour rapatrier le corps vers la tombe ancestrale. La tradition raconte que ces convoyeurs faisaient « marcher » les morts en file, animés par leurs talismans ; les historiens décrivent plus prosaïquement des cadavres liés à des perches de bambou portées par deux hommes, dont la flexion donnait, de loin, l'illusion de morts sautillant en cadence.

Origines et histoire

Les récits de cadavres animés abondent dans les recueils de la dynastie Qing, où les lettrés collectionnaient les histoires étranges : le jiangshi y apparaît en prédateur nocturne des auberges et des villages, bien avant son costume de cinéma. Le sinologue J.J.M. de Groot, qui documenta ces croyances à la fin du XIXe siècle, y voyait la rencontre de l'horreur instinctive des cadavres et des angoisses liées aux enterrements différés.

Sa panoplie moderne, robe de cour Qing, chapeau à bouton, teint verdâtre, s'est fixée tardivement : un mort enterré dans ses habits de cérémonie ressort vêtu d'une autre époque, et le choix de la dynastie mandchoue, dernière dynastie impériale, doit autant à la chronologie qu'à une pointe de satire politique que le cinéma de Hong Kong n'a pas boudée.

Car c'est bien le cinéma qui a mondialisé la créature : Mr. Vampire, comédie horrifique hongkongaise de 1985 portée par Lam Ching-ying en prêtre taoïste à l'unibrow légendaire, a engendré des dizaines de suites et d'imitations. Le film a codifié pour toujours les règles du jeu : talismans, riz gluant, souffle retenu, et ces bonds raides devenus une chorégraphie comique et terrifiante à la fois.

Variantes et cousins

Le jiangshi des textes anciens est plus varié que celui des films : certains volent, d'autres courent, les plus anciens sont couverts de poils blancs ou verts, que la tradition attribue aux moisissures du tombeau. Sa dangerosité croît avec l'âge du cadavre : le mort frais titube, le cadavre séculaire devient un fléau qu'il faut brûler pour s'en défaire.

Dans la famille des morts qui marchent, il occupe une place singulière : ni zombie décérébré ni vampire séducteur, c'est un mort réglementaire, produit d'un rite funéraire raté, que l'on neutralise par la liturgie plus que par le pieu. Le strigoï roumain et le nosferatu, déjà dans le jeu, boivent le sang ; lui aspire le souffle, nuance très chinoise où la vie est énergie avant d'être liquide.

Dans ce set, il partage la nuit avec le Nian, autre terreur calendaire que l'on repousse par des moyens codifiés, et la húlijīng, prédatrice autrement plus subtile. Les amateurs de morts tenaces le rapprocheront aussi de la goule des sables, pilleuse de tombes comme lui est produit des tombes.

Dans la culture

Après l'âge d'or hongkongais des années 1980 et 1990, le jiangshi a essaimé partout : jeux vidéo, dessins animés, jouets, costumes de fête. Sa silhouette à talisman est devenue l'un des monstres les plus reconnaissables d'Asie, l'équivalent extrême-oriental du vampire à cape occidental, avec cette touche burlesque que lui donne sa démarche impossible.

Le personnage a aussi ses lettres de noblesse savantes : les folkloristes et historiens du funéraire chinois s'appuient sur lui pour raconter le rapport de la Chine classique à ses morts, l'importance vitale de l'enterrement au pays natal et le rôle des prêtres taoïstes dans la police des frontières entre vivants et défunts.

Dans Crie au loup, le Jiangshi respecte sa mécanique légendaire : impossible de le déplacer comme les autres, mais à la fin de chaque tour, il bondit d'un lieu. Un adversaire raide, prévisible et pourtant toujours plus près : exactement ce que racontaient les veillées chinoises.

Questions fréquentes

Pourquoi le jiangshi sautille-t-il au lieu de marcher ?

Parce que c'est un cadavre raidi par la mort : ses articulations ne plient plus, il avance donc bras tendus, pieds joints, par bonds successifs. L'image viendrait aussi du « transport des cadavres » du Xiangxi, où les corps liés à des perches de bambou semblaient, de loin, sauter en cadence.

Comment se protège-t-on d'un jiangshi ?

La tradition recense tout un arsenal : retenir son souffle (il chasse le qi et sent la respiration), le riz gluant, le miroir, le bois de pêcher, le cri du coq qui annonce l'aube, et surtout le talisman fu du prêtre taoïste, collé sur son front pour le figer.

Pourquoi le jiangshi porte-t-il une robe de mandarin Qing ?

Le costume s'est fixé avec l'imagerie moderne et le cinéma de Hong Kong : un mort enterré dans ses habits de cérémonie ressort vêtu de la dernière époque impériale. Les jiangshi des textes anciens, eux, sont souvent décrits couverts de poils blancs ou verdâtres, sans uniforme particulier.

Le jiangshi boit-il du sang ?

Pas dans la tradition : le jiangshi classique aspire le qi, le souffle vital des vivants. L'assimilation au vampire buveur de sang est venue avec les adaptations modernes et le succès international des films hongkongais comme Mr. Vampire (1985).

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Jiangshi
  2. Wikipédia (EN) : Jiangshi (de Groot, transport des cadavres)
  3. South China Morning Post : What are Chinese hopping zombies?

Jiangshi dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Jiangshi y coûte 2 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « À la fin de chaque tour : aspire 1 de puissance à une carte ennemie d'ici (il boit le qi des vivants). » À chaque fin de tour, la carte prélève un peu de force sur une carte ennemie de son lieu : le jiangshi ne cherche ni le sang ni la mise à mort, il boit le qi, le souffle des vivants, et un cadavre rigide a tout le temps devant lui.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 2 : Jiangshi frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Jiangshi : Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, ClurichaunJiangshi