Le Grootslang

Grootslang, créature du folklore (Richtersveld (Afrique du Sud)), illustration

Dans le Richtersveld, désert minéral du nord-ouest de l'Afrique du Sud, une caverne aurait la réputation de n'avoir pas de fond : on l'appelle le Wonder Hole, le trou des merveilles. Elle serait pleine de diamants, et les diamants auraient un propriétaire : le grootslang, « le grand serpent » en afrikaans, créature colossale plus ancienne que le monde tel qu'il est, dernier survivant du temps où les dieux n'avaient pas encore séparé les espèces.

La légende

Le récit fondateur du grootslang moderne est une histoire de commencement : quand les dieux façonnèrent les animaux, ils étaient encore inexpérimentés, et ils créèrent d'abord une bête qui cumulait la force de l'éléphant et la ruse du serpent. L'erreur était si dangereuse qu'ils la corrigèrent en séparant les deux natures : de l'une ils firent les éléphants, de l'autre les serpents. Mais un exemplaire de la première création leur échappa, et sa lignée hante depuis les creux du monde.

La bête des récits sud-africains est un serpent démesuré : une douzaine de mètres et plus selon les traditions locales, assez épais pour laisser dans le sable une trace large comme un chemin, assez puissant pour saisir un bœuf au bord de l'eau. Les versions les plus imagées lui prêtent des diamants à la place des yeux, ou des orbites incrustées de pierres, et un goût de dragon pour son trésor : il attire, garde et compte ses gemmes.

Son domaine est fixé avec une précision rare pour une créature légendaire : la caverne dite Wonder Hole ou Bottomless Pit, dans le Richtersveld, que la légende dit reliée à la mer, distante d'une soixantaine de kilomètres, par des galeries noyées, ou à l'Orange, le grand fleuve diamantifère de la région. Le serpent circule par ces conduits, entre son trésor et les eaux, et négocie parfois : les récits disent qu'on peut racheter sa vie au grootslang, en pierres précieuses évidemment.

Origines et histoire

Le dossier du grootslang est un feuilleté de traditions. Au fond, les récits des peuples khoïsan de la région sur les grands serpents d'eau, gardiens des sources et des rivières, figures répandues dans toute l'Afrique australe où le serpent aquatique est une puissance majeure. Par-dessus, la couche des colons et des chercheurs de diamants : le nom afrikaans, la localisation au Richtersveld, l'association explicite au trésor minier. Le grootslang tel qu'on le raconte est né de cette rencontre entre un vieux fonds africain et la fièvre du diamant.

Le folkloriste sud-africain Lawrence G. Green, qui a collecté les récits de la région au milieu du XXe siècle, rapportait les histoires de trous sans fond et de serpents géants du Namaqualand, et proposait l'explication la plus sobre : les pythons de la région, qui atteignent plusieurs mètres, grossis par la peur et l'isolement des lieux. Dans un désert où un homme peut marcher des jours sans témoin, les histoires poussent bien.

Une précaution d'honnêteté s'impose sur le mythe de création : le récit des dieux séparant éléphants et serpents, omniprésent dans les compilations en ligne, est difficile à tracer dans les sources anciennes, et des lecteurs attentifs ont montré que certaines de ses formulations modernes remontent à des bestiaires de jeux plutôt qu'à des collectes ethnographiques. Le noyau attesté est le grand serpent du Richtersveld et sa caverne aux diamants ; la cosmogonie qui l'enrobe est, au moins en partie, du folklore de seconde main. Nous la racontons comme telle.

Variantes et cousins

Le grootslang appartient à la grande famille des serpents d'eau d'Afrique australe, dont les traditions zouloues et sothos connaissent d'autres représentants, gardiens de cascades et de gouffres. Dans le set, son frère d'Afrique de l'Ouest est le Ninki Nanka des mangroves gambiennes : deux reptiles colossaux des eaux, l'un qui punit le regard, l'autre qui garde le trésor. L'aigamuxa, ogre des dunes voisines, complète le versant aride du même monde.

Comme gardien de richesses souterraines, le grootslang rejoint la lignée mondiale des dragons de trésor : le dragon européen sur son or, déjà en jeu, et l'escarboucle des Pyrénées, cette bête au front serti d'une gemme. Que l'Afrique du Sud, terre de diamants, ait doté sa plus grande légende d'une caverne pleine de gemmes n'est pas un hasard : chaque pays donne à ses monstres le trésor qu'il convoite.

Le kraken, enfin, offre le parallèle marin : la masse énorme tapie sous la surface, dont on ne voit jamais que des indices. Le grootslang est un kraken des profondeurs minérales.

Dans la culture

Le grootslang s'est taillé une place solide dans la cryptozoologie et la fantasy : les inventaires de créatures africaines le citent systématiquement, la série animée The Secret Saturdays en a fait un adversaire mémorable, et on le retrouve dans des bandes dessinées comme Lumberjanes ou des jeux vidéo comme Kingdom Rush: Origins. Son design, serpent à tête ou défenses d'éléphant selon les versions modernes, est devenu un standard visuel, même si les récits anciens parlaient d'abord d'un serpent pur.

Sur place, la légende participe de l'aura du Richtersveld, région aujourd'hui classée au patrimoine mondial pour ses paysages et sa culture pastorale nama. Les histoires de trou sans fond et de serpent aux diamants continuent d'y circuler, à mi-chemin du conte et de l'attraction, et il se trouve toujours quelqu'un pour rappeler qu'aucun plongeur n'a jamais touché le fond du Wonder Hole. C'est le propre des trous sans fond : ils ne déçoivent jamais.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le grootslang ?

Une créature légendaire d'Afrique du Sud : un serpent colossal, une douzaine de mètres et plus selon les récits, qui vivrait dans une caverne dite sans fond du Richtersveld, le Wonder Hole, réputée pleine de diamants qu'il garde jalousement.

Le grootslang est-il mi-serpent mi-éléphant ?

Dans les récits anciens de la région, c'est d'abord un serpent géant. La version où les dieux auraient séparé une créature primordiale en éléphants et en serpents, dont le grootslang serait le survivant, est surtout portée par les compilations modernes, et une partie de ses formulations vient de bestiaires de jeux plutôt que de collectes ethnographiques.

D'où viendrait la légende du grootslang ?

Du croisement entre les traditions khoïsan de grands serpents d'eau gardiens des sources, très répandues en Afrique australe, et le folklore des chercheurs de diamants. Le folkloriste Lawrence G. Green y voyait des pythons réels, qui atteignent plusieurs mètres, grossis par la peur et l'isolement du désert.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia (EN) : Grootslang
  2. A Book of Creatures : Grootslang (avec bibliographie et mise au point sur les ajouts modernes)
  3. Mythlok : Grootslang

Grootslang dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Grootslang y coûte 4 chandelles pour 8 de puissance, avec cette capacité : « Sur un lieu aquatique : vos cartes de ce lieu ne peuvent pas être détruites (le trou aux diamants). » La carte traduit son antre : tant que le grand serpent tient un lieu au bord de l'eau, rien de ce que vous y avez posé ne peut être détruit. C'est le trou aux merveilles du Richtersveld, une caverne réputée sans fond dont personne n'est jamais venu prendre les diamants.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 4, puissance 8 : Grootslang frappe plus fort que 83 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Grootslang : Bunyip, OgreGrootslang