Le Hollandais volant

Le Hollandais volant, créature du folklore (Mer du Nord), illustration

Au large du cap de Bonne-Espérance, par gros temps, des marins ont raconté avoir vu un trois-mâts toutes voiles dehors remonter au vent là où aucun bâtiment n'aurait dû tenir. Il ne répond pas aux signaux, il ne mouille jamais, il ne rentre nulle part. C'est le Hollandais volant, condamné à courir la mer jusqu'au Jugement pour une parole de trop lancée à la tempête. Le voir passe pour un mauvais présage ; le croiser deux fois, pour une condamnation.

La légende

Le récit tient en une bravade. Un capitaine hollandais, pris dans un coup de vent en tentant de doubler le cap de Bonne-Espérance, refuse de relâcher et jure qu'il passera, quand bien même il devrait louvoyer jusqu'à la fin des temps. Le ciel prend la promesse au mot. Depuis, le navire tient la cape sans jamais franchir le cap, avec un équipage qui ne meurt pas et un capitaine qui ne dort plus.

Les versions varient sur le détail du blasphème. Chez les unes, le capitaine défie Dieu ; chez d'autres, il a commis un crime à bord et refuse d'y répondre ; chez d'autres encore, une peste s'est déclarée sur le bâtiment et aucun port ne veut plus l'accueillir — la malédiction devient alors une quarantaine sans fin, ce qui est peut-être la version la plus terrible parce que la plus vraisemblable.

Le navire a aussi ses usages. Il hèle les bâtiments qu'il croise et leur confie du courrier à remettre à terre, à des destinataires morts depuis longtemps. Un marin averti n'accepte pas ces lettres : les prendre à bord, c'est prendre une part de la malédiction. Ce détail-là, très constant d'une version à l'autre, dit bien ce qu'est le Hollandais dans l'imaginaire des gens de mer : moins un monstre qu'un condamné qui cherche à faire passer quelque chose à terre.

Origines et histoire

Le vaisseau fantôme est attesté par écrit à la fin du XVIIIᵉ siècle. On cite ordinairement le récit de voyage de John MacDonald (1790) et le Voyage to Botany Bay attribué à George Barrington (1795), qui mentionnent déjà la croyance comme répandue chez les marins fréquentant la route des Indes. Autrement dit, le texte imprimé arrive après la tradition orale : quand les voyageurs la notent, elle circule déjà à bord.

Le nom du capitaine est un ajout tardif et instable. La littérature du XIXᵉ siècle l'appelle le plus souvent Van der Decken ; d'autres traditions rapprochent la figure de Bernard Fokke, capitaine de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales réputé au XVIIᵉ siècle pour la rapidité extraordinaire de ses traversées, au point qu'on le soupçonnait d'avoir pactisé. Le glissement est éclairant : la légende s'est accrochée à un marin réel dont la performance paraissait surnaturelle.

Le XIXᵉ siècle littéraire fixe le récit. Heinrich Heine en donne en 1834 une version, dans les Mémoires de monsieur de Schnabelewopski, où le capitaine peut être délivré par la fidélité d'une femme — c'est cette idée que Richard Wagner reprend pour son opéra Der fliegende Holländer, créé à Dresde en 1843. La rédemption par l'amour n'appartient donc pas au folklore des marins : elle est un apport romantique, et elle a fini par recouvrir la version d'origine, qui ne promettait aucune sortie.

Ce que les marins voyaient

Les observations rapportées sont nombreuses et souvent sincères. La plus citée est celle de l'équipage du HMS Bacchante en 1881, dont le journal de bord — tenu par les deux jeunes princes britanniques embarqués, dont le futur George V — décrit un navire lumineux aperçu à l'aube au large de l'Australie. Le récit vaut moins par ce qu'il prouve que par ce qu'il montre : à la fin du XIXᵉ siècle, la croyance était assez vivante pour qu'un équipage de la Royal Navy la consigne officiellement.

L'explication la plus solide est optique. Dans certaines conditions d'inversion thermique, la lumière se courbe au-dessus d'une couche d'air froid et donne un mirage supérieur, la fata morgana : un objet situé sous l'horizon apparaît au-dessus de lui, déformé, étiré, parfois retourné, et il semble flotter. Un navire réel, hors de vue derrière la courbure de la Terre, peut ainsi se montrer suspendu dans le ciel. Les eaux froides du cap et les parages islandais sont précisément des zones à mirages.

Reste que l'explication n'épuise pas la croyance. Les gens de mer avaient d'excellentes raisons de peupler l'horizon : les routes des Indes tuaient beaucoup, on partait pour des années, on ne revenait pas toujours, et l'on connaissait tous un navire dont on n'avait plus de nouvelles. Le Hollandais volant est la forme qu'a prise cette absence — un bâtiment qui n'arrive jamais, ce qui est exactement le sort des disparus en mer.

Dans la culture

L'opéra de Wagner reste la porte d'entrée la plus fréquentée, mais le vaisseau a navigué partout : chez Marryat, chez Fenimore Cooper, dans la peinture maritime du XIXᵉ, puis au cinéma et dans la culture populaire — la franchise Pirates des Caraïbes lui a donné son incarnation contemporaine la plus vue, très éloignée du récit d'origine. Le nom sert aussi, par métaphore, à désigner ce qui circule sans jamais s'arrêter.

Dans Crie au loup, il ne peut pas rester en place : à la fin de chaque tour, il dérive vers un autre lieu, et chaque traversée lui vaut deux points de plus. C'est un navire qui grossit à mesure qu'il erre, mais qu'on ne dirige pas — le vent choisit pour lui, comme dans la légende. À vous d'être là où il aborde.

Questions fréquentes

D'où vient le Hollandais volant ?

De la tradition orale des marins de la route des Indes, attestée par écrit à la fin du XVIIIᵉ siècle (récits de voyage de 1790 et 1795). Elle situe le navire au large du cap de Bonne-Espérance, qu'un capitaine hollandais aurait juré de doubler quoi qu'il en coûte.

Le capitaine a-t-il un nom ?

Pas dans les premières mentions. La littérature du XIXᵉ siècle l'appelle le plus souvent Van der Decken, et certaines traditions le rapprochent de Bernard Fokke, capitaine néerlandais réel du XVIIᵉ siècle dont les traversées passaient pour trop rapides pour être honnêtes.

Wagner a-t-il inventé quelque chose ?

Oui, l'essentiel de ce qu'on en retient. L'idée d'une délivrance par la fidélité d'une femme vient de Heinrich Heine (1834), reprise par Wagner dans son opéra de 1843. Le folklore des marins, lui, ne promettait aucune fin à la malédiction.

Que voyaient réellement les équipages ?

Le plus souvent un mirage supérieur, ou fata morgana : par forte inversion thermique, un navire situé sous l'horizon apparaît au-dessus, déformé et comme suspendu. Les parages froids du cap s'y prêtent particulièrement.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Le Hollandais volant
  2. Wikipedia (EN) : Flying Dutchman
  3. Wikipédia : Fata Morgana (mirage)

Le Hollandais volant dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Le Hollandais volant y coûte 4 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « Il dérive vers un autre lieu à chaque fin de tour, et +2 par traversée. » Il ne touche jamais terre : à la fin de chaque tour, le Hollandais volant part de lui-même vers un autre lieu, et chaque traversée lui donne +2. Il grossit donc tout seul, mais sa route ne s'ordonne pas — c'est un renfort qu'on subit autant qu'on l'emploie.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 4, puissance 4 : Le Hollandais volant frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

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